Virus, sous la direction de Nicolas Auray et Frédéric Keck. Terrain [Document papier et électronique], 64| 2015, 20€, URL : http://terrain.revues.org/15561

Comment vit-on avec les virus ? Si les virus se situent au croisement des imaginaires du poison et de la contagion, il s’agit ici d’interroger leur mode d’existence, par-delà les réactions ambivalentes qu’ils suscitent et les formes de diffusion qui les caractérisent. Ce dossier du nouveau numéro de la revue Terrain rassemble des articles exploratoires pour une ethnographie des relations entre hommes et virus dans les systèmes biologique et informatique.


Antonio Casilli explore les liens entre imaginaire du corps, savoirs médicaux et conflictualité politique, en revenant sur l’affaire de la «disquette Sida», conçue en 1989 par le mystérieux Dr Popp dans un but de prévention mais qui, une fois insérée dans un ordinateur, en perturbait le fonctionnement.

De son côté et toujours dans le domaine informatique, Nicolas Auray remarque que «Virus», «vers géants» ou «machines zombies» ne se propagent qu’en exploitant la curiosité des internautes. Comment les experts en sécurité peuvent-ils alors les chasser?

La figure du hacker, esquissée par ces premiers auteurs, est développée par Morgan Meyer qui a enquêté sur la «biologie de garage». La notion de «garage» renvoie à un imaginaire obscur où le bioterroriste fabriquerait de nouveaux virus, tout autant qu’à un imaginaire lumineux, portant la promesse du génie innovant.

Le paradoxe se retrouve dans la biologie «officielle», comme le montre Frédéric Keck en retraçant la controverse qui a eu lieu en 2011-2013 autour de la mutation du virus de la grippe H5N1. S’il sagit pour les virologues d’anticiper en laboratoire les mutations des virus dans la nature, ne risquent-ils pas de déclencher l’échappée accidentelle d’un virus mutant dont ils sont censés nous protéger?

Après ces virus imaginaires, Charlotte Brives et Frédéric Le Marcis traitent d’un virus bien réel: le retrovirus du sida en Côte d’Ivoire. A partir d’une analyse des conditions et des conséquences de la participation de personnes séropositives à un traitement précoce, ils découvrent des relations inédites entre le corps, le virus, soi et les autres.

Mais pourquoi voir les virus seulement en terme d’agents infectieux ou parasites? A contre-courant de la pensée unique, Thierry Bardini considère les virus comme des agents fondamentaux de l’évolution du vivant, dépassant une conception purement négative de ces formes de vie.

Ainsi ce numéro de Terrain esquisse une cartographie des virus contemporains, en montrant pour chaque cas comment ils recomposent la psychologie et l’économie des acteurs concernés.