Au sein de l'École nationale supérieure d'architecture de Montpellier, Émilie Saugues, la responsable du nouveau laboratoire de fabrication numérique, organise le partage des connaissances et des pratiques liées au numérique.

Apprendre et transmettre. Ce sont les fils rouges qui tissent le profil professionnel d'Émilie Saugues. Architecte de formation, la jeune femme est diplômée de l'École nationale supérieure d'architecture de Clermont-Ferrand depuis dix ans.

Habilitée à la maîtrise d'œuvre en 2008, Émilie a d'abord creusé son sillon professionnel en se lançant dans les chantiers de "maisons bulles", un concept d'habitat né dans les années 1960 sous l'impulsion d'architectes comme Antti Lovag, dont elle a été l'assistante. "C'est dans le prolongement de cette première expérience singulière sur la forme – des bulles ! –, et à travers ce qu'Antti Lovag appelle le "bricolage" que j'ai vu l'intérêt du travail expérimental, particulièrement en atelier, raconte Émilie Saugues. En 2014, poursuit-elle, en m'impliquant dans l'association Les Petits Débrouillards d'Auvergne, j'ai été amenée à utiliser les outils de programmation robotique." Deux ans plus tard, les liens avec le digital s'affirment : Émilie est recrutée, dès la mission de préfiguration, en tant que responsable du laboratoire de fabrication numérique de l'Ensam (École nationale supérieure d'architecture de Montpellier). "Ce centre hybride de formation et de partage, qui ouvre ses portes en décembre 2016, est le fruit d'un projet né en 2015 à l'issue de l'appel à projets du ministère de la Culture et de la Communication pour la transition numérique", rappelle-t-elle.

Tout pour matérialiser ses idées

Sur son CV, Émilie se définit comme une « sorte d’intermittent de la construction [qui] trouve les solutions aux problèmes techniques et imagine une solution particulière et spécifique répondant aux contraintes des situations en cours à moindre coût... » Ajoutez à cela son naturel curieux, ainsi que ses expériences en régie technique, sur des chantiers d’architecture, dans un centre d’art contemporain, des festivals de cinéma de courts métrages et dans un fab lab associatif, et vous comprendrez comment Émilie Saugues a forgé sa compétence en matière de numérique appliqué. « Dans le cadre bâti comme dans le design, l’usage et le potentiel numérique ne cessent de s’étendre, explique-t-elle. Ces technologies permettent aux usagers de matérialiser leurs idées et de les expérimenter. Cela va du prototype d’une pièce industrielle à la maquette d’un projet architectural, ou à un objet design, à partir d’un fichier numérique ou directement à partir d’un objet scanné… Il y a beaucoup à imaginer, depuis le mobilier jusqu’à la conception de bâtiments entiers ! »

Dans son laboratoire de 200 m2, Émilie assure aussi la gestion et la maintenance de l’équipement : « Nous disposons d’un matériel de pointe : imprimante et scanner 3D, découpe laser, thermoplieuse… Tout est prêt pour dessiner des moucharabiehs, concevoir des bâtiments ou le vélo du futur ! »

« Ce labo a été pensé pour permettre d’associer la conception de projets et les outils de fabrication numérique, afin d’accompagner la professionnalisation des étudiants. Mais pas seulement. »

Et de préciser : « Ce labo a été pensé pour permettre d’associer la conception de projets et les outils de fabrication numérique, afin d’accompagner la professionnalisation des étudiants. Mais pas seulement. » C’est la spécificité de ce labo : ouvert, sans obligation, aux 800 élèves que compte l’école, il sera accessible, dès janvier 2017, au public extérieur (de 12h à 22h, du mardi au samedi , sur adhésion).

Des partenariats dans la French Tech de Montpellier

Avec cet objectif de rayonnement, durant la mission de préfiguration, Émilie a naturellement entamé des recherches pour nouer des partenariats avec des architectes, designers, chercheurs, enseignants, étudiants, ainsi qu’avec des créateurs d’entreprise du secteur de Montpellier, métropole labellisée French Tech par l’État en 2014. « Nous souhaitons mutualiser nos compétences et nos adhésions – par exemple avec LabSud, le fab lab de Montpellier, qui rassemble 400 membres. L’objectif de notre laboratoire est d’utiliser le potentiel des nouvelles technologies pour développer les activités artistiques et technologiques, dans un espace collaboratif et participatif », insiste Émilie. Cet accompagnement de projets de création numérique grâce à des partenariats sert de préambule au rôle qui lui tient le plus à coeur : « Proposer des solutions pour l’acquisition des compétences recherchées par les porteurs de projet, en facilitant l’accès de tous aux valeurs, aux principes, aux outils et à la capacité d’innovation du numérique. »

'Acklab de Lyon : un fab lab mobile

Le 18 octobre dernier, l’École nationale supérieure d’architecture de Lyon a inauguré, sur le campus de Vaulx-en-Velin, les Ateliers d’innovation architecturale : un fab lab mobile dédié à la conception et à la fabrication. Équipés d’outils numériques de pointe, les ateliers peuvent être en partie déplacés sur le territoire pour de courtes ou de longues durées. Ce projet, soutenu par la Région Auvergne-Rhône-Alpes et le ministère de la Culture et de la Communication (DGPAT), s’appuie sur les savoir-faire de l’équipe de recherche MAP-Aria rattachée au CNRS. ‘Acklab est labellisé par le Massachusetts Institute of Technology (MIT).