Mesdames, Messieurs,Chers ami(e)s,

« L’oeuvre d’art, disait Marcel Duchamp, est un rendez-vous ». Nous voici
donc réunis une nouvelle fois à l’occasion de la FIAC et des événements
qui y sont associés. Je pourrais faire un discours de convenance. Je ne le
ferai pas car c’est un rendez-vous que j’aime et que j’apprécie
particulièrement. Je ne le ferai pas non plus car je mesure ce que sont vos
attentes, et je veux vous dire combien je suis attaché à ce « monde de
l’art » auquel vous appartenez. Dans un contexte de globalisation, il me
semble, de fait, qu’on ne pourra pas aider à la promotion de nos artistes,
notamment à l’étranger, si on ne promeut pas, en même temps, le travail
de tous les acteurs qui contribuent à leur vitalité en France. Il n’y a pas
d’artistes forts et visibles sans un monde de l’art lui-même fort et visible :
avec et pour les artistes, il compte les musées, les centres d’art, les fonds
d’acquisition, les fondations, les écoles d’art, les résidences, bien sûr, mais
aussi les éditeurs de livres d’art et de revues d’art, les commissaires
d’expositions, les critiques d’art, les collectionneurs, les organisateurs
d’événements comme ceux-ci, les mécènes, les amis des musées, et vous,
les galeristes. C’est vous tous qui formez cet univers complexe, cet
« écosystème », qui êtes les interlocuteurs naturels du Ministère. Vous
êtes ici chez vous et c’est pour moi un immense plaisir de vous accueillir.
Je sais que l’année qui s’est écoulée a pu être difficile pour beaucoup. La
reprise est là, elle est encore fragile, elle doit nous inviter à la prudence.
Pour moi, cette année a été une année de travail que j’ai voulu consacrer à
des actions fondatrices. Mon Ministère est en bon ordre de marche,
comme en témoignent le budget 2011 que m’a accordé le Président de la
République, en nette hausse pour les arts plastiques ; mais aussi la
réorganisation réussie de la Direction générale de la Création artistique,
désormais dirigée par Georges-François Hirsch ; la réforme exigeante et
ambitieuse des écoles d’art ; et la préservation de la culture à l’occasion de
la réforme de la clause de compétence générale. Ce travail accompli nous
permet aujourd’hui d’accompagner les dynamiques des institutions et de
développer des opportunités pour les artistes : cela figure parmi mes
priorités.
On me dit que l’année qui s’ouvre s’annonce plus favorable : je l’espère. Je
sais la grande qualité de cette Foire emmenée par Jennifer Flay, seule
désormais aux commandes, depuis le départ de Martin Béthenod pour le
Palazzo Grassi. L’agrandissement de nombreuses galeries françaises,
comme les galeries Emmanuel Perrotin, Loevenbruck, Chantal Crousel, ou
prochainement Eric Dupont, la création de nouvelles galeries, notamment
dans le nord et l’est parisien, l’arrivée de galeries étrangères, comme Larry
Gagosian et Tornabuoni, la multiplication des foires de qualité en marge de
la FIAC, mais aussi la présence de nos galeries et de nos artistes à
l’étranger, comme Tatiana Trouvé ou Adel Abdessemed en marge de
Frieze, constituent un signe de vitalité dont je me réjouis, tout comme le
nombre de manifestations et d’événements produits par les acteurs publics
et les acteurs privés depuis la rentrée.
Parmi les établissements, Versailles, une fois encore, a su se faire
remarquer, et a attiré à Paris de nombreux collectionneurs internationaux.
Je salue l’exposition d’Adam McEwen qui ouvrira bientôt au Palais de
Tokyo, ainsi que la proposition de Sophie Calle qu’on pourra voir par la
même occasion ; les expositions Arman et Orozco au Centre Pompidou ; le
« contrepoint » des artistes russes au Louvre ; mais aussi les autres
initiatives parisiennes, franciliennes et régionales qui sont trop nombreuses
pour être citées : la très belle exposition inaugurale du Centre Pompidou-
Metz dont le succès ne se dément pas ; l’exposition du Mac/Val qui fête
ses cinq ans ; l’exposition La route de la Soie au Tri Postal de Lille ou
l’exposition Jean-Michel Basquiat… Et je n’oublie pas, dans ce
bouillonnement, les initiatives qui associent étroitement établissements
publics et opérateurs privés. Je tiens à saluer Ida Tursic et Wilfried Mille,
les lauréats du Prix Ricard, et aussi Saadane Afif, lauréat du prix Marcel
Duchamp, exposés au Centre Georges Pompidou. Ces prix illustrent les
partenariats vertueux tissés entre collectionneurs, entrepreneurs et
institutions, au bénéfice des artistes contemporains de la scène française.
Enfin, ce tour d’horizon serait incomplet si je ne citais pas les initiatives
remarquables comme le Printemps de Septembre à Toulouse, qui fête ses
vingt ans, L’expérience Pommery à Reims, qui fête ses dix ans, la Maison
Rouge, qui s’est, en peu de temps, durablement implantée dans notre
paysage ou encore les toutes nouvelles fondations SAM et Rosenblum.
Tout cela traduit une vitalité et une effervescence qui place, à mes yeux, la
France dans une situation très favorable dans le monde de l’art.
Mais je n’ignore pas qu’il reste encore beaucoup à faire, alors que le
monde anglo-saxon, et demain la Chine, l’Amérique Latine et l’Inde, entre
autres, deviennent nos « nouvelles frontières ». Ainsi, j’ai voulu lancer un
travail de fond en réunissant ce matin même, au Ministère, l’Observatoire
du marché de l’art. J’ai conscience des profonds changements dans le
monde de l’art en général, et dans le marché de l’art en particulier. A
l’heure de la mondialisation, la galerie d’art, entreprise culturelle, tend
souvent à se rapprocher d’une ingénierie, voire d’une industrie culturelle.
Un galeriste, aujourd’hui, est de plus en plus amené à accompagner ses
artistes en produisant ses oeuvres. Celles-ci sont de plus en plus
nombreuses, de plus en plus complexes, parfois de plus en plus
importantes, et le plus souvent destinées à voyager bien au-delà de nos
frontières. Faire ce constat suppose de modifier notre approche de ces
métiers et notre politique des arts visuels.
Selon moi, trois chantiers doivent être poursuivis, en concertation avec le
Comité professionnel des galeries d’art que j’ai tenu à recevoir avant la
FIAC et que je reverrai régulièrement.
Un chantier juridique tout d’abord. Je considère que mon rôle consiste, de
concert avec les autres ministères concernés, à remédier aux
désavantages compétitifs dont pâtissent la place de Paris et ses acteurs.
C’est dans cet esprit que j’ai écrit à Michel Barnier, Commissaire européen
compétent sur ce sujet, pour que le bilan de l’application de la directive
« droit de suite » soit établi. Nous avons obtenu gain de cause : la
préparation de ce rapport va être engagée. Il doit être l’occasion d’engager
un débat sur l’impact économique et social du droit de suite. Il s’agit de
prendre en compte tout à la fois la protection des intérêts des artistes,
l’objectif d’harmonisation franco-britannique, mais aussi l’exigence de
compétitivité des places européennes en matière de marché de l'art.
Un chantier financier ensuite. Il est clair que les galeries ont besoin de
nouveaux outils pour accompagner leurs artistes. Je rappelle à cet égard
que l’Institut pour le Financement du Cinéma et des Industries Culturelles,
l’IFCIC, permet déjà aux galeries qui sont engagées dans des projets de
développement important d’obtenir des garanties de prêt allant jusqu’à
70%. Je souhaite développer cette action, en l’étendant notamment à des
avances de trésoreries remboursables. A cet égard, je salue le
rapprochement opéré entre la Fondation Pierre Bergé/Yves Saint Laurent
et l’IFCIC en vue d’étudier la création d’un fonds doté d’1M€ destiné aux
galeries d’art engagées dans la promotion des artistes de la scène
française à l’étranger. Par ailleurs, je n’oublie pas, dans ce volet financier,
les mesures attendues de soutien à la collection privée. Dans ce domaine,
je veux, en concertation avec le Ministère de l’Economie, développer en
particulier les collections d’entreprise françaises pour lesquelles il existe
encore, je le pense, une marge de développement considérable.
Un chantier politique enfin. L’Etat fait beaucoup. Il ne faut pas se lasser de
le dire, mais on dit aussi qu’il peut faire mieux. Je tiens à saluer à cet égard
l’action de Richard Lagrange, qui s’est engagé dans un travail de
modernisation des commissions d’acquisition du Fonds national d’art
contemporain, le FNAC - dont je rappelle qu’il a opéré 2,9 millions d’euros
d’achats en 2009, dont 90% faits aux galeries. Je tiens également à vous
dire que la Direction générale de la Création artistique rédige actuellement,
à l’initiative de Jean-Pierre Simon, une circulaire sur la commande
publique qui entend définir les termes d’un contrat rénové associant les
galeries. Je souhaite également que les établissements sous tutelle du
Ministère continuent de prendre soin de bien informer les galeries en
amont de leurs projets. Je souhaite aider le Centre National des arts
plastiques, qui est un relais essentiel de notre action en direction de cet
« écosystème de l’art » que j’ai décrit, à faire davantage dans le soutien
qu’il lui apporte. Enfin, je suis sensibilisé au fait qu’il faut faire mieux en
direction des résidences d’artistes à Paris, où les loyers sont, comme on le
sait, trop chers, et je veux aussi, en partenariat avec l’Institut Français,
multiplier les résidences d’artistes français à l’étranger, et cela peut-être
dans d’autres villes que des villes européennes ou anglo-saxonnes : à
Shanghai, Bombay, Johannebsurg, Brasilia, qui sont les autres grandes
villes d’aujourd’hui et de demain.
Je n’ignore pas, pour finir, que ce rendez-vous est traditionnellement
l’occasion d’évoquer les projets portés par mon Ministère dans les années
à venir. Ils sont importants, dans le cadre de cette grande ambition pour
les Arts visuels que je porte avec vous.
En mai 2011, vous retrouverez, comme vous le savez, Christian Boltanski
au Pavillon Français de la biennale de Venise, ainsi qu’Anish Kapoor qui a
conçu une installation spectaculaire dans le cadre de Monumenta. Peu
auparavant, les travaux du Palais de Tokyo pilotés par les architectes
Lacaton et Vassal auront commencé, grâce à un investissement de mon
Ministère de près de 15 millions d’euros. Le Palais de Tokyo est, comme
vous le savez, une priorité de ma politique en direction des arts plastiques,
tant il est vrai qu’il permettra à la France, avec ses futurs 20.000m², de
rivaliser avec les plus grands centres d’art internationaux, et ainsi de
continuer d’accueillir le meilleur de l’art contemporain en France tout en
s’attachant à mieux promouvoir nos artistes dans le monde. Le Palais de
Tokyo ouvrira donc en mars 2012 et son ouverture se fera sous le signe
des artistes de la francophonie, puisque ce sera le thème de la nouvelle
triennale que le Palais de Tokyo accueillera. Son commissariat général
sera confié à Okwui Enwezor, sur proposition de Nicolas Bourriaud, en
association avec les trois commissaires français que proposeront Olivier
Kaeppelin et Marc-Olivier Wahler. Cette triennale du Palais de Tokyo sera
en quelque sorte la nouvelle formule de la Force de l’art qui se tenait au
Grand Palais jusqu’à présent. Le nouvel Etablissement public du Grand
Palais accueillera, quant à lui, en 2012, Daniel Buren, pour une nouvelle
édition de Monumenta. Enfin, les deux années qui viennent seront aussi
importantes pour la décentralisation culturelle et les arts plastiques en
région. En 2012, les FRAC auront trente ans, et nous célébrerons cet
anniversaire comme il se doit. D’autant que 6 nouveaux bâtiments abritant
des FRAC auront alors vu le jour, à l’initiative des Conseils Régionaux, qui
s’engagent toujours plus décisivement en faveur de l’art contemporain. Ce
sont ces FRAC et ces centres d’art en région qui ont, depuis trente ans,
entretenu et renouvelé un véritable « désir d’art » en France, sans lequel
notre brillante nouvelle génération d’artistes français ne serait peut-être
pas la même. Enfin, cette année sera une année décisive en matière
d’éducation artistique à l’école, puisque le grand plan que nous avons
mené en partenariat avec le Ministère de l’Education verra son
accomplissement. Après l’enseignement de l’histoire des arts en primaire,
puis au collège, cet enseignement devient en effet obligatoire à compter de
cette rentrée 2010 au lycée. Et comme nous le savons, en matière d’art,
tout commence à l’école.
Bref, nous avons du travail, mais nous aurons aussi beaucoup de plaisir
tous ensemble.