Excellence Cheikh Nahyan bin Mubarak bin Mohammed Al Nahyan,

Excellence Mohamed Al Mubarak,

Excellences,

Mesdames et Messieurs,

Je suis très heureuse et très honorée d’être ici pour annoncer, dix ans après la signature de l’accord intergouvernemental entre la France et les Emirats Arabes Unis, l’ouverture de ce musée. La date vient de vous être annoncée. Je souhaite vous dire, en son nom, la satisfaction et l’enthousiasme qui sont ceux du Président de la République française, face à cette perspective. Il suit très attentivement l’avancée de ce chantier, depuis son arrivée. Et il y sera évidemment plus attentif que jamais, au cours des quelques semaines qui nous séparent désormais de l’ouverture. Des projets comme celui-ci, un siècle en compte peu. Ce n’est pas seulement l’Histoire de nos deux pays qui se joue, ici, c’est un bout de l’Histoire du monde. Car ce projet porte quelque chose d’universel.

Comme le Louvre de Paris, qui est constitutif de l’identité de la France, mais qui la dépasse : le Louvre Abou Dhabi est ancré dans ce pays, bien sûr, mais il parle au monde entier. Il prend sa source ici, dans le sillon creusé par son altesse Sheikh Zayed, pour le développement et l’avenir des Emirats Arabes Unis. Il est une création proprement émirienne. Mais il porte en lui l’universel. Par sa collection – issue de tous les âges, de toutes les géographies. Et par la forme même qu’ont prises son élaboration et sa construction.

Ce Louvre porte, comme celui de Paris, la force des « grands desseins ». Le Louvre de Paris est né, entre autres, du « grand dessein » d’Henri IV, qui a permis la construction de la Grande galerie. Il est né, aussi, du « grand dessein » des Républicains au lendemain de la Révolution française, de transformer le palais en musée, d’ouvrir les collections au public. Ce musée du Louvre Abu Dhabi porte cet esprit, cette audace : il porte la marque des « grands desseins », qui transforment le visage du monde, durablement.

Il s’agit, d’abord, d’un grand dessein mémoriel. L’ambition est de loger, ici, une partie de la mémoire du monde, à travers le patrimoine qui y sera conservé : de l’art préhistorique, aux arts de l’Islam, de l’Inde et de la Chine ; aux arts d’Afrique ; au XVIIIème siècle français ; à l’art contemporain. C’est une partie de la mémoire du monde qui sera offerte en partage aux visiteurs du monde entier – je sais que l’on attend ici plusieurs dizaines de nationalités. Et offerte à la vue des générations futures, de nos enfants, surtout.

A l’heure où certaines forces s’attaquent à l’Histoire, détruisant des œuvres, prenant en otage notre patrimoine, c’est un acte essentiel : c’est une réponse civilisationnelle à la barbarie. La France est fière de s’unir aux Emirats Arabes Unis, dans cette région, pour la porter. Notre pays est fier de s’associer à une ambition de conservation et de transmission ; à une ambition de compréhension du monde et de son Histoire ; à une ambition pour la paix, la tolérance et la diversité. Nous nous engageons, de cette façon, pour le progrès. Pour l’avenir. Pour la postérité.

Ce musée est porté, ensuite, par un grand dessein architectural. Il dit, par son enveloppe, par son esthétique même, quelque chose de l’humanité. Il est l’expression et le témoin d’une époque. Son message universel est là, aussi : dans sa capacité à incarner la force et le génie créatifs de la main humaine. Derrière tout grand dessein, il y a des visionnaires. Mais il y a aussi des bâtisseurs. Ils ont été à la hauteur et je les en remercie.

Je veux saluer à cet effet le travail exceptionnel de Jean Nouvel et de ses équipes, menées par Hala Wardé. Le résultat est éblouissant. La création de cette véritable ville-musée marquera l'histoire de l'architecture.  Je veux avoir un mot pour l’ensemble de ceux qui ont œuvré, depuis toutes ces années, sur ce chantier. Le bâtiment porte, à lui seul, un message humaniste. La lumière solaire qui filtre, par les interstices du toit, vient fait écho à la lumière de l’esprit, qui émane de chaque œuvre. Cette lumière des arts et de la culture qui vient combattre, pour reprendre le mot d’André Malraux, « les puissances de la nuit ». A lui seul, ce bâtiment livre un message d’espoir.

Enfin, ce musée porte en lui un troisième grand dessein : le dessein partenarial qui l’a fait naître. L’accord intergouvernemental signé autour du Louvre Abou Dhabi a ouvert une nouvelle ère de coopération entre nos deux pays. Coopération culturelle qui est venue s’ajouter aux liens tissés, depuis des années déjà, sur le plan économique, ou sur le plan de la défense. C’est un « grand dessein », de par le nombre et la diversité des acteurs qu’il implique, d’une part.

Je veux remercier les plus hautes autorités émiriennes, pour la confiance qu’ils ont accordée, et continuent d’accorder à la France :

Je salue l’Abu Dhabi Tourism and Cultural Authority – en particulier son Président : son excellence Mohamed Khalifa Al Mubarak ; ainsi que son prédécesseur, son altesse Sheikh Sultan Bin Tahnoon Al Nahyan.

Je remercie également son directeur général, son excellence Saif Saeed Ghobash, le Directeur du Louvre Abu Dhabi, Manuel Rabaté et la Directrice adjointe, Mme Hissa Al Dhaheri ; ainsi que Rita Aoun-Abdo.

Merci, aussi, à Zaki Nusseibeh. Dans mon ministère, le Louvre Abu Dhabi a été l’objet de la plus grande attention de la part de tous mes prédécesseurs depuis Renaud Donnedieu de Vabres qui en a connu l’origine.

Côté français, je veux saluer le travail extraordinaire conduit par l’ensemble des équipes du Louvre, en lien avec leurs interlocuteurs émiriens : je tiens à saluer tout particulièrement son président-directeur, Jean-Luc Martinez, qui fait preuve d’un engagement sans faille, dans le prolongement de son prédécesseur Henri Loyrette – que je veux mentionner aussi.

Merci à Karim Mouttalib, Hervé Barbaret et Didier Selles ainsi qu’à Vincent Pomrède pour leur implication.

Je veux aussi remercier, pour tout le travail effectué, les équipes du ministère de la Culture français, et notamment la Direction générale des patrimoines – Vincent Berjot, Marie-Christine Labourdette – accompagnés par notre Ambassadeur et son équipe, dans le cadre du Dialogue stratégique franco-émirien et de leurs échanges quotidiens avec les autorités émiriennes.

Je veux également remercier toutes les institutions culturelles françaises, qui apportent leur expertise ou leurs œuvres, dans le cadre de ce projet :

Les musées nationaux : le musée d’Orsay et de l’Orangerie ; le  Centre Pompidou ; le musée du quai Branly-Jacques Chirac ; le musée national des arts asiatiques Guimet ; le musée Rodin ; le Château de Versailles ; le musée de Cluny – musée national du Moyen Âge ; le musée des Arts Décoratifs de Paris ; la Cité de la céramique – Sèvres et Limoges ; le musée d’Archéologie nationale de Saint-Germain-en-Laye ; le Château de Fontainebleau ;

Je n’oublie pas, bien sûr : la Bibliothèque nationale de France ; la Réunion des musées nationaux et du Grand Palais ; l’Ecole du Louvre ; l’Institut national du patrimoine.

Le succès de ce projet, nous le devons aussi au travail exceptionnel de l’équipe de l’Agence France-Museum, qui coordonne les énergies des partenaires français, et qui travaille en parfaite harmonie avec les équipes du Louvre Abu Dhabi, que je salue également.

Je veux remercier très chaleureusement l’ensemble de l’équipe de l’Agence, animée par Marc Ladreit de Lacharrière, et par Anne Mény-Horn.

Je salue les précédents directeurs généraux de l’agence France-Museum : Jean d’ Haussonville, Bruno Maquart et Manuel Rabaté, désormais directeur du Louvre Abu Dhabi ; je salue le directeur scientifique Jean-François Charnier, et Laurence Des Cars qui l’a précédée dans ses fonctions et qui veille dorénavant au projet depuis le musée d'Orsay ; je salue enfin Jean-Valère Arifont qui, présent depuis le début des opérations, est la mémoire vivante de ce projet.

Je parlais de « grand dessein » partenarial, enfin, parce que notre coopération s’inscrit dans le temps long. Dans un monde secoué par les ruptures, nos deux pays font le choix de la durée, de la stabilité. L’inauguration du Louvre Abu Dhabi vient consacrer la coopération exceptionnelle de cette dernière décennie ; mais cette institution continuera d’être, dans les années à venir, le nœud d'un partenariat solide entre nos deux pays.

Les œuvres des collections nationales françaises, en prêt, seront présentées pendant dix ans dans les galeries permanentes.

Et nos musées nationaux proposeront des expositions temporaires, pendant 15 ans.  La France accompagnera le Louvre Abu Dhabi dans sa croissance et son rayonnement.  La portée universelle de ce projet est aussi là : dans le temps long, dans la confiance réciproque, dans la capacité de  nos deux pays à se projeter ensemble dans l’avenir.

Excellences,

Mesdames et Messieurs,

En inaugurant ce musée, fruit d’une coopération exceptionnelle entre les Emirats Arabes Unis et la France, nous n’inaugurons pas seulement une institution culturelle. Nous portons, ensemble, une certaine ambition pour le monde. Nous portons un « dessein » pour notre siècle. Nous montrons que le XXIème ne sera pas seulement, pour nos nations, le siècle du défi sécuritaire ; le siècle du défi climatique ; le siècle du défi démographique. Ce sera aussi le siècle d’échanges culturels et artistiques inédits. De nouvelles routes de coopération, de nouvelles voies d’échange, de partage.

Le 11 novembre prochain, c’est une ligne de l’Histoire du monde qui s’écrit.

La France est fière d’y contribuer, aux côtés des Emirats Arabes Unis.

Je vous remercie.