Dédiée aux collections extra-européennes, cette journée d’échange a permis de débattre sur les enjeux réglementaires, scientifiques, culturels, politiques et éthiques liés à l’historique des biens culturels. Identifier et documenter le patrimoine nécessitent des sources fiables et un protocole maîtrisé (fonds d’archives, bases de référence) afin d’acquérir en toute sécurité des biens culturels à l’origine non douteuse. Pour les œuvres déjà inscrites à l’inventaire, un examen rétrospectif complet des historiques (corpus prioritaire) est indispensable et peut être mis en œuvre lors du récolement décennal ou d’un chantier des collections.

69 professionnels du patrimoine de toute la France ont participé au second volet du séminaire sur la recherche de provenance organisé par la DRAC Centre-Val de Loire dans la superbe chapelle du musée des beaux-arts à Chartres.

Décentrer le regard.  Chocolatière et vierge en ivoire : de l’exotisme à l’altérité

Conformément aux valeurs et aux normes déontologiques édictées par l’International Council Of Museums (ICOM), les accords de Washington (1998) ou le ministère de la Culture, l’historique des œuvres fait l’objet d’une attention rigoureuse.

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L’État français, en accord avec les pays d’origine qui en ont fait la demande officielle, peut donner droit à une restitution d’œuvre d’art. Un projet de loi, permettant de sortir les œuvres du domaine public et d’en transférer la propriété à l’État demandeur, fondé sur les recherches historiques préalables de provenance et d’acquisition, est alors déposé au Parlement par le gouvernement.

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Une loi autorisant une dérogation au principe d’inaliénabilité des collections nationales doit en effet être votée pour chaque transfert de propriété d’une œuvre à l’État demandeur. Une évolution du droit est l’étude afin de faciliter ces démarches complexes.

Une médiation anthropologique permet de raconter l’histoire plurielle des objets (esthétique, technique, historique etc) en partant soit des biens culturels soit des collectionneurs / collecteurs. La narration polysémique est ainsi recherchée par les professionnels afin de partager avec le public un regard ouvert qui n’enferme pas le patrimoine dans une lecture unilatérale. Devant l’ampleur des recherches à mener et la nécessité de respecter une diversité de points de vue, les réseaux s’étendent désormais aux communautés autochtones, détentrices de connaissances indispensables (collecte de témoignages et de documents).

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Au-delà d’un patrimoine en partage, chacun doit pouvoir se réapproprier un héritage parfois douloureux (guerres, contextes coloniaux). Face à la relecture critique d’une histoire occidentalo-centrée, la coopération internationale permet de nouer un dialogue apaisé entre les pays d’origine et ceux d’accueil. Étudier et mettre en place les conditions d’une meilleure connaissance de l’histoire mouvementée des peuples fait partie intégrante des enjeux du patrimoine dont les professionnels ont pleinement conscience.

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Les bases de données permettent désormais de reconstituer ces parcours d’objets afin de révéler une autre histoire de l’humanité. La cartographie des collections asiatiques, d’Afrique ou d’Océanie (« Le monde en musée ») géolocalise les avancées de ces enquêtes patrimoniales grâce à la mise en ligne de portails documentaires (Institut national d’histoire de l’art (INHA), grands départements scientifiques de l’État (musée du Louvre, musée national des arts asiatiques-Guimet, musée du Quai Branly - Jacques Chirac ...). Coordonnée par le ministère de la Culture, la base Joconde, catalogue collectif des musées de France, met ainsi en ligne un grand nombre de notices extra-européennes (archéologie, ethnographie, beaux-arts, arts décoratifs, esclavage, migrations humaines etc).

Au-delà d’un patrimoine commun, le dialogue requestionné entre les biens culturels en / hors Europe participe de la reconnaissance des droits culturels, reconnus par la loi n°2015-991 portant nouvelle organisation territoriale de la République.

 

Cette journée s’inscrit dans le cadre du séminaire itinérant Quelle stratégie patrimoniale en Centre-Val de Loire ?, initié en 2019 par la DRAC Centre-Val de Loire en partenariat avec les villes d’accueil, et poursuit pour la 4e année le dialogue fructueux qui s’est noué entre les professionnels de la région et d’ailleurs. A l‘occasion des 20 ans de la loi n°2002-5 relative aux musées de France, 7 journées d’échange sont prévues pour cette nouvelle édition.

Professionnels concernés : élus, professionnels du patrimoine, de la culture, de l’éducation, du champ social et du tourisme. Inscription gratuite sur réservation : musees.centre@culture.gouv.fr

Prochaines dates 2022

2 décembre 2022, espace André Malraux, Châteaudun (28) : Bilan des projets scientifiques et culturels depuis 10 ans

13 décembre 2022, musée des beaux-arts, Tours (37) : Conserver-restaurer l’art dans l’espace public