Depuis le 3 décembre 2025, les élèves de Seconde professionnelle Métiers de l'Accueil du lycée Elsa-Triolet participent à la campagne « Les Lycéens à la découverte du Plus Grand Musée de France », un programme national porté par La Sauvegarde de l'Art Français et soutenu par la Fondation Total Énergies. Un coq d'église oublié dans la réserve d'une mairie, une bannière peinte du XIXe siècle, le buste d'une aviatrice pionnière, un mannequin appartenant aux collections des ateliers Lorin, ces trésors méconnus d'Eure-et-Loir vont devenir le fil rouge d'une aventure culturelle inédite.
« Selon vous, le patrimoine, ça peut être quoi ? » La question posée par Charlotte Tissier, chargée de projet, a ouvert cette journée de lancement par un quiz interactif qui a surpris plus d'un élève. « Des élèves souvent très connectés mais peu familiers des arts visuels », comme l'a souligné Mickael Robin, le proviseur, dans son discours d'ouverture enthousiaste. Pour lui, l'enjeu est triple : éducatif, professionnel et citoyen.
La Drac Centre-Val de Loire, présente aux côtés de l'équipe enseignante et des partenaires lors de cette journée inaugurale, joue un rôle essentiel dans l'accompagnement de ce projet ambitieux. En tant que service déconcentré du ministère de la Culture, la Drac veille à la mise en œuvre des politiques d'éducation artistique et culturelle sur le territoire régional. Son expertise et son soutien permettent de créer des passerelles entre les établissements scolaires et les acteurs du patrimoine local, transformant ainsi des lycéens professionnels en véritables acteurs de la conservation.
Pour accompagner les lycéens dans leur découverte
La Drac s'appuie sur deux corps de métiers essentiels à la protection du patrimoine. Les conservateurs des monuments historiques assurent le suivi scientifique et technique des édifices protégés au titre des monuments historiques. Ils instruisent les demandes d'autorisation de travaux, conseillent les propriétaires publics et privés, et veillent à la cohérence des interventions sur le bâti ancien. Leur expertise garantit que toute restauration respecte l'authenticité et l'intégrité des monuments.
Les conservateurs des antiquités et objets d'art, quant à eux, se consacrent à la protection et à la valorisation des objets mobiliers conservés dans les édifices publics, notamment les églises et les mairies. Ils recensent ces œuvres, conseillent les propriétaires sur leur conservation, proposent des protections au titre des monuments historiques et suivent les projets de restauration. C'est grâce à leur vigilance que des trésors peuvent être identifiés, préservés et transmis aux générations futures.
Le principe du programme est aussi pédagogique qu'engageant. Quatre œuvres patrimoniales en souffrance ont été présentées aux lycéens : un mannequin du XIXe siècle appartenant aux collections des ateliers Lorin de Chartres, un coq d'église provenant de Puiseux et actuellement stocké dans les réserves de la mairie, une bannière peinte de la confrérie des Charitons conservée à l'église Saint-Maurice de Villemeux, et le buste avec l'uniforme de l'aviatrice Hélène Boucher, datant du XXe siècle et visibles à la mairie de Yermenonville.
Quelle œuvre mérite d'être sauvée en priorité ?
Dès le 12 décembre, les élèves sont partis à leur rencontre lors d'une journée de terrain, accompagnés de leurs professeurs et de Fabienne Audebrand, conservatrice des antiquités et objets d’art d’Eure-et-Loir. « Si vous deviez sauver un objet de votre ville, ce serait lequel ? » Cette question du quiz inaugural prend alors tout son sens : les lycéens vont devoir répondre concrètement en choisissant, à l'issue du projet, quelle œuvre mérite d'être sauvée en priorité.
Tout au long du semestre, le programme alterne découverte du patrimoine et pratique artistique. Les élèves mèneront des recherches personnelles sur les œuvres, leur contexte historique, les artistes qui les ont créées. jusqu'en mars 2026, ils participeront à des ateliers de création encadrés par des professionnels : deux demi-journées avec un artiste (comédien, photographe ou écrivain) et une demi-journée avec un restaurateur du patrimoine. Ces ateliers leur permettront de comprendre de l'intérieur les processus créatifs et les techniques de conservation.
L'aboutissement du projet aura lieu le 4 mai 2026, lors d'un concours d'éloquence où les lycéens, répartis par groupes, défendront chacun une des quatre œuvres devant l'ensemble des partenaires et les représentants des communes concernées. À l'issue des débats, l'œuvre qui aura convaincu le plus de jeunes recevra un don de 10 000 euros de la Fondation Total Énergies pour financer sa restauration. Les élèves pourront ensuite suivre le chantier de restauration et, idéalement, visiter l'atelier du restaurateur.
Le « Plus Grand Musée de France »
Lancée en 2013, la campagne du « Plus Grand Musée de France » est la première initiative associative en faveur de la restauration d'objets mobiliers et d'œuvres d'art dans l'espace public. Elle repose sur un principe fondamental : impliquer la société civile dans la préservation du patrimoine de proximité, celui qui fait de la France un musée à ciel ouvert mais qui reste souvent méconnu et menacé.
Depuis 2018, le volet lycéen du programme a été déployé trente-sept fois partout en France, bénéficiant du parrainage du ministère de la Culture, du soutien de l'Association des Maires de France et de la Commission nationale française pour l'UNESCO, ainsi que du haut patronage de la Présidence de la République. Pour l'édition 2025-2026, cinq lycées professionnels participent à l'aventure : à Dijon, Rethel, Lucé, Ahun et Rillieux-la-Pape.
La Drac Centre-Val de Loire, en accompagnant ce dispositif sur son territoire, s'inscrit pleinement dans sa mission de démocratisation culturelle et de transmission du patrimoine auprès des jeunes générations. Dans une région exceptionnellement riche sur le plan patrimonial, avec ses châteaux de la Loire, ses cathédrales et son patrimoine rural, sensibiliser les lycéens professionnels aux enjeux de conservation revêt une importance particulière.
Au-delà de la dimension culturelle, ce projet répond aux objectifs d'éducation artistique et culturelle fixés par l'Éducation nationale. Il permet aux élèves de développer leur esprit critique, leur capacité d'argumentation et leur sens de l'engagement citoyen. Pour ces jeunes en formation professionnelle dans les métiers de l'accueil, la découverte du patrimoine local enrichit également leurs compétences : apprendre à valoriser un territoire, à en raconter l'histoire, à accueillir des visiteurs avec une connaissance approfondie de leur environnement.
Comme l'a rappelé le proviseur lors du lancement, cette initiative valorise aussi l'établissement et son dynamisme. Elle témoigne de la capacité des lycées professionnels à porter des projets culturels ambitieux, loin des clichés, et à former des jeunes conscients de la richesse qui les entoure.
Partager la page




