Monsieur le Président du Conseil régional, Monsieur le Député, Monsieurle Ministre (Michel VAUZELLE),Monsieur le Vice-Président du Conseil général des Bouches-du-Rhône,délégué à la culture (Michel PEZET),Monsieur le Maire d’Arles, Vice-président du Conseil Général desBouches-du-Rhône (Hervé SCHIAVETTI),Monsieur le Président des Rencontres d’Arles, Monsieur le Ministre (Jean-Noël JEANNENEY),Monsieur le Directeur des Rencontres (François HEBEL),Chers amis de la Fondation LUMA, chère Maja HOFFMANN,Mesdames et Messieurs,Chers amis,

Je le rappelais hier soir, lors de l’inauguration des 41e Rencontres : j’ai
choisi de faire de la photographie un chantier essentiel de mon action à la
tête du ministère de la Culture et de la Communication.
Parce qu’elle est au coeur de la révolution numérique qui constitue l’un des
grands enjeux d’aujourd’hui et de demain, et l’une de mes priorités, parce
qu’elle accompagne chacun d’entre nous au quotidien, et qu’elle est ainsi
emblématique de cette « culture pour chacun » dont j’ai fait mon idéal et
l’axe structurant de ma politique, la photographie doit avoir également toute
sa place dans la structure de ce ministère qui la concerne à tous égards,
puisqu’il a en charge le patrimoine, la création et les industries culturelles.
Il n’y a pas d’amour sans preuve d’amour, dit-on : même s’il est toujours
difficile d’évaluer précisément le montant des crédits que le ministère
consacre à un secteur, en raison du grand nombre d’institutions qui l’ont en
partage – parmi lesquels, les plus grands, dont la BNF et le Centre
Pompidou – je puis affirmer qu’au moins 10 millions d’euros sont affectés
annuellement à la photographie. Cela reste peu, j’en conviens, mais ce
n’est nullement négligeable, de surcroît dans le contexte de crise et de
nécessaire sobriété budgétaire que nous connaissons, un contexte bien
plus difficile que je ne pouvais l’escompter en arrivant. Toutefois, je suis
convaincu qu'en mobilisant plus efficacement les ressources dont nous
disposons, nous pouvons faire beaucoup.
C’est précisément pour donner à notre politique photographique tout l’élan
qu’elle mérite, que j’ai mis en place, en mars dernier, au moment du
lancement anticipé de ces Rencontres d’Arles 2010, une Mission de la
photographie, dirigée par Daniel BARROY et Manuel BAMBERGER et
placée sous l’autorité de l’un de mes proches collaborateurs, Francis
LACLOCHE. Cette mission a pour but de créer un interlocuteur unique,
identifié de tous, permettant de remédier à l’éparpillement des structures,
au manque de visibilité et de lisibilité, et à l’insuffisance du dialogue entre
les différentes composantes du ministère d’une part, et les acteurs publics
et privés de la profession.
Cette mission s’est mise au travail sans tarder. Pour faire un état des lieux
précis et avancer des propositions, elle a organisé une commission de
réflexion qui a réuni près de 80 professionnels de la photographie, que je
remercie d’avoir bien voulu consacrer de leur temps précieux à cet enjeu
collectif. Pas moins de 12 séances ont déjà été menées tambour battant.
Cette commission s’est répartie en quatre groupes de travail, dont les
présidents sont tous présents aujourd’hui : Daniel BARROY, chef de la
Mission de la photographie, Sylvie AUBENAS, directrice du Département
de la photographie et des estampes à la Bibliothèque nationale de France,
Valérie THÉVENAUD-VIOLETTE, directrice de la syndication du Figaro,
Jacques HÉMON, président de l’Observatoire de l’image, et enfin Patrick
TALBOT, qui a dirigé avec grand talent, jusqu'il y a quelques semaines,
l'École nationale supérieure de la photographie d’Arles.
Ensemble, ils ont accompli un travail remarquable qui a pu aboutir, le 18
juin, à des premières propositions pragmatiques et concrètes.
Ces propositions, que je vais vous présenter, nous allons commencer à
les mettre en oeuvre. Chaque direction ou établissement concerné de mon
ministère prendra sa part de responsabilité. La Mission de la photographie
coordonnera l'ensemble et en suivra la bonne réalisation, et les
professionnels seront régulièrement informés de l'avancement des
travaux. Car je suis convaincu que la réussite sera collective ou ne sera
pas.
De cet ensemble de propositions, je retiens d’ores et déjà plusieurs
orientations.
1/ PREMIER AXE : LA PRÉSERVATION ET L'ENRICHISSEMENT DES
FONDS.
Nous devons répondre à cette préoccupation d'un grand nombre de
photographes aujourd'hui : comment assurer demain la préservation et la
transmission de leurs oeuvres, a fortiori dans le contexte de crise que
connaissent les agences ? Il est de notre devoir de préserver et de faire
connaître les fonds historiques, véritable « grenier » de notre mémoire
collective.
Nous organiserons donc le repérage de ces fonds, faciliterons toutes les
fois où cela sera nécessaire l'organisation de dépôts et, dans le
prolongement du travail effectué depuis deux ans sur les donations
photographiques reçues par l'État, nous allons créer une Commission des
dons et legs photographiques.
Je voudrais revenir en particulier sur la question de la gestion par l'Etat
des fonds dont il a la charge, qui constitue aussi un sujet de
préoccupation, régulièrement évoqué d'ailleurs lors de ces Rencontres. Je
crois pouvoir dire que nous sommes engagés dans une dynamique
positive. La polémique née au début des années 2000 sur cette question
avait créé un malaise. La suppression en 2004, de l’association
« Patrimoine photographique » qui gérait 14 donations pour le compte de
l’État, avait ouvert quatre années de conflits, jusqu’à ce qu’un accord soit
enfin trouvé avec de nouveaux engagements de l’État.
Ma position est ici sans ambiguïté : j’ai donné la priorité à la traduction des
engagements pris.
La donation LARTIGUE tout d’abord : les moyens ont été dégagés,
malgré le contexte budgétaire, pour créer un magnifique espace
d’exposition et de rencontres. Je souhaite remercier ici Maryse
CORDESSE et Martine D’ASTIER qui se sont mobilisées sans compter
aux côtés du ministère pour faire aboutir ce projet, et je tiens à les assurer
de mon soutien.
Les 14 fonds qui étaient gérés autrefois par « Patrimoine
photographique » aujourd’hui conservés au fort de Saint-Cyr rejoindront
également, comme nous nous y sommes engagés, celui de Charenton-le-
Pont, à la même date. Mais, des mesures ont été prises sans attendre,
conformément aux engagements pris : avec des recrutements
supplémentaires et des priorités affichées, la Médiathèque de
l’architecture et du patrimoine a réalisé, en deux ans à peine, l’essentiel
du travail d’inventaire qui n’avait pas été accompli au cours des quinze
années antérieures ; les conditions de conservation du fort de Saint-Cyr
ont été améliorées ; des présentations sur Internet de ces fonds sont
désormais proposées ; la politique de prêts a été développée, pour
assurer la diffusion de ces oeuvres au sein d’expositions plus modestes, à
côté des grandes expositions réalisées par le Jeu de Paume. Enfin, la
diffusion commerciale, réalisée désormais par l’agence photographique de
la Réunion des musées nationaux (RMN), donne de bons résultats.
Les autres institutions et établissements relevant du ministère ne sont pas
en reste : je tiens à saluer le travail remarquable effectué par exemple par
le Centre Georges Pompidou, auquel Mme HERVÉ, veuve de Lucien
HERVÉ, vient de consentir une donation photographique exceptionnelle.
La Bibliothèque nationale de France a présenté à l’hiver dernier une
remarquable exposition sur l’oeuvre de Michael KENNA.
Nous devrons aussi imaginer demain de nouveaux modes de
collaboration fructueuse entre secteur public et secteur privé, notamment
pour la valorisation des oeuvres. Je me félicite que dans le cas de l’oeuvre
de Willy RONIS – dont la disparition nous a tous bouleversés – cette
valorisation ait pu se poursuivre en dépit des opérations d’inventaire
successoral en cours, et surtout qu’elle ait pu donner lieu tout à la fois à
cette superbe exposition réalisée par le Jeu de Paume à la Monnaie de
Paris, mais aussi à la poursuite d’une collaboration avec l’agence Rapho :
les nombreuses petites expositions, et les opérations réalisées avec la
presse ont bénéficié ainsi du savoir-faire des équipes en place.
Je ne voudrais pas terminer ce premier point concernant la préservation et
l'enrichissement des fonds, sans vous exprimer mes interrogations, qui, je
le sais, sont aussi les vôtres, concernant l’absence d’une salle dédiée aux
expositions de photographies historiques depuis la fermeture de la salle
de l’hôtel de Sully. Il s'agit là d'un réel problème. Les services de mon
ministère poursuivent leur recherche d’une salle adaptée, et l’apport du
mécénat serait évidemment, ici aussi, le bienvenu.
2/ Le 2e axe concerne la valorisation des patrimoines photographiques.
Les professionnels ont souvent souligné la nécessité d'une meilleure
circulation des expositions, d’une plus grande impulsion donnée à la
recherche, ainsi que le besoin d'un accès plus lisible aux fonds
photographiques détenus par les institutions publiques, mais aussi
privées.
C’est précisément à cet effet que je mettrai prochainement en place un
portail de la photographie : adossé à l'Agence photographique de la RMN,
qui dispose à présent d'un outil formidable et d'un personnel qualifié, ce
portail offrira, pour les professionnels, des informations sur les institutions
qui conservent les fonds, notamment sur les conditions dans lesquelles
des oeuvres peuvent être prêtées ou utilisées. Il permettra aussi à tous et
à chacun de découvrir dans les meilleures conditions cet art à la fois
magistral et populaire.
Pour mieux faire circuler les expositions, nous mettrons en place avec
vous un repérage des lieux et nous organiserons des rencontres
annuelles pour faire émerger de nouvelles idées et de fécondes synergies
de moyens.
Dans ce domaine de la valorisation, je souhaite ici rendre hommage à
l’excellent travail réalisé par Marta GILI à la tête du Jeu de Paume : cette
institution a, d’ores et déjà, rempli son objectif – si je puis dire en parlant
de photographie…– , celui d’assurer une programmation qui reflète toute
la gamme de la photographie, de ses premiers balbutiements aux
avancées contemporaines les plus en pointe.
Suite à la perte de la salle de l’hôtel de Sully pour les expositions
historiques, elle a conclu un partenariat avec le Château de Tours, qui ne
permet pas d’exposer les tirages d’origine, mais rend possible la poursuite
de sa mission. Sur le site de la Concorde, les « grandes expositions » se
voient associées au travers de la programmation « satellite », à une
logique de découverte audacieuse à la mesure de l’ambition de
l’établissement. Elle y accueillera également la grande exposition
consacrée à l’oeuvre d’André KERTÉSZ, fruit d’un travail de trois ans de
préparation de Michel FRIZOT.
3/ Le 3e axe concerne les nouveaux modes de production et de diffusion,
et la nécessaire adaptation de nos politiques de soutien.
Les nouveaux supports offerts par le numérique ne sont pas simplement
de nouveaux moyens de diffusion, mais une ouverture à un nouveau
langage photographique, dont les créateurs savent se saisir.
Les modes d'intervention de l'État aux profondes mutations actuellement à
l'oeuvre doivent eux aussi s’adapter à cette nouvelle langue et ces
nouvelles pratiques créatrices, notamment à destination des nouveaux
médias.
C’est pourquoi je compte relancer la politique de commande, et vous
trouverez dans le dossier qui vous est remis, une présentation des
principales commandes lancées cette année. Je veux relancer aussi les
aides à la production, en augmentant sensiblement, dans la mesure de
nos contraintes, les montants qui y seront affectés.
Simultanément j'examinerai avec mes collègues du gouvernement
comment favoriser un accès des agences aux avances remboursables du
« grand emprunt » en faveur de la numérisation : c'est un enjeu essentiel,
à la fois en termes de sauvegarde du patrimoine et de soutien
économique pour ce secteur qui doit trouver toute sa place dans la
« société de la connaissance ».
4E AXE : LA FORMATION ET L'EDUCATION ARTISTIQUE
Cet enjeu capital exige que soient renforcées les conditions de la
formation initiale et continue des professionnels.
L'École nationale supérieure de la photographie, seul établissement
consacré exclusivement à cet art, a d'ores et déjà su trouver sa place
dans le paysage grâce à l'impulsion que lui a donné Patrick TALBOT.
Mais elle doit pouvoir demain, avec Rémy FENZY, disposer des moyens
de sa nouvelle ambition, en s'intégrant pleinement dans l'enseignement
supérieur, c’est-à-dire en fonctionnant en partenariat avec les universités
et avec les grands établissements de formation comme l’Institut National
d’Histoire de l’Art (INHA) ou l’Institut national du Patrimoine (INP). Elle
devra aussi développer son inscription dans les réseaux internationaux
d’échanges, tirant là tout le fruit de sa proximité nouvelle avec la fondation
LUMA.
L’Ecole apportera ainsi sa contribution à la mise en oeuvre, en Arles, du
pôle d’excellence culturelle, scientifique et de traitement de l’image que
nous appelons tous de nos voeux et qui répond aux grands enjeux
contemporains de visibilité internationale en matière de culture, de
recherche et d’enseignement supérieur, c’est-à-dire sinon d’unité, du
moins de communication des savoirs et des arts.
Son déploiement sur le site des anciens ateliers SNCF doit pouvoir être
étudié, dans une configuration qui permettra également d'y associer le
centre d'archives sur la photographie dont j'ai évoqué l'année dernière ici
même la nécessité.
De nouveaux locaux sont en effet indispensables pour mettre en place
cette ambition, et je tiens à remercier Maja HOFFMANN pour sa
générosité, sa passion et son efficacité dans ce chantier. Ce projet ne
pourra prendre corps qu’à la faveur d’un financement conjoint de l’État et
des collectivités territoriales. Pour ce qui concerne le ministère, je lancerai
prochainement une étude à la fois sur le projet pédagogique et sur les
conditions de la future implantation, de telle sorte qu’avec nos partenaires
nous puissions examiner la faisabilité de cette opération. Ce projet
intégrera le centre d’archives, dont la très belle exposition présentée cette
année à l’initiative du ministère constitue en quelque sorte une
préfiguration.
Ce centre d’archives sera conçu comme un site pilote pour la
conservation et le traitement des fonds de photographes ou d'archives
relatives à la photographie. Il disposera, à proximité, d’un espace
d’exposition et donc de valorisation. Ce centre pourra accueillir, à des fins
de traitement, des fonds appartenant à l’Etat, aux collectivités ou encore à
des structures privées, notamment des grandes agences qui ont marqué
l'histoire de la photographie au cours du XXème siècle, il sera
particulièrement ouvert aux représentations des régions
méditerranéennes.
Simultanément, nous développerons, avec toutes les institutions
impliquées dans la sensibilisation des jeunes publics, un travail de soutien
et de mise en réseau qui fait jusqu'à présent défaut.
En effet, je voudrais, à l’instar de la commission de réflexion sur la
photographie, insister sur l’importance de l’éducation à l’image et au
regard.
Comme toujours, et fort heureusement, les acteurs n’ont pas attendu l’État
pour prendre des initiatives ! Le Centre Photographique d'Ile de France à
Pontault-Combault, le Centre de photographie de Lectoure ou le musée
Nicéphore Niepce à Châlons-sur-Saône, ont ainsi été précurseurs; en
septembre prochain, le BAL ouvrira ses portes à Paris, permettant de
concrétiser physiquement le travail pluridisciplinaire réalisé d’ores et déjà,
pour de nombreux publics, par la « Fabrique du regard ».
Pour le ministère, le programme des « Écritures de lumière » qui connaît
depuis 2008 un succès considérable, continuera à développer, sur tout le
territoire, des partenariats avec les structures et les artistes qui le
souhaiteront.
Ce travail conjoint avec les professionnels se poursuivra sur bien d'autres
sujets essentiels à la vitalité de notre photographie. Vous connaissez
notamment l'importance que j'attache au photojournalisme.
Le rapport que j'ai commandé sur cette question m'a été remis il y a
quelques semaines et a été adressé aux organisations professionnelles.
Nous allons travailler avec elles sans tarder, et nous déterminerons
ensemble les sujets sur lesquels nous pouvons avancer. Une nouvelle
concertation sera ouverte à la rentrée. Je compte me rendre à Perpignan,
à « Visa pour l’image » le 30 août. Ce doit être pour moi l’occasion de
traiter en profondeur les grands enjeux du photojournalisme qui me tient à
coeur.
L’essentiel est donc là : l’État se redonne les moyens d’une politique
ambitieuse en concertation avec vous.
La photographie, tant par sa capacité de séduction qui en fait un pilier de
la « culture pour chacun », par les effets de la « révolution numérique »
sur les pratiques et sur la diffusion que par son dynamisme propre qui
l’amène à prendre sa place dans une politique de pôles internationaux, est
à un tournant de son histoire et doit donc devenir un chantier essentiel de
notre politique culturelle.