L’important travail de recherches et de recoupement des données effectué pour le deuxième récolement par le musée du Louvre a permis d’identifier, voire de retrouver, près d’une centaine d’œuvres, pourtant présumées détruites lors du récolement précédent.

Que faire des œuvres notées comme « disparues » ou « présumées détruites » lors du premier récolement décennal ? L’expérience montre qu’il convient de rester prudent sur leur statut et d’éviter toute précipitation avant de les radier des inventaires. Pour exemple, un certain nombre d’œuvres non localisées déposées par le musée du Louvre au musée des Beaux-Arts d’Orléans étaient censées avoir été détruites lors de la Seconde Guerre mondiale, mais une série de vérifications a permis d‘établir que ces œuvres apparaissaient encore dans un inventaire des années 1960 ! Durant les guerres, les œuvres ont pu être déplacées et les inventaires détruits. Au retour de la paix, les collections ont parfois été reconstituées au petit bonheur la chance – une histoire troublée dont il convient de dénouer petit à petit les fils.  

Le deuxième récolement est l’occasion de mener l’enquête et de rechercher ces œuvres non localisées. Le travail est long et fastidieux. Il demande de nombreux recoupements entre les différentes archives disponibles, celles du musée déposant et celles des dépositaires, consultées sur place ou, en amont par ces derniers, systématiquement sollicités, mais également de faire le lien entre les différents récolements – et toutes les pistes sont bonnes à suivre, comme le prouvent les différents exemples illustrant cet article.

Pour le service du récolement du musée du Louvre, ce travail, très encourageant, a permis de belles redécouvertes : depuis 2018, pas moins de 85 œuvres ont ainsi été retrouvées, sur un ensemble de 2412 récolées et non localisées. Ces œuvres retrouvées concernent surtout les départements des antiquités du musée, mais aussi ceux des peintures ou des objets d‘art, et portent sur trente villes différentes. Elles sont systématiquement consignées comme telles dans la base de données MuseumPlus du musée.

L’étude de sources transversales devra permettre, lors du troisième récolement décennal, d’aller encore plus loin dans la connaissance des collections, de leur histoire et favoriser de nouvelles redécouvertes.

Illustration principale : La comparaison avec des envois similaires consentis au musée Saint-Loup de Troyes au XIXe siècle (notamment le socle en bois sur lequel ont été montées les figurines) et qui venaient d’être récolés, ainsi que le numéro d‘inventaire ont permis d’identifier cette tête chypriote, datée des 5e-4e siècles avant J-C, comme un dépôt fait au palais des Beaux-Arts de Lille par le département des antiquités orientales du Louvre. Il avait été non localisé lors du 1er récolement décennal © Musée du Louvre.

 

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Parfois, le hasard fait bien les choses : le même agent a récolé au palais des Beaux-Arts de Lille, où manquait un skyphos inscrit sous le numéro RS 112, et au musée des Beaux-Arts de Tourcoing. Le recoupement entre les deux récolements a permis de retrouver le skyphos manquant à Toucoing, grâce à son étiquette, très reconnaissable, et à son numéro d'inventaire. Il a été décidé de faire revenir l’objet à Lille. Le transport est actuellement en cours d‘organisation © Musée du Louvre.

 

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Ce « Saint Pierre », école italienne du 17e siècle, n’avait pas été localisé lors du premier récolement à Nancy. Des recherches, menées auprès de la commission d’art sacré du diocèse, ont conduit vers ce tableau, réentoilé plusieurs fois et donc sans numéro pour l’identifier, mais dont le format assez caractéristique, les dimensions, le sujet et l’emplacement ont permis de s’assurer qu’il s‘agissait bien de l’œuvre recherchée © Etienne Martin.

 

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Cette tête chypriote reste non localisée au palais des Beaux-Arts de Lille. Le cliché, daté des années 1970, a cependant permis de l‘identifier grâce à son montage en bois noir qui correspond exactement à celui réalisé sur une série de statuettes comparables, envoyées au XIX e siècle au musée Saint-Loup de Troyes par le musée du Louvre (département des antiquités orientales), et récolées récemment. Grâce au cliché et au travail d’identification, le musée a pu déposer plainte pour cette œuvre, ce qui permettra peut-être sa redécouverte un jour © Malaisy.