« Au premier contact, on devinait l’homme qu’une solide expérience acquise au long des années préserve des faux-semblants et protège des tromperies. Un connaisseur d’hommes, une nature dont la prudence, accrue au spectacle de la vie, n’a point obscurci la transparence. Un indulgent scepticisme tempérait chez lui le trait bien acéré, mais toujours sans venin. Incapable d’être jamais dupe, il gardait un fonds inaltérable de bonté. […] Il était dans l’intimité un de ces joueurs qui rattrapent la balle et n’en laissent perdre aucune ». C’est en ces mots que l’académicien René Dumesnil décrit en 1965 l’ancien directeur général des Beaux-arts Paul Léon.

L’actuel ministère de la Culture puise ses racines dans cette direction qui s’est développée à l’aube du XXe siècle. Alors que le ministère de l’Intérieur et celui de l’Instruction publique se partagent le domaine artistique et patrimonial, un sous-secrétariat d’État est taillé au sein du second pour le peintre Etienne Dujardin-Beaumetz en 1905.

Cabinet d’Etienne Dujardin Beaumetz (assis au premier plan), rue de Valois. Paul Léon apparaît en deuxième position en partant de la gauche.

C’est sous ses ordres que Paul Léon commence sa carrière dans les arts. En raison d’un parcours éloigné de ce domaine, P. Léon s’étonne d’être appelé par le sous-secrétaire. Lors de leur première rencontre, ce denier lui confie : « Vous n’entendez rien aux arts, c’est justement ce qui me plaît. Je m’y entends, moi, je suis peintre et je suffirai à la tâche. J’ai seulement besoin d’un homme sûr, d’un bon administrateur, étranger à toute coterie ». Nommé directeur de cabinet, il prend ensuite la tête de la Division des services d’architecture. C’est à lui qu’incombe le devoir de protéger les monuments menacés par les ravages de la Grande guerre. Il fait enlever les vitraux des églises, double les murs de la cathédrale de Reims de sacs de sable, organise des dépôts d’œuvres à l’abri des combats ; ses efforts sont applaudis par l’Assemblée nationale et le voilà nommé directeur des Beaux-arts.

Durant quatorze années passées rue de Valois, Paul Léon n’a cessé de promouvoir les initiatives culturelles et artistiques : il est notamment à l’origine du musée national de la Voiture et du Tourisme de Compiègne et du succès de l’Exposition des arts décoratifs et industriels modernes de 1925 dont il est commissaire général adjoint. On lui doit en partie la création du Service photographique des armées qui a facilité, par les clichés effectués avant les bombardements, la reconstruction des églises et qui, aujourd’hui, nous laisse le souvenir des dégâts de la guerre.

En 2013, les archives publiques produites par Paul Léon ont rejoint le ministère, avec le soutien de sa famille et du Comité d'histoire, pour être traitées par la Mission des archives. Les lettres échangées avec les êtres remarquables du temps (Valéry, Clémenceau entre autres) témoignent de l’administration des arts et des hommes qui l’ont animée. La longue liste des discours révèle la vivacité culturelle des associations artistiques comme du talent d’orateur de Paul Léon. Enfin les médailles, décorations et photographies qui composent le fonds d’archives dressent le portrait d’un représentant « touche-à-tout » comme il se définissait si bien, entrant dans les théâtres et les écoles, accompagnant les souverains en visite comme supervisant les restaurations d’œuvres. Ainsi c’est près de 4,30 mètres linéaires d’archives qui aujourd’hui sont conservés aux Archives nationales. « La petite histoire » de Paul Léon est venue enrichir la grande histoire du ministère de la Culture.