Discours de Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture et de laCommunication, prononcé à l'occasion de la cérémonie de remisedes insignes d'Officier dans l'ordre des Arts et des Lettres à TewfikFarès, de Chevalier dans l'ordre de la Légion d'honneur à François deLamothe, Daniel Russo et de Commandeur dans l'ordre des Arts etdes Lettres à Jean-Jacques Schpoliansky

Cher François de Lamothe,
Quoi de plus symbolique que de décorer un décorateur, d’honorer l’homme
qui a su, avec passion, embellir et magnifier tant d’oeuvres ? Homme de
l’ombre, vous voilà maintenant sous les feux des projecteurs, afin de
recevoir une décoration qui récompense votre talent inégalable pour
donner vie aux films et faire rêver des millions de spectateurs.
Après de brillantes études aux Beaux-Arts et à l’IDHEC, vous commencez
votre carrière en 1960 auprès de François Villiers qui, conquis par votre
don, vous demandera de travailler sur 3 autres films. Mais il n’est pas le
seul à percevoir le brio avec lequel vous parvenez à offrir une consistance
aux êtres, à donner un sens aux choses, à retranscrire en images
l’ambiance évanescente qui caractérise chaque film. Vous habillez les
oeuvres, les habitez, les hantez, tout en comprenant l’essence même de
votre rôle : « Un décor est un grand sentiment dramatique » disait Louis
Jouvet. D’autres réalisateurs, séduits par votre sensibilité, vous inviteront,
eux aussi, à incarner leur univers, dont vous percevez l’originalité, la
poésie et la fragilité. Ils encensent votre maîtrise parfaite de la couleur, qui
apporte cette fraîcheur incandescente à vos créations. Au travers des
nuances, des reflets et des couleurs, vous savez trouver le ton juste,
l’harmonie qui créera l’illusion.
En 1967, vous devenez un héros, celui qui sauvera le Samouraï du
désastre, film de Jean-Pierre Melville avec Alain Delon et François Perrier,
qui faillit périr inachevé, suite à un incendie qui ravage les studios du
tournage. Avec courage et passion, vous motivez votre équipe pour
reconstruire un nouveau décor - vous, le chef décorateur, l’homme des
coulisses, vous qui savez si bien rendre possible l’inimaginable, vous qui
savez redonner vie au rêve commun. Personne n’y croyait, mais vous
l’avez fait. Vous avez réussi, pour Samouraï, cet exploit miraculeux de
reconstruire pas à pas un monde, un rêve, qui venait de s’évanouir en
fumée. Le choix des couleurs métalliques dans la tonalité bleu gris, qui
traduit parfaitement l’atmosphère du film, a fait effet. Samouraï, renaissant
de ses cendres, est devenu un film culte, une référence dans les écoles de
cinéma, une inspiration pour toute une génération de grands réalisateurs,
de Martin Scorsese à Quentin Tarantino.
Vous travaillez ensuite aux côtés des réalisateurs et acteurs les plus
talentueux et audacieux, qui feront appel à votre savoir-faire technique
mais surtout à votre créativité exceptionnelle, qui marque vos oeuvres de
cette empreinte si personnelle. Robert Hossein dans Les Misérables,
Edouard Molinaro dans Mon oncle Benjamin ou Bertrand Blier pour
Combien tu m’aimes : citer ces grands noms ne laisse entrevoir qu’une
partie infime de la multitude de réalisateurs qui ont voulu que vos mains,
vos yeux, votre esprit participent à leur élan créateur, à leurs aspirations.
Et votre générosité vous amène à travailler en symbiose avec toutes les
personnes qui se dévouent à ce vaste labeur qu’est l’élaboration d’un film,
des plus discrets aux plus imposants. Vous approchez les grands
monstres du cinéma, avec cette humilité et cette délicatesse dont vous
savez si bien faire preuve : Claude Brasseur, Alain Delon, Liz Taylor,
Brigitte Bardot, Catherine Deneuve. Vous savez les écouter, leur parler, les
assister, compagnon prévenant et agréable des moments de tournage.
Reconnu par la profession, nommé à 4 reprises au César du Meilleur
Décor, ayant collaboré à plus de 80 films pour le cinéma, acclamé pour
votre capacité prodigieuse à sublimer les oeuvres cinématographiques,
vous ouvrez le champ des possibles, poussez toujours plus loin les limites
de l’imaginaire, plongez dans de nouveaux défis en décidant d’exprimer
vos dons pour le théâtre et la télévision, qui vous accueillent avec
ravissement. Vous réalisez jusqu’à 50 pièces de théâtre, des pièces
d’Harold Pinter aux créations de metteurs en scène aussi prestigieux que
Jean-Claude Brialy, Raymond Gérôme et même Roman Polanski, dont la
pièce Master Class, avec Fanny Ardant, reçoit 3 nominations aux Molières.
Vous brillez également sur le petit écran en travaillant avec de grands
noms tels que Philippe de Broca et James Goldstone.
Vos mémoires, que vous écrivez actuellement, seront à coup sûr un
témoignage précieux de ce métier merveilleux que vous avez exercé avec
dévouement, talent et réussite pendant tant d’années comme poète du
décor et magicien des couleurs.
Cher François de Lamothe, au nom du Président de la République et en
vertu des pouvoirs qui nous sont conférés, nous vous faisons Chevalier de
la Légion d’honneur.
Cher Daniel Russo,
Vous avez dit être devenu comédien « en tombant d’un arbre » : il faut
croire que les accidents ont parfois du bon. Vous êtes maintenant un
acteur accompli, acclamé, qui a su montrer son talent et sa créativité avec
enthousiasme et générosité.
Polyvalent, pluridisciplinaire, vous avez excellé, toute votre vie, dans des
domaines riches et variés, abolissant courageusement les frontières des
genres et des catégories. Vous êtes parvenu, avec simplicité et fraîcheur,
à illuminer le petit écran, lui apportant une dimension nouvelle, en offrant, à
chaque spectateur, cette parcelle de rêve, infime mais réelle, que nous
attendons tous. Qui ne vous a pas vu dans La vie devant nous, Joséphine,
ange gardien ou Au siècle de Maupassant : nous avons ri, pleuré, eut peur
avec vous. Vous avez une conception très noble du métier de comédien
c’est pour vous un don - don à votre art, don à une oeuvre, don à votre
public. Jouant également dans des séries populaires telles que
Commissaire Moulin ou Le juge est une femme, vous vous êtes immiscé
dans le quotidien du public, en éclairant ses jours et ses nuits.
Ouvert, passionné, vous vous êtes également imposé au cinéma, avec
cette modestie élégante, cette aisance affectueuse dont vous seul savez
faire preuve. Vous vous illustrez dans Le Juge et l’Assassin de Bertrand
Tavernier puis dans La Boum 2, qui aura un énorme succès. Mais la
comédie, est pour vous une catharsis, une apologie de la vie : De Un sac
de noeuds de Josiane Balasko à Black mic mac, en passant par Le
bonheur est dans le pré ou Iznogoud. Jouer la comédie est pour vous une
aventure, un moyen de rire, de s’épanouir, de s’amuser. Vous aimez rire et
faire rire, nous proposant ainsi, à chacun de nous, un moment préservé, un
moment intense d’évasion. Mais votre grand talent est de pouvoir tout
jouer, vous ouvrir, vous dépasser. Vous interprétez avec justesse,
sensibilité et une maestria remarquée et applaudie l’ancien Premier
Ministre Pierre Bérégovoy dans la remarquable fiction audiovisuelle Un
homme d’honneur sur France2, qui rassemblera 4 millions de spectateurs.
Daniel Russo, c’est aussi une voix. Vous devenez, pour nos oreilles
attentives et curieuses, la voix d’acteurs connus et reconnus, de Danny
DeVito à John Travolta. Le théâtre, enfin, sera l’occasion pour vous de
vous rapprocher, encore un peu plus, de votre public, pénétrant cette foisci
l’univers réel de celui-ci, accédant à la fugacité du rôle d’acteur, à la
chaleur de la salle. Vous travaillez alors avec des acteurs et metteurs en
scène de renom tels que Pierre Mondy, Gérard Jugnot, Laurent Baffie ou
encore Michel Blanc.
Votre talent de comédien est d’ailleurs reconnu de tous : les professionnels
vous acclament, vous réclament, et vous récompensent de très nombreux
prix, tant au cinéma qu’à la télévision ou au théâtre. Votre rôle dans 9 mois
vous vaut un César en 1994, vous êtes nommé pour le Molière du
comédien en 2010 : les consécrations sont nombreuses. Le public, lui,
vous adore : vous lui permettez de s’identifier, de vivre à travers vos
personnages et de pouvoir ainsi, une fraction de seconde, voyager dans
ces vies imaginaires si présentes en chacun de nous et pourtant si
lointaines. Avec cette chaleur méridionale caractéristique, vous aimez ce
contact humain avec votre public, vous, l’homme du Sud, le joueur de
pétanque, à la parole généreuse, toujours proche de ceux qui vous
entourent, vous soutiennent, vous aiment. Vous osez, avec une ferveur et
une bonté rares, rompre toutes les barrières et aller vers les autres.
Vous avez une conception noble du métier de comédien. Un film, une
pièce de théâtre, ce sont avant tout des grands moments de partage, un
travail d’équipe, un élan commun vers une même cause : créer du rêve.
Vous comptez, à vos côtés, de nombreux soutiens, appuis, amis : Patrick
Braoudé ou Laurent Baffie peuvent en témoigner. S’amuser, rire, divertir et
offrir tout cela au public.
Généreux, ouvert, humaniste, vous avez offert, durant des années, des
moments de bonheur, de joie, de peur à des millions de Français.
Cher Daniel Russo, au nom du Président de la République et en vertu des
pouvoirs qui nous sont conférés, nous vous faisons Chevalier de la Légion
d’honneur.
Cher Jean-Jacques Schpoliansky,
C’est avec une grande émotion que je m’adresse à vous aujourd’hui. Il y a
maintenant 30 ans, dans ces murs gorgés d’histoire du cinéma Le Balzac,
à vos côtés, j’ai exercé votre métier, j’ai partagé votre combat et je garde
un souvenir impérissable de ces merveilleuses années.
Mais c’est de vous, aujourd’hui, que nous allons parler. Votre histoire, c’est
celle d’une vie entière consacrée au cinéma, celle d’une foi indestructible
en l’art, celle d’un homme hors du commun qui défend une idée de la
culture qui m’est chère. Tel un paquebot en pleine mer, vous êtes parvenu
à maintenir le cap de cette odyssée culturelle qui dure maintenant depuis
bien longtemps.
Vos débuts à 22 ans comme assistant de Marcel Richard chez UGC sont
une mise à l’eau, le grand saut, celui qui vous amènera à construire,
quelques années plus tard, votre si belle oeuvre. Vous dirigez des cinémas,
à Tours, vous enseignez la programmation, vous êtes régisseur-adjoint
auprès de grandes pointures du cinéma telles que René Clément ou Luis
Buñuel. Mais ces années ne font que vous préparer, vous, l’amoureux du
7e art, l’ardent cinéphile, le passionné de culture que vous êtes, pour votre
destinée, votre vocation, votre consécration : Le Balzac.
Le Balzac, c’est avant tout une affaire de famille et d’amour sur 3
générations. Ayant appartenu à votre grand-père puis à votre père, auréolé
de cette histoire chaotique et tumultueuse qui donne aux choses toute leur
poésie, ayant bercé votre prime jeunesse par les images colorées des
grands films français, Le Balzac a pour vous la tendre saveur de l’enfance,
la valeur symbolique de ce que l’on a toujours aimé. Lorsque vous le
reprenez en 1973, vous vous donnez une mission : créer un cinéma qui
défende une certaine vision du 7e art face à la consommation de masse.
Ce sera votre révolution. Vous allez ériger, animé par votre foi en l’art, un
temple du cinéma, sur les Champs Elysées.
A quelques pas de la plus belle avenue du monde, qui se transforme peu à
peu en galerie marchande où les grands complexes se multiplient, loin du
flot continu de touristes, vous parvenez à faire du Balzac le dernier bastion
d’une culture de proximité, un phare au milieu de la tempête, un îlot de
création préservé et précieux. Vous êtes le « dernier des Mohicans » d’un
univers ancien, peut-être utopique, où la lenteur, la beauté, la poésie du
monde s’imposaient face au prosaïsme ambiant. Avec cette force et ce
dynamisme qui rend vos projets inestimables, vous allez proposer, avec Le
Balzac, une alternative complémentaire aux autres cinémas, et ce malgré
les oppositions : ce sont des luttes au quotidien, un travail patient, un
investissement de chaque instant pour sauvegarder sa spécificité, pour
défendre une exception, pour refuser de marchander ce qui n’a pas de
prix.
Le Balzac offre ainsi, à travers votre cinéphilie militante, un cinéma
atypique. Eclectique, originale, exigeante, votre programmation laisse
entrevoir le regard d’un homme en avance sur son temps, sur les grandes
questions de son époque, sur l’avenir de la création. Vous défendez, à
travers cette qualité, imperturbable au fil des jours et des années, une idée
noble, sublime, du cinéma : respectueuse des auteurs, ouverte sur le
monde, attentive aux jeunes talents. L’ouverture est pour vous essentielle :
ouverture sur les genres, ouverture sur le monde, ouverture des esprits. Le
label « d’art et d’essai » et de « recherche » montre cette capacité du
Balzac à innover, à inspirer, à toujours chercher la beauté dans sa
diversité. Ainsi, l’oeil ouvert sur de nouvelles oeuvres, sensible à ce qui
peut repousser les limites de la création, vous savez voir, avec ce regard
fin, cette pertinence, cette intelligence dont vous seul avez le secret, les
films qui portent en eux cette force qui les transformera en chefs d’oeuvre
acclamés : vous présentez les films de Jacques Tati ou Jean-Jacques
Annaud avant l’heure ; vous avez vu juste en programmant In the mood for
love. Mais non seulement vous les voyez, ces oeuvres exceptionnelles,
mais vous seul savez mettre en valeur les créations de ceux qui, par leur
art, ne cessent d’animer votre foi.
Créateur, vous allez le devenir vous-même, en développant, avec une
énergie détonante, un concept de cinéma nouveau. Les travaux de
rénovation ne sont que la marque physique, l’abri extérieur d’une
révolution, vous multipliez les initiatives originales pour dynamiser Le
Balzac : pas à pas, la transformation opère. Vous proposez des menus
gastronomiques avec l’appui de votre ami Pierre Gagnaire. Humaniste,
généreux, chaleureux, vous êtes entourés par vos amis qui, fascinés par
votre créativité, captivés par votre savoir-faire, grandis par vos projets,
bâtissent à vos côtés cette forteresse porteuse d’un rêve, de ce même
rêve, d’une culture nouvelle partagée. Puis vient la musique : sons,
sonorités, résonances, démultipliant les émotions, ouvrant les sens aux
correspondances et aux plaisirs, vous invitez des orchestres à jouer,
organisez des ciné-concerts, pour des spectateurs enchantés. Le Balzac,
c’est l’imagination au pouvoir, c’est la révolution créatrice, et chaque film
devient, dès lors, une fête.
Vous êtes parvenu à faire du Balzac un lieu familial et festif, accueillant
personnellement les spectateurs, présentant les films, créant une
atmosphère de convivialité consacrée en 1995 par la création du Club des
Amis du Balzac, qui compte aujourd’hui plus de 1000 adhérents.
Votre combat n’est pas seulement celui d’une vie, il est celui d’une
humanité retrouvée. Vous avez créé un lieu merveilleux où l’esprit critique
retrouve ses lettres de noblesse, où l’exceptionnel s’immisce dans notre
quotidien, où la diversité culturelle se trouve magnifiée.
Cher Jean-Jacques Schpoliansky, au nom de la République française,
nous vous faisons Commandeur dans l’ordre des arts et des lettres.
Cher Tewfik Farès,
Rendre hommage à votre parcours est pour moi d’autant plus un plaisir
que nous avons eu plusieurs fois l’occasion, dans nos trajectoires, de
partager des projets et des passions culturelles communes, sur ce qui relie
les deux rives de la Méditerranée.
Après vos études en Sorbonne, vous choisissez le retour en Algérie en
1963 pour devenir l’un des pionniers des actualités dans une nation qui
vient de naître au sortir de la guerre. C’est à l’enthousiasmante aventure
d’une nation à construire que vous participez, pour tourner la page des
armes et mener les nouveaux combats, à l’image du recueil Le dernier
chant que vous avez publié chez Julliard avant de repartir. Ce thème du
combat, vous le reprendrez vingt-cinq ans plus tard, avec Empreintes de
Silences.
Entre temps vous devenez l’une des figures tutélaires du cinéma algérien.
Le Vent des Aurès, dont vous écrivez le scénario pour Lakhdar-Amina,
obtient le Prix de la Première oeuvre à Cannes en 1967, et le Prix du
Meilleur scénario à Moscou la même année.
Puis ce sont Les Hors-la-loi, votre unique long-métrage, avec, au sortir du
second conflit mondial, ses bandits bien aimés. Par votre intermédiaire
pionnier, c’est sous le signe du western, à travers la poussière des
cavalcades dans les Aurès, que le cinéma algérien accède à la couleur.
Quelques années plus tard, c’est la consécration : je veux parler du
scénario des Chroniques des années de braise, que vous écrivez une fois
de plus dans le cadre de votre collaboration fructueuse avec le réalisateur
Lakhdar-Hamina : ce film emblématique sur l’émergence du combat pour
la décolonisation reçoit la Palme d’Or au Festival de Cannes 1975.
Fort de ce succès, vous orientez dès lors votre carrière vers un nouvelle
frontière : la télévision. Je voudrais surtout évoquer la très belle aventure
de Mosaïque, l’émission que vous créez en 1977, et qui marquera pendant
dix ans l’histoire de l’audiovisuel français. Chaque dimanche matin, grâce à
votre travail de réalisateur et de coordinateur de rédaction, vous inscrivez
pour la première fois l’immigration maghrébine dans le paysage
audiovisuel national.
Dans l’esprit de Mosaïque, vous réalisez plus tard pour ARTE une soirée
thématique consacrée à la banlieue, sur Les lumières de la zone, en
prenant soin de mettre en valeur ses aspects positifs trop souvent oubliés ;
c’est aussi ce même éclairage que vous imprimez à l’émission du Cercle
de Minuit consacrée en 1998 au ramadan. Avec l’Opération Télécité sur
FR3, que vous lancez en 1999, vous donnez pendant quatre ans la parole
aux jeunes tout en leur apprenant à manier et à s’approprier les outils de
communication. Ainsi, pour vous, les mots intégration et diversité doivent
faire l’objet d’une réflexion critique et d’une mobilisation de tous les
instants, si l’on veut qu’ils fassent sens et ne se perdent pas dans les
sables des formules creuses. Des Aurès aux cités de Noisy-le-Sec, c’est
chez vous la marque d’un engagement militant.
De cette aventure télévisuelle que vous avez inscrite au service du
rapprochement des deux rives, j’ai eu l’honneur et le plaisir de faire partie,
en animant notamment en 1991 Les nuits du ramadan, autour de la
convivialité, de la musique, du son des langues française et arabe.
Dans votre travail d’écriture et de scénariste, le questionnement sur la
mémoire historique occupe une place de choix, depuis Le Retour où vous
faites le récit du premier contact d’un émigré avec l’Algérie indépendante.
Cette préoccupation, vous la déclinerez à travers des portraits, comme
celui de L’Abbé Pierre, ou d’André Maginot, ou à travers des lieux, de
Tombouctou à la Lorraine. Plus récemment vous co-signez le commentaire
de Home, le film de Yann Arthus-Bertrand : les mots que vous mettez sur
l’image aérienne participent ainsi à ce qui est devenu un succès mondial.
Votre filmographie au service de la mémoire, votre engagement pour le
rapprochement culturel et une meilleure compréhension entre la France,
l’Algérie, le Maghreb, figurent parmi les causes pour lesquelles vous
oeuvrez en tant qu’homme de cinéma et de télévision. Autant de raisons
pour lesquelles je suis particulièrement heureux de vous rendre hommage
aujourd’hui : Cher Tewfik Farès, au nom de la République française, nous
vous faisons Officier dans l’ordre des arts et des lettres.