Lucien Clergue vient de nous quitter. Nous perdons aujourd'hui l'un de nos plus grands photographes, un homme profondément engagé pour que tous les publics rencontrent cet art qu'il aimait tant et auquel il a tant donné, un artiste dont la réputation va bien au-delà de nos frontières.
Fondateur des Rencontres d'Arles où il invite les plus grandes figures de la photographie, il met en place dès leur première édition les "ateliers de photo", si caractéristiques de son approche.
C'est cette même démarche qui le mène à s'engager pour la création, en 1982, de ce qui est aujourd'hui l'Ecole nationale supérieure de la photographie, dont il aimait à dire qu'elle était le plus petit des "grands travaux" présidentiels.
Les nouveaux bâtiments de l'école qui seront bientôt construits par l'architecte Marc Barani seront un prolongement de l'âme de son projet.
Premier photographe à entrer à l'Académie des Beaux-Arts de l'Institut de France, Lucien Clergue était aussi un grand portraitiste, un artiste qui savait admirablement photographier les artistes, qu’ils soient peintres, écrivains ou musiciens, saisissant à travers son objectif ce qu’ils avaient de plus secret et de plus singulier. Ses premiers clichés avaient enthousiasmé Picasso, avec lequel il nouera une amitié indéfectible. Il était infiniment proche du grand Manitas de Plata, dont nous venons également de subir la perte. Jean Cocteau, quant à lui, s’était inspiré de ses photos pour réaliser les fresques de la chapelle Saint-Pierre, à Villefranche-sur-Mer.
Lucien Clergue disparaît pendant "le mois de la photo", consacré à cette discipline qu'il s'est battu pour faire reconnaître comme un art majeur.
Mes pensées émues vont à sa fille Anne Clergue, ainsi qu'à ses proches.
Paris, le 15 novembre 2014