Classée monument historique dès 1862 et inscrite au registre « Mémoire du Monde » de l'UNESCO en 2007, la Tapisserie de Bayeux s'impose comme le plus grand trésor des arts textiles de l'époque romane. Propriété de l'État, déposée à la ville de Bayeux et placée sous la tutelle de la Direction régionale des affaires culturelles de Normandie (DRAC), cette broderie de laine sur lin de près de 70 mètres n'est pas seulement une œuvre d'art : c'est un document historique d'une exceptionnelle densité, qui relate avec une acuité saisissante la conquête de l'Angleterre par Guillaume, duc de Normandie, en 1066.
Batailles, serments, festins, comètes, navires en marche — en quelque 58 scènes et 2 226 caractères latins brodés, elle restitue un monde disparu avec la vivacité d'une chronique et la puissance d'une épopée. Ses bordures fourmillent de fables ésopiques, d'animaux fantastiques et de scènes de la vie quotidienne qui en font bien plus qu'un simple récit de conquête : un miroir tendu sur la société du XIe siècle, ses codes chevaleresques, ses hiérarchies féodales et ses croyances. Fruit probable de la commande de l'évêque Odon de Bayeux, demi-frère de Guillaume le Conquérant, réalisée dans les ateliers anglo-saxons du Kent dans les années 1070, l'œuvre reste à bien des égards mystérieuse — et c'est précisément ce mystère qui continue d'alimenter la fascination qu'elle suscite.
Sa renommée est à la mesure de son ambition. Chaque année, près de 400 000 visiteurs venus des quatre coins du monde franchissent les portes du musée de la Tapisserie — dont plus de 70 % d'étrangers — faisant de lui, aux côtés du Mémorial de Caen, le musée le plus fréquenté de Normandie. Anglais, Américains, Japonais, Australiens : tous viennent chercher dans ces fils de laine vieux de mille ans le frisson d'une histoire fondatrice, celle qui a façonné à jamais les relations entre la France et l'Angleterre, entre la langue normande et la langue anglaise, entre deux civilisations durablement entrelacées.
La communauté scientifique internationale ne lui témoigne pas moins d'attention. Historiens, médiévistes, spécialistes du textile, philologues et historiens de l'art continuent de l'interroger, d'en débattre, d'en renouveler la lecture. Qui l'a commandée ? Où a-t-elle été brodée ? Que représente la mystérieuse Ælfgyva, seule femme nommée dans ses inscriptions ? Chaque génération de chercheurs apporte de nouvelles réponses — et de nouvelles questions.
Partager la page