Après deux années de crise sanitaire, le Parlement de la photographie a renoué cette année avec les débats qui agitent les professionnels du secteur.

Portrait Fannie Escoulen - crédit Scarlett Cotten.jpg

L'édition 2022  du Parlement de la photographie était particulièrement attendue. Logique, si l'on considère l'importance des enjeux qui entouraient cette première édition post-Covid : situation en Ukraine, partage de la valeur sur internet, rémunération des créateurs, financement de la production, commande publique… 

Maître d’œuvre de l'événement, Fannie Escoulen, cheffe du département de la photographie à la direction générale à la création artistique du ministère de la Culture, revient sur la problématique générale de cette édition : la photographie sur tous les fronts.

Lieu de dialogue privilégié des professionnels du secteur, le Parlement de la photographie a rencontré, après deux années de visioconférence, un succès mérité au Palais de Tokyo. Comment aviez-vous préparé cette édition ?

Cette édition s’est construite à l’aune des conclusions du rapport de Laurence Franceschini sur le financement de la production et de la diffusion d’œuvres photographiques. Ses constats, réflexions et préconisations ont constitué le fil rouge de cette édition. À cela, se sont ajoutés des sujets directement liés à l’actualité. Je pense notamment à la table ronde sur la commande publique, à la question de la redistribution de la valeur de l’image sur internet, et celle attenante de la rémunération des auteurs, à la plateforme Iconos, enfin, en raison de l’actualité en Ukraine, à celle de la photographie de guerre et du statut du photographe de guerre. Qu’est-ce qu’être un photographe de guerre aujourd’hui ? Quel statut, quels droits ont-ils ? Est-ce qu’ils travaillent en commande pour des magazines ou partent-ils d’eux mêmes ?

Vous venez de l’indiquer, cette édition est en prise directe avec l’actualité de la guerre en Ukraine. Le réseau Diagonal, qui réunit des lieux de diffusion de la photographie, s’est tout de suite mobilisé pour venir en aide au festival Odesa Photo days.

La coopération s’est montée dans l’urgence en réactivité immédiate à la guerre. Elle est exemplaire de la capacité de ce réseau à mobiliser ses membres et plus largement d’autres acteurs comme les festivals. D’une façon générale, les réseaux – de diffusion, d’éditeurs, d’agences de photographes… – sont particulièrement déterminants.

Le Parlement de la photographie est également revenu sur la commande publique, qui est apparue comme un outil particulièrement adapté pour revitaliser le secteur. Quels sont les domaines de la photographie qui sont concernés par ces commandes ?
    
Ce qui est intéressant avec le secteur de la photographie, c’est qu’on peut élargir le champ de la commande publique à toutes les écritures et tous les genres, et que tous les photographes peuvent être concernés, que ce soit les photographes documentaires, les photojournalistes ou les plasticiens. Le Centre national des arts plastiques, à travers ses programmes de commandes, s’adresse prioritairement à des photographes qui ont des écritures artistiques mais soutient aussi beaucoup des photographes documentaires et des photojournalistes, le périmètre est donc très large. Si on prend l’exemple de « Radioscopie de la France », la commande lancée par le ministère de la Culture et porté par la Bibliothèque nationale de France dans le cadre du plan de soutien à la presse, elle soutien en particulier le secteur des photojournalistes. La force du Département de la photographie du ministère de la Culture est d’embrasser la photographie de façon large et transversale en dialogue constant avec les autres directions.