Madame la Ministre, Chère Françoise, Mesdames et Messieurs,

C’est avec beaucoup d’émotion que je m’adresse à vous aujourd’hui. C’est un grand honneur, mais surtout une immense responsabilité, d’être nommé ministre de la République française. Et lorsque le président de la République et le Premier ministre vous confient le ministère de la Culture, cette responsabilité est d’autant plus vaste. Car c’est le ministère essentiel.

C’est le ministère dont l’action touche chaque Français, dans sa sensibilité la plus secrète et dans son intelligence. Car la culture permet à l’individu de s’émanciper de tous les déterminismes grâce la rencontre des œuvres, des artistes, grâce à la découverte de la diversité des expériences sensibles, qui forgent l’esprit critique.

Mais c’est aussi le ministère dont l’action réunit tous les Français, dans le partage des œuvres capitales de notre patrimoine et de notre création et dont la portée est universelle. Car ces œuvres ne témoignent pas seulement du génie des artistes qui en sont les auteurs et qui méritent à ce titre notre admiration. Ces œuvres portent aussi en elles des témoignages exemplaires, des repères historiques, intellectuels et moraux, des valeurs surtout, qui traversent le temps : bref, tout un « monde commun », qui accueille chaque Français à sa naissance et qui l’accompagne tout au long de sa vie. La culture nous rassemble par la transmission et le partage de cet héritage qui nous permet, tout simplement, de mieux exercer « le métier de vivre » pour reprendre les mots de Cesare Pavese.

Au moment solennel de cette passation de pouvoirs, c’est une autre phrase, de Nicolas de Staël cette fois, qui me revient en mémoire. Réflexion qui guida mon engagement au service de l’intérêt général et que le peintre appliquait à sa peinture :

« Il faut travailler beaucoup, une tonne de passion et cent grammes de patience ». C’est ainsi que je m’emploierai à faire de ce ministère celui de la passion mise au service de la Culture.

En arrivant dans ce ministère, je pense bien évidemment et en premier lieu à ces hommes et ces femmes vers qui notre action est tournée. Ce jeune qui s’apprête à découvrir la bande dessinée de Goscinny et d’Uderzo ou les premiers livres de Jules Verne grâce à sa bibliothèque de quartier, cet ingénieur du son qui met sa passion au service du public d’un concert, ce déficient visuel qui peut appréhender la sculpture de Rodin grâce à de nouveaux outils de médiation, cet homme qui sur le chemin de son travail écoute les podcasts de Radio France, ce professeur qui vient d’organiser sa première sortie scolaire à l’opéra et qui a la joie d’assister à l’émotion de ses élèves, cet acteur de théâtre qui donne vie sur scène au personnage d’une tragédie antique, cette femme qui entre pour la première fois dans ce château car l’équipe du monument a mis toute sa passion pour lui en donner l’envie ou encore cet exploitant de salle de cinéma qui continue d’être bouleversé par la réaction des spectateurs aux films qu’il programme.

Chers amis, pour transmettre et partager cette passion, nous devrons mobiliser les énergies de toutes celles et ceux qui, dans tous les territoires, font vivre la culture : artistes, agents de l’État – de l’administration centrale, des DRAC, ou de tous les opérateurs du ministère -, professionnels de la culture et des industries culturelles, élus locaux et leurs équipes, monde associatif et monde de l’éducation.

Je sais que je peux compter sur vous, tant j’ai vu votre engagement et votre professionnalisme, depuis bientôt 12 ans que je travaille à la commission des affaires culturelles à l’Assemblée nationale et comme maire d’une commune d’Île-de-France marquée par l’Histoire.  Vous pouvez être fiers de ce que vous faites pour la Culture, pour les Français et pour la France, et vous pourrez compter sur moi comme je compte sur chacun d’entre vous.

La cérémonie de passation de pouvoir est le symbole de la continuité de l’Etat. J’inscris donc mon travail dans une Histoire, celle de mes prédécesseurs qui ont tant œuvré pour ce ministère exceptionnel qui fêtera ses 60 ans l’an prochain.

Chère Françoise Nyssen,

Je poursuivrai le travail que vous avez engagé avec vos équipes : je pense notamment à ce que vous avez entrepris au service de l’éducation artistique et culturelle, une des missions du ministère qui vous tient tout particulièrement à cœur, comme au président de la République. Car c’est dès le plus jeune âge au moment précisément où les déterminismes sociaux exercent toutes leurs forces, qu’il faut ouvrir chaque petit français à l’existence de cet héritage de la noblesse du monde qui leur échoit en partage.

Je pense également à la mise en place du plan bibliothèques, à l’expérimentation du pass Culture, au plan « chorale », à l’augmentation des crédits alloués aux monuments historiques, à votre engagement pour le rayonnement culturel de la France dans le monde, à votre combat européen en faveur de la réforme du droit d’auteur saluée par tous, ou encore à la remise sur les rails du Centre National de la Musique, pour lequel j’ai un attachement tout particulier.

Je tiens aussi à saluer votre volonté de réduire les inégalités territoriales d’accès à la culture, en incitant par exemple les Musées nationaux à prêter d’avantage d'œuvres emblématiques aux musées plus modestes, comme le Musée de Coulommiers qui accueillera ce mois-ci une œuvre de Picasso.

Chère Françoise, la passion qui doit nous animer dans nos missions est la même que celle qui vous a guidée dans les vôtres avec l’humanité, l’empathie et la détermination qu’on vous connaît.

Merci chère Françoise.