En dévoilant, lundi 11 juin, une liste de 477 œuvres issues des collections nationales appelées à voyager dans toute la France, Françoise Nyssen a entamé une nouvelle étape de son plan de lutte contre les inégalités culturelles.

Chefs-d’œuvre "iconiques", signés Van Gogh, Picasso, Goya, Soutine, Delacroix, Manet ou Balthus, mais aussi pièces "inscrites dans l'imaginaire des Français", comme la ceinture de bananes de Joséphine Baker ou la robe d'Edith Piaf, en passant par des témoignages "historiques", comme ce chef-d’œuvre de Titien, le Portrait de François 1er qui va sortir pour la première fois des collections du musée du Louvre, ou "archéologiques", comme ces trésors de la Gaule romaine issus des collections du musée de Saint-Germain-en-Laye, ce sont au total près de 500 œuvres issues du patrimoine national qui sont appelées à partir à la rencontre des Français.

C'est tout le sens du "Catalogue des désirs", lancé le 11 juin par la ministre de la Culture dans le cadre du plan "Culture près de chez vous". "Tout est parti d'un constat clair, a assuré Françoise Nyssen : entre les Français et les musées, l'une des principales causes de rupture, comme en amour, c'est la distance. Les initiatives [territoriales] des institutions qui abritent la plupart des grandes œuvres de notre patrimoine, ne manquent pas. Ce qui fait défaut, c'est la structuration générale". Pour conduire ce projet, la ministre a nommé Olivia Voisin, directrice des musées d'Orléans, et Sylvain Amic, directeur des musées de Rouen, commissaires généraux du "Catalogue des désirs" (lire notre entretien : "La vie des œuvres est un vrai roman").

Van Gogh, Picasso, Goya, Delacroix, Balthus, Manet ou Titien... ce sont au total près de 500 œuvres issues du patrimoine national qui sont appelées à partir à la rencontre des Français

Une politique de circulation des œuvres inédite

Avec le ministère de la Culture dans le rôle de "chef d'orchestre", la politique de circulation des œuvres va prendre un tour "inédit" pour "susciter les désirs des territoires". Ce nouvel essor tient d'abord à la variété et la valeur artistique, patrimoniale, mémorielle des pièces qui partiront à travers toute la France. Nouvel essor, ensuite, parce qu'une grande partie des œuvres du "Catalogue des désirs" n'a jamais été l'occasion de prêts.

Nouvel essor, enfin, parce que la politique de prêts sera marquée par deux nouveautés : les prêts seront d’une durée supérieure à celle d’une exposition ordinaire – de six mois à un an, contre trois en moyenne normalement – afin de laisser le temps aux territoires de s’approprier les œuvres, et de bâtir de véritables projets de médiation ; les œuvres pourront être accueillies dans des lieux inhabituels : des bibliothèques, médiathèques, et des monuments historiques notamment, qui permettent de toucher de nouveaux publics.

Accompagner les acteurs territoriaux

Une autre dimension importante de la mise en route de cette politique de circulation des œuvres, c'est qu'elle "libère les envies" des territoires. "La dynamique a commencé à prendre", s'est réjouie le ministre, précisant que "plusieurs territoires se sont manifesté spontanément", comme le musée Bernadotte à Pau, le musée des beaux-arts, à Agen, la Villa Arnaga, à Combo-les-Bains, et le musée de Lodève, qui ont exprimé "un désir autour d'une œuvre particulière" en relation avec leurs collections. Trois de ces projets – les prêts du sabre de Bernadotte à Pau par le musée de l'Armée, de l’Autoportrait de Clémentine-Hélène Dufau à Combo-les-Bains par le musée d’Orsay et de la Dame à l’éventail de Goya à Agen par le musée du Louvre – débuteront dès 2018. Dix autres communes ont exprimé le souhait de porter des projets, avec l'appui des élus. "Le catalogue que nous proposons aujourd'hui n'est pas une liste fermée", a insisté la ministre, invitant "tous les territoires à se manifester".

Enfin, le ministère de la Culture va prendre toute sa part dans l'accompagnement des petites structures qui voudront présenter des œuvres des collections nationales. En termes d'expertise technique, de conditions de conservation, de moyens, de coûts de transport et d'assurance, l’État "va faire plus pour ceux qui ont moins". "Je souhaite qu'il y ait au moins 50 projets lancés en 2019, en plus de ceux cités pour cette année", a ajouté Françoise Nyssen. Autre rôle important du ministère de la Culture : celui de facilitateur entre les établissements nationaux et les acteurs territoriaux qui souhaitent porter un projet. "Là aussi, il faut permettre la concrétisation du projet, en accompagnant les acteurs territoriaux au plan scientifique, artistique, logistique et technique".

Catalogue des désirs : 10 territoires engagés

Ces dix territoires ont obtenu l’engagement des élus, directeurs et responsables scientifiques, véritable garantie de la dynamique du projet, pour accueillir les chefs-d’œuvre des collections nationales et réveiller des pans d’une histoire que les habitants pourront se réapproprier.

  • Saint-Lô (Manche),
  • Saint-Claude (Jura),
  • Savigny-en-Véron (Indre-et-Loire),
  • Romorantin et Selles-sur-cher (Loir-et-Cher)
  • Sens (Yonne),
  • Roanne (Loire),
  • Moulins (Allier),
  • Saint-Antoine-l’Abbaye (Isère),
  • Châteauneuf-sur-Loire (Loiret),
  • Digne-les-Bains (Alpes de Haute-Provence)