Discours de Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture et de laCommunication, prononcé à l’occasion de la conférence de presse deprésentation de l'Institut français, par Bernard Kouchner, ministre desAffaires étrangères et européennes, avec Xavier Darcos,Ambassadeur, chargé de mission pour l’action culturelle extérieurede la France, au ministère des Affaires étrangères et européennes

Messieurs les Ministres, cher Bernard KOUCHNER, cher Xavier DARCOS,
Mesdames et Messieurs,
Chers amis,
Si la culture française a toujours été une référence et un point de repère
dans le monde, c’est bien sûr du fait de l’excellence propre de ses artistes,
de ses écrivains et de ses intellectuels, mais c’est aussi, nous le savons,
grâce à la puissance de projection d’une diplomatie culturelle qui a su offrir
très tôt à notre culture un espace de rayonnement et de partage à sa
mesure.
À l’heure où ne cesse de s’amplifier le mouvement de la mondialisation –
économique bien sûr, mais aussi indissociablement culturelle –, à l’heure
de l’explosion numérique qui ouvre plus largement que jamais les frontières
et permet à nos écosystèmes culturels de communiquer, à l’heure où nos
partenaires, notamment les pays émergents, sont en train de développer
leurs réseaux, il était devenu nécessaire que nous repensions ensemble
notre action culturelle extérieure et lui donnions un nouvel élan. Dans ce
contexte, il nous fallait réfléchir aux moyens d’être mieux organisés, plus
efficaces, plus présents encore, et pour cela élaborer un nouvel instrument
de notre essor culturel.
C’est pour relever ce défi que mon collègue et ami Bernard KOUCHNER a
choisi, avec mon plein soutien, de mener une réforme d’envergure, qui
s’incarne aujourd’hui avec la création de cet Institut français.
La concertation entre nos deux ministères, qui a présidé à la création de
cette agence, se prolongera dans la définition collective de ses orientations
stratégiques, ainsi que le précise explicitement la loi. Une synergie étroite
entre nos ministères a été, est et restera une nécessité pour renouveler
sans cesse l’action culturelle extérieure de la France et pour mieux servir et
faire connaître à l’étranger notre création et notre patrimoine. Bernard
KOUCHNER et moi-même en sommes persuadés.
Dans le domaine cinématographique et des industries culturelles, par
exemple, le soutien à la circulation des oeuvres et des auteurs ne pourra se
faire qu’en étroite liaison avec les établissements publics du ministère de la
Culture et de la Communication, à savoir le CNC (Centre national du
cinéma et de l’image animée) et le CNL (Centre national du livre), mais
aussi avec les organisations professionnelles chargées de leur exportation,
UNIFRANCE, le Bureau export de la musique ou le Bureau international de
l’Edition française.
La promotion du spectacle vivant et des arts plastiques sera également au
coeur des missions de l’Institut français. Car, pour les artistes et les
institutions culturelles françaises, la diffusion de leurs créations hors de nos
frontières est un enjeu de plus en plus crucial, tant en termes économiques
que de notoriété.
Un outil de cette promotion – auquel Bernard KOUCHNER et moi-même
accordons la même attention – consistera à développer le réseau des
résidences d’artistes en France et, réciproquement, à mieux utiliser les
résidences à l’étranger pour l’accueil des artistes français. Dans ce
domaine, une meilleure coordination et une meilleure information sont
hautement nécessaires, et ce sont des tâches que le futur Institut pourra
assumer.
Aujourd’hui, à l’heure de la mondialisation multiculturelle, nous avons
également besoin, plus que jamais, d’une exigence de visibilité. C’est
pourquoi l’Institut français doit jouer un rôle essentiel dans le domaine de
l’information concernant l’offre culturelle française, tout particulièrement
sur Internet. Cette exposition sur la Toile est à mes yeux une priorité –
comme en témoigne mon engagement résolu en faveur de la
numérisation de notre patrimoine. C’est par excellence un domaine où les
actions menées par l’Institut, le Quai d’Orsay et mon ministère doivent
être pensées de manière globale, afin d’offrir une information de référence
la plus large possible, tant au grand public étranger qu’aux professionnels
de nos pays partenaires. Mieux informés de notre offre culturelle, ils
seront mieux à même de pouvoir l’accueillir, sur leurs scènes comme
dans leurs établissements.
Parmi les nouvelles missions confiées à l’Institut français, la formation des
personnels du réseau culturel à l’étranger constitue également une
avancée importante. Ce personnel est de grande qualité, j’ai pu le
constater aussi bien par le passé, que depuis un an à l’occasion de mes
nombreux déplacements à l’étranger. Mais nous pouvons faire mieux
encore, en apportant systématiquement, à chaque diplomate culturel, une
formation complète aux métiers de la culture. Dès cette année d’ailleurs,
nous avons entrepris de renforcer la coopération entre nos deux
ministères afin d’accueillir en formation davantage d’agents de terrain : et
c’est une dynamique que la création de l’Agence va nous permettre de
renforcer.
L’un des grands enjeux de notre présence internationale, c’est aussi, bien
sûr, la diffusion de la langue française à l'étranger. Il revient naturellement
au ministère de la Culture et de la Communication d'animer et de
coordonner la politique linguistique de la France. Mais je suis persuadé
que la prise en charge, par l’Institut français, de ce secteur essentiel de
notre action extérieure qu’est la francophonie, nous permettra d'imaginer
de nouvelles formes de promotion de notre langue, notamment par
Internet.
Il est clair que, pour chacune de ses missions, l’Institut français aura
besoin de s’appuyer sur l’expérience et l’expertise de mon ministère et de
ses établissements publics, dont l’activité internationale est devenue une
dimension fondamentale. C’est au sein de mon ministère, de ses grands
musées, de ses scènes nationales, de ses établissements
d’enseignement supérieur que se trouve le terreau indispensable au
rayonnement de la culture française. Là aussi, je puis vous assurer que le
soutien du ministre de la Culture et de la Communication à l’action du
futur Institut sera total.
Ainsi repensé, réorganisé et réorienté, l’Institut français deviendra un
« passeur de cultures » – non seulement de notre culture à l’étranger,
mais aussi, en retour, des autres cultures accueillies chez nous, à travers
les Saisons et les Années consacrées à divers pays partenaires, en pleine
concertation avec le ministère de la Culture et de la Communication.
Cet accueil des cultures étrangères au sein de notre espace culturel, et
j’ai envie de dire de notre espace de désir, est à mes yeux primordial. Car
je suis convaincu que notre culture ne peut vivre et s’épanouir que dans le
dialogue et l’échange avec les créateurs et artistes de cultures différentes.
Oui, notre rayonnement culturel à l’étranger sera d’autant plus fort que
nous saurons nous-mêmes nous enrichir de la culture des autres. Et là
encore, l’articulation entre l’action de chacun sera une condition sine qua
non, et je me réjouis qu’elle soit pleinement remplie.
Je voudrais enfin féliciter, comme elle le mérite, l’équipe de
CulturesFrance et son directeur, Olivier POIVRE D’ARVOR, pour le travail
accompli avec autant d’intelligence que de sensibilité et de détermination,
et assurer Xavier DARCOS, ambassadeur chargé de la préfiguration de
ce futur Institut français, de mon plein soutien, de mon entière confiance,
et de la plus grande disponibilité de mon ministère à travailler de concert
avec lui pour relever ce défi d’une action culturelle extérieure repensée,
renouvelée et renforcée.
Grâce à ce nouveau souffle et à ce nouvel élan, l’Institut français – coeur
battant de notre réseau culturel – pourra jouer pleinement, partout dans le
monde, son rôle de levier de notre diplomatie culturelle – une diplomatie
d’autant plus active qu’elle sera plus accueillante.
Je vous remercie.