C’est avec une grande tristesse que Franck Riester, ministre de la Culture, a appris le décès, survenu ce 8 octobre, à l’âge de 90 ans, de Georgette Elgey.

D’abord journaliste à La Nef, à L’Express, au Nouveau Candide puis à Paris-Presse, Georgette Elgey, qui n’a pas fait d’études supérieures, se lance au milieu des années 1950 dans une carrière d’historienne, soutenue par Robert Aron, avec qui elle publie une Histoire de Vichy. Mais sa grande œuvre fut une monumentale Histoire de la IVe République, commencée en 1965 et achevée près de quarante ans plus tard, en 2012, après six gros volumes et plusieurs milliers de pages. Cette véritable somme en fait une pionnière de ce que l’on ne nomme pas encore « l’histoire du temps présent ». Elle y innove en prenant appui non plus seulement sur une documentation écrite, mais aussi en allant interroger les acteurs, et en se voyant confier par eux les papiers publics qu’ils avaient souvent conservés et qu’elle remettra ensuite aux Archives nationales.

Mais Georgette Elgey s’est également faite historienne de sa propre vie. À deux reprises, d’abord en 1973, avec La fenêtre ouverte, puis en 2017, avec Toutes fenêtres ouvertes, qui narrent de façon à la fois simple et saisissante la vie d’une petite fille née à la fin des années 20 dans le monde privilégié de la bourgeoisie parisienne. Une petite fille marquée à vie de n’avoir pas été reconnue par son père, l’historien Georges Lacour-Gayet (dont elle prendra comme nom de famille les initiales LG). Marquée ensuite par l’horreur de la guerre et de la persécution nazie, qu’elle affronte courageusement après que sa mère est dénoncée comme juive en 1943.

À une générosité sans faille Georgette Elgey joignait une curiosité de chaque instant et un souci revendiqué de transmission. C’est ce qui en avait fait une grande amie des Archives, d’abord par les collectes de papiers politiques qu’elle avait provoquées, puis par le soin avec lequel elle présida aux débats du Conseil supérieur des archives, enfin par son soutien inconditionnel au projet de construction du site de Pierrefitte-sur-Seine des Archives nationales, à qui elle était très attachée et qui lui doivent beaucoup.

Le ministre de la Culture adresse à la famille et aux proches de Georgette Elgey ses plus sincères condoléances.