Le tableau intitulé "Saint Paul ressuscitant le jeune Eutique", peint en 1707 par Jacques-François Courtin a repris sa place à la cathédrale Saint-Étienne de Toulouse après deux ans de restauration.

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Saint Paul ressuscitant le jeune Eutique, tableau monumental de plus de 4 m de haut sur 3,50 m de large, vient de retrouver sa place dans la chapelle située à l’entrée de la sacristie de la cathédrale Saint-Étienne de Toulouse. Propriété de l’État (dépôt du musée du Louvre), il est classé au titre des Monuments historiques depuis 2002.

Le tableau avait quitté la cathédrale en 2019, dans le cadre de la restauration de l’ensemble des chapelles Nord et de leur mobilier. Comme l’ensemble des tableaux des chapelles, il a été restauré par Céline Bida de l’entreprise Malbrel Conservation.

La restauration

La restauration a porté sur la face et le revers, ce qui a permis de retrouver, sous le vernis très jauni, les repeints et la couche picturale encrassée, l’éclat de ses coloris chauds, la qualité des visages et des carnations, comme celle de sa composition servie par une lumière presque théâtrale.

Une iconographie rare et un artiste à redécouvrir

Cette œuvre illustre un passage des Actes des Apôtres, d’après Le Nouveau Testament. La scène se déroule à Troas (Asie Mineure) où saint Paul ressuscite un adolescent du nom d'Eutique, tombé d’une fenêtre où il était assis au troisième étage, après s'être endormi lors d’un très long discours de Paul.

Jacques-François Courtin (Sens, 1672 – Paris, 1752), élève de Louis de Boullogne, reçut le 2e Prix de Rome en peinture en 1700 et 1701 et fut nommé peintre ordinaire du roi. Il prit part au concours de 1727 pour la galerie d’Apollon et exposa régulièrement aux Salons de 1737 à 1751.

Le dernier May de la cathédrale Notre-Dame de Paris

Saint Paul ressuscitant Eutique, dernier May de la cathédrale Notre-Dame, fut commandé par la corporation des orfèvres de Paris à Jacques-François Courtin, et présenté par les orfèvres Quevanne et Delafond pour le May de 1707.

De 1630 à 1707, le 1er mai de chaque année, la confrérie des orfèvres de Paris offrait à Notre-Dame un tableau de grand format, en hommage à la Vierge Marie. Chaque année, les orfèvres commandaient des tableaux de grandes dimensions illustrant les Actes des Apôtres, les Évangiles ou les thèmes fondateurs de la Contre-Réforme, dont les sujets étaient choisis par les chanoines de Notre-Dame. Beaucoup des grands artistes de l’époque (Charles Le Brun, les Coypel ou les frères Boullogne) ont participé à ces prestigieuses commandes.

À la Révolution, les Mays furent dispersés. On conserve toutefois des dessins et des gravures montrant l’ensemble de cette composition disparue. Aujourd’hui, 52 de ces 76 peintures religieuses du Grand Siècle sont localisées, parmi lesquelles 13 conservées à la cathédrale Notre-Dame de Paris (où elles ont miraculeusement échappé au grand incendie d’avril 2019), au musée du Louvre, dans des musées en région, des églises et des cathédrales.

Après différents lieux de stockage parisiens, dont le musée des Monuments français en 1795 ou les magasins du Musée royal entre 1815 et 1824, le tableau de Courtin fut concédé à la Ville de Toulouse puis déposé à la cathédrale Saint-Étienne entre 1822 et 1829.

Deux autres Mays conservés en Occitanie

La ville de Toulouse compte un autre May de Notre-Dame de Paris présenté en 1658, Saint Pierre baptisant le centenier, par Michel Corneille l'Ancien (Orléans, 1603 - Paris, 1664). Il fut envoyé à Toulouse en 1803 et attribué à l’église Saint-Pierre-des-Chartreux où il se trouve encore aujourd’hui.

Le deuxième, L’Assomption de la Vierge, par Antoine Coypel (Paris, 1661 – Paris, 1722), daté de 1680, est  conservé à l’église Notre-Dame de Mirande (Gers).

Tous deux sont classés au titre des Monuments historiques, le premier depuis 1914 et le second depuis 1981.

Budget, maîtrise d’ouvrage, entreprise

D’un montant de 13 200 euros, la restauration a été intégralement financée par l’État (Direction régionale des affaires culturelles d'Occitanie, conservation régionale des monuments historiques).
La dépose et la repose de l’œuvre ont été réalisées sous la maîtrise d’œuvre de Jean-Louis Rebière, architecte en chef des monuments historiques.
La restauration du tableau et de son cadre a été réalisée par Céline Bida de l’entreprise Malbrel Conservation, Capdenac (46) sous la maîtrise d’œuvre de Catherine Gaich, conservatrice des monuments historiques au sein de la CRMH Occitanie.

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