Tout commence par une fouille initiée par la CRMH et le SRA de la DRAC Nouvelle-Aquitaine, en amont d’un projet d’aménagement des thermes d’Évaux-les-Bains (23). Confiée aux archéologues de l’Institut national de recherches archéologiques préventives (INRAP), cette fouille livre alors un nouveau pan des thermes antiques jusqu’ici inconnu. Retour sur cette découverte exceptionnelle.


Déployée sur quelque 900m², l’opération menée depuis le mois d’avril visait initialement à l’étude scientifique des vestiges romains, classés Monuments historiques dès 1840. Cependant, tout en redécouvrant une partie des vestiges connus par des publications datant des XIXe-XXe siècles, l’intervention a révélé rapidement l’existence de nouveaux espaces.

Compte tenu de l’importance de cette découverte qui renouvelle considérablement la connaissance de ce site majeur pour la période antique en Limousin, la société d’économie mixte Thermale d’Évaux-Les-Bains, accompagnée par les services de l’État, va reconsidérer dans les prochaines semaines son projet afin de prendre en compte la mise en valeur de ces thermes antiques et leur état de conservation exceptionnel.

Un état de conservation remarquable, des salles inédites et de nouvelles hypothèses

Ortho image du site archéologique
Ortho-image

La partie nord de l’édifice antique d’Évaux-les-Bains se caractérise par quatre bassins : à l’est, à l’ouest et au nord se trouvent des bassins de plan rectangulaire, tandis que la partie sud est occupée par un grand bassin de plan circulaire. Il s’agirait du caldarium, au centre duquel trois sources d’eau très chaudes jaillissaient autour d’une colonne en marbre noir surmontée d’un chapiteau et d’une petite statue. Cette salle, la plus luxueuse des thermes, était vraisemblablement couverte par une coupole ornée de coquillages et matériaux précieux de différentes couleurs.

Les eaux de ce bassin se déversaient ensuite vers le bassin rectangulaire contigu, nouvellement dégagé. Parfaitement conservé avec son dallage en calcaire, ce bassin d’au moins 1,50m de haut faisait probablement office de tepidarium, ou bassin d’eau tiède.

Vue du bassin rectangulaire
Aperçu du bassin nouvellement dégagé

 

Vue de la fouille
Vue depuis l'Ouest de la maçonnerie imposante séparant le bassin quadrangulaire (à droite de la photo) de la salle à exèdre se développant sous les bâtiments actuels

Les travaux ont également mis en évidence des extensions, elles aussi, jusque-là inconnues. Le bassin quadrangulaire est en effet séparé du bâtiment XIXe par une large maçonnerie qui pourrait marquer la limite d’un premier état de construction et au nord de laquelle s’appuie une structure en exèdre d’un diamètre d’environ 11 mètres qui s’étend jusque sous la galerie de l’hôtel.

À l’est de celle-ci, une autre construction inédite a été découverte : partiellement visible en raison de réaménagements récents, elle présente un plan interne absidial dans une emprise quadrangulaire. Le bassin oriental, qui semble avoir été le frigidarium est quant à lui moins bien conservé à l’exception d’un escalier d’accès. Ces découvertes, qui modifient en profondeur notre connaissance des thermes antiques, impliquent également de s’interroger sur leur accès, non pas par le sud comme supposé jusqu’alors mais plus probablement par le nord, où la façade pouvait s’ouvrir en direction de la vallée.

 

Aménagement SEM Thermal d’Evaux-Les-Bains
Contrôle scientifique et technique Didier Rimbaud, Jacques Roger
Service régional de l’archéologie (Drac Nouvelle-Aquitaine)

Recherche archéologique Christophe Requi, Inrap
Responsable scientifique Frédéric Méténier, Inrap
Maîtrise d’oeuvre Atelier CENT7 Architecture, assisté d’ANALEPSE
Maîtrise d’oeuvre des travaux sur le monument Architecture : Patrimoine & architecture (M. BAGUET et Mme AUBIN)
Travaux de conservation et de cristallisation des vestiges : Entreprise Bouillot (Moutier d’Ahun)

 

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Les Thermes gallo-romains

Les Thermes antiques d’Évaux-les-Bains sont édifiés entre la fin du Ier et du IIe siècle à l’endroit même où jaillissent des sources naturelles d’eau chaude, exploitées jusqu’aux environs du IVe siècle, avant de tomber dans l’oubli. Redécouvertes au XVIIe siècle, ces sources connaissent un regain d’intérêt au siècle suivant avec l’apparition de maisons de bains, dont les travaux de construction mettent au jour les vestiges antiques. Des fouilles importantes sont alors menées entre 1838 et 1847, puis à partir de 1858 lors de la construction du Grand Hôtel, qui révèlent progressivement l’existence de bassins, de puits, de canaux et de pièces entières, enfouis sous plusieurs mètres. Plusieurs campagnes de fouilles sont menées avant que les vestiges antiques ne disparaissent une nouvelle fois sous l’édification de l’actuel Grand Hôtel. Malgré leur classement sur la première liste de protection des Monuments historiques, dressée à la demande de Prosper Mérimée en 184, ces vestiges demeuraient donc partiellement connus.

Garantir la connaissance, la conservation et la mise en valeur du patrimoine : le rôle des services patrimoniaux de la DRAC Nouvelle-Aquitaine

La Direction régionale des affaires culturelles Nouvelle-Aquitaine met en œuvre la politique du ministère de la Culture en région. Parmi ses missions principales, la DRAC contribue à la connaissance, à la conservation et à la mise en valeur du patrimoine archéologique et monumental. C'est ainsi que, touchant à des vestiges archéologiques classés monuments historiques, le projet d'extension des thermes d'Évaux-les-Bains fait l’objet d'un accompagnement coordonné des services patrimoniaux de la DRAC. Outre l’encadrement réglementaire du projet (autorisations, avis et prescriptions divers) auquel ils apportent également un soutien financier à hauteur de 50% (sur un budget de 300 K€), ces services apportent leur concours au maître d'ouvrage et à l'équipe de maîtrise d’oeuvre dans l’élaboration d’un dialogue raisonné entre dynamique de développement et respect du patrimoine.

Le Service Régional de l’Archéologie (SRA) assure la liaison entre le maître d’ouvrage, les maîtres d’œuvre et l’équipe de l’INRAP afin de partager au fur et à mesure les informations scientifiques fournies par la fouille, ces dernières devant être prises en compte dans l'évolution du projet d'aménagement. La Conservation régionale des monuments historiques (CRMH) dispense des conseils techniques pour la consolidation et la restauration des vestiges classés qui ne doivent être ni endommagés, ni détruits par la construction neuve. Elle a donc une influence directe sur les solutions à inventer pour assurer la constructibilité de l'extension de l'établissement. Enfin, conseil auprès du maître d’œuvre, l’architecte des bâtiments de France s'assure de la qualité architecturale et de l’intégration harmonieuse de l'extension projetée dans le contexte bâti et paysager du site.