Madame la Ministre, très chère Roselyne,

C’est un tel honneur de vous succéder, ici, au ministère de la Culture, le ministère de ce qui donne du sens et du goût à la vie.

Nous avons l’une et l’autre des parcours très différents, mais nous sommes reliées, je crois, par les mêmes valeurs, la même combativité, sans doute héritée de nos grand mères – Corentine, la vôtre, un modèle incroyable d’émancipation ! – nous partageons, je crois, la même curiosité, le même appétit insatiable d’art, de littérature, de musique, de théâtre, qui a guidé toute notre vie. 

A la tête de ce ministère – vous venez de le résumer admirablement - non seulement vous avez déployé tout ce qu’il était possible de déployer, quoi qu’il en coûte, pour préserver le secteur culturel face à la crise sanitaire, mais vous avez su porter des projets de loi historiques, des budgets historiques, un plan de relance historique, je ne vais pas tout détailler car vous avez tout dit. Il est impossible de citer tous vos exploits ! Mais il y en a un de plus que je veux mentionner : vous nous avez régalés de tirades magnifiques récitées à merveille, avec la verve qu’on vous connaît, extraites de Racine, Molière ou Joachim du Bellay. Merci pour ces moments de grand plaisir !

Votre courage, votre humour, votre sens de l’écoute, votre implication dans les territoires et votre détermination de lionne marqueront à jamais ce Ministère, et au-delà de ce Ministère, marqueront, pour longtemps, la France. Pour tout cela, un immense bravo et un immense merci!

Je veux aussi saluer le travail de toute votre équipe – que je connais bien-  une équipe soudée, engagée et tellement efficace, sans qui rien n’aurait été possible. Et bien sûr rendre hommage au travail de l’ensemble des agents du ministère, qui n’ont pas ménagé leurs efforts, notamment au pic de la pandémie, pour œuvrer à la résilience culturelle de la France.

Alors me voilà ici, quittant la place de conseillère de l’ombre pour devenir Ministre de la République Française.

Je veux remercier le Président de la République et la Première Ministre qui me confient cette haute responsabilité.

En ce jour particulier, j’ai une pensée pour mes parents, qui m’ont donné le socle de confiance qui me permet d’être debout devant vous aujourd’hui sans vaciller, qui ont eu le courage de quitter Beyrouth en pleine guerre avec leurs 3 enfants et 5 valises et qui ont choisi la France pour sa devise de liberté, égalité, fraternité, à laquelle ils n’ont jamais cessé de croire et de contribuer ;

J’ai une pensée pour mon professeur de français de 4ème au collège Charles Sénard de Caluire, qui m’a transmis le plus beau des virus, le virus du théâtre !

J’ai une pensée pour les enfants des camps de réfugiés, des hôpitaux et des orphelinats que j’ai parcourus avec l’ONG Clowns sans frontières, c’est dans leurs yeux que j’ai compris la magie du spectacle.

Devenir Ministre n’était pas un rêve pour moi. Mon rêve c’était de devenir libre et de le rester ! Mais j’ai accepté ce défi auquel je ne m’attendais pas, ce défi qui est une responsabilité immense, parce que je crois dans l’ambition culturelle du Président de la République, parce que je crois dans l’élan nouveau que va insuffler notre première ministre, parce que je crois en chacun et chacune d’entre vous, les forces vives du monde culturel, parce que je crois, surtout, dans le pouvoir des artistes.

Je souhaite partager avec vous aujourd’hui quelques convictions, je crois pouvoir dire que ce sont même des résolutions, autant intimes que politiques – puisque tout est lié !

Je suis résolue à me battre pour investir plus massivement que jamais dans l’éducation artistique, dans l’encouragement des pratiques artistiques et développer l’envie de culture de notre jeunesse. Je me réjouis de pouvoir y travailler avec Pap Ndiaye, Ministre de l’Education Nationale ;

Je suis résolue à défendre notre souveraineté culturelle, pour affirmer la place de la création française, de la langue française, de l’innovation française dans l’océan numérique – et bientôt dans le métavers, amplifier le développement de notre cinéma, de nos industries créatives, à la fois en France, en Europe et à l’international ; 

Déterminée également à défendre notre patrimoine, le préserver, le rendre plus accessible, et continuer, chaque fois que possible, à inviter des artistes d’aujourd’hui à le révéler, à le raconter, à le réinventer. Le patrimoine, ce sont aussi des métiers, des vocations. Je veux porter un grand plan pour le développement des métiers d’art en collaboration avec les ministères qui seront concernés, c’est vital pour perpétuer nos savoir-faire, mais aussi pour créer des métiers d’avenir pour notre jeunesse.

Il m’importe également de placer la culture au cœur de la politique d’apaisement des mémoires que le Président de la République a très courageusement impulsé depuis 2017. Ce n’est ni une politique de repentance, ni une politique de déni, c’est une politique de reconnaissance. Et le ministère de la culture a un rôle clé à jouer, comme il a su le faire avec l’ouverture anticipée des archives de la guerre d’Algérie ou du Rwanda, comme il a su le faire en construisant une nouvelle relation avec le continent africain.

Je suis résolue à défendre un audiovisuel public fort, pluraliste et indépendant, un audiovisuel qui va continuer à s’adapter aux nouveaux usages et à cette révolution numérique qui ne cesse de s’accélérer. Le Président a annoncé, par ailleurs, des Etats généraux pour le droit à l’information, c’est un enjeu essentiel pour l’avenir de notre démocratie, nous allons nous y atteler, tous ensemble, dès que possible.

Je tiens aussi à ce que le ministère de la Culture puisse accompagner nos institutions publiques, nos musées, nos monuments, les filières de nos industries culturelles dans leur transition écologique, c’est un défi majeur et titanesque ;

Je souhaite travailler avec les élus de toutes les collectivités, le monde associatif, le public, le privé, plus largement toutes celles et ceux qui ont envie d’agir pour ouvrir encore plus grand les portes et les fenêtres ! Oui, plus les temps sont durs, plus nous avons besoin d’audace et d’imagination ! Tentons des expérimentations nouvelles, travaillons encore davantage avec nos voisins européens, allons chercher les nouveaux talents, préparons la relève !

Tous ces défis, je veux les porter avec enthousiasme et combativité à la tête de ce merveilleux ministère. Accueillir l’énergie et l’audace des artistes et des professionnels, écouter vos idées, accompagner vos expérimentations. Il y a vous, qui êtes là aujourd’hui, mais il y a tous ceux qui sont moins visibles ou plus loin, les artisans, les petites compagnies, les acteurs indépendants, les entrepreneurs, les tiers-lieux, les mécènes aussi – ne les oublions pas-  petits comme grands donateurs. Vous avez tous votre place dans ce projet ! Et à tous, je veux dire que vous pouvez compter sur moi.

Certes, le contexte est difficile, j’en ai pleinement conscience. « Il y a comme un goût de poussière dans tout, et la colère qui nous suit partout ». Mais rien ne nous empêchera de danser encore, de rire encore, de rêver encore ! Évidemment.  

 

La cérémonie de passation est disponible en visionnage ici