A côté des acteurs institutionnels, de nombreux acteurs se mobilisent tous azimuts en faveur du secteur de la traduction.

Que ce soit en littérature, bien sûr, il n’est qu’à voir l’effervescence à chaque rentrée littéraire pour le domaine étranger, mais aussi dans les secteurs des essais, du livre jeunesse, du livre scolaire, de la bande dessinée ou du manga, la traduction est, de longue date, un élément-clé de la diversité et la vitalité de l’écosystème de l’édition française.

Aujourd’hui, de nombreux acteurs se mobilisent en faveur de la traduction, en premier lieu les acteurs institutionnels. Preuve en est la création en 2019 du Grand Prix de l’œuvre de traduction, remis par le ministère de la Culture et la Société des gens de lettres. Ces initiatives institutionnelles ne sont pas les seules, loin s’en faut. A côté d’elles, de nouveaux venus consolident le dispositif en faveur de la traduction.  Tour d’horizon.

Le Centre national du livre, un acteur historique du soutien à la profession

La mobilisation du Centre national du livre en faveur des professionnels du secteur de la traduction est ancienne et constante. Elle passe notamment par l’attribution de deux bourses :

  • la bourse de séjour aux traducteurs du français vers les langues étrangères d’un montant de 2000 à 6000 euros. Celle-ci a pour objet de développer le réseau des traducteurs professionnels du français, ou d’une des langues de France, vers les langues étrangères en leur offrant la possibilité de séjourner en France pour y mener un projet de traduction d’ouvrage français à des fins de publication.
  • la bourse aux traducteurs des langues étrangères vers le français, dont le montant s’échelonne entre 5000 à 8000 euros, qui a pour objet de permettre aux traducteurs de se consacrer, en France ou à l’étranger, à un projet individuel et personnel de traduction de grande ampleur, à des fins de publication.

L’information sur ces aides est aujourd’hui largement diffusée. Pour preuve, le webinaire dédié organisé en janvier dernier par le Centre national du livre avec l’Association des traducteurs littéraires de France (ATLF).

École de la traduction littéraire, acteur clé pour la formation

Créée en 2012 par le Centre national du livre en partenariat avec l’Asfored, l’École de traduction littéraire revendique plusieurs objectifs. « Nous avions la conviction que nous pouvions apporter une nouvelle offre de formation, explique Olivier Mannoni, traducteur et directeur pédagogique : le premier objectif était de faire en sorte que nos traducteurs s’insèrent mieux dans le métier – on voyait en effet des traducteurs excellents mais qui connaissaient mal le droit et le fonctionnement de l’édition. Le second était de lancer un concept inédit qui permette d’ouvrir aux langues étrangères et de frayer de nouveaux chemins dans l’enseignement de la traduction ». Une formule gagnante. L’école était à peine lancée qu’elle engrangeait déjà d’excellents résultats. « En dix ans, neuf prix de traduction nous ont déjà été décernés, dont certains prestigieux. Miyako Slocombe en a reçu plusieurs, Sika Fakambi a reçu le prix Laure Bataillon et le prix Maurice Edgar-Coindreau l’année de son passage. Le second objectif, celui d’une entrée plus facile dans le métier a aussi été atteint ».

Alors qu'elle va fêter ses vingt ans du 30 septembre au 2 octobre lors de la prochaine édition du festival VO VF, à Gif-sur-Yvette, l'école fait valoir, parmi ses initiatives récentes, la création d’un groupe de communication sur What’sApp : « Nous l’avons ouvert rétroactivement depuis 2012 si bien que nous avons aujourd’hui 130 anciens élèves de l’école qui se connaissent et s’aident. Cela a beaucoup compté dans le fonctionnement de l’école. Les membres se donnent tous types de renseignements ».

Printemps de la traduction, un espace de rencontres lancé par l’association ATLAS

Initié par l’Association pour la promotion de la traduction littéraire (ATLAS) en 2015, le Printemps de la traduction réunit chaque année à Paris traducteurs professionnels et amoureux de littérature étrangère. La septième édition de ces rencontres a eu lieu en mai dernier à la Maison de la poésie et à l’Institut suédois.

Avec notamment au programme une table ronde et plusieurs ateliers de traduction collective en langues arabe, suédoise, géorgien, anglais et créole jamaïcain. L’Association pour la promotion de la traduction littéraire organise également toute l’année des formations, les Assises de la traduction en hiver, et plusieurs prix littéraires.  

La maison de la traduction en Nouvelle Aquitaine

« Nous sommes peut-être l’unique association régionale œuvrant à la promotion des traducteurs et de la traduction littéraire », souligne Véronique Béghain, présidente de la maison de la traduction en Nouvelle Aquitaine (Matrana). À l’occasion de la journée internationale de la traduction, le 30 septembre prochain, l’association, « en partenariat avec l’ATLF et différentes structures locales », prépare une grande opération à La Rochelle qui comprendra « des ateliers de traduction, des ateliers d’initiation à la traduction, des grands entretiens, une joute et un spectacle ».

Elle s’apprête également à lancer une résidence de traduction en Nouvelle-Aquitaine. « Notre singularité est liée au tissu local : beaucoup de traducteurs sont installés en Nouvelle-Aquitaine, des structures, à l’instar d’ALCA qui propose des ateliers dans l’enseignement secondaire, interviennent dans le domaine de la traduction, des maisons d’édition de littérature étrangère sont implantées en Nouvelle-Aquitaine, et il existe une formation dédiée à la traduction à l’Université Bordeaux-Montaigne ». L’association fête ses cinq ans cette année.

Maison des Écrivains Étrangers et des Traducteurs (MEET) de Saint-Nazaire

Depuis trente ans, la Maison des Écrivains Étrangers et des Traducteurs (MEET) de Saint-Nazaire accueille en résidence des écrivains étrangers et des traducteurs du monde entier. Elle organise également chaque année des rencontres littéraires internationales, « meeting ». La dernière édition, ici présentée par son directeur littéraire, l’écrivain Patrick Deville, avait pour thème « La vie des langues ».  

« Si on ne souscrit pas au mythe de Babel, écrit Patrick Deville, leur apparition est énigmatique : elles naissent, croissent, se déploient, rayonnent, puis s’éteignent. Nous savons tous que nous parlons, écrivons surtout, de futures langues mortes. Le passé de notre propre langue, le temps passant, se dérobe : la plupart des lecteurs français lisent aujourd’hui les œuvres de Rabelais ou de Montaigne dans des versions modernisées ». La MEET remet également trois prix littéraires : le Prix Laure-Bataillon de la meilleure œuvre de fiction traduite en français dans l’année, le Prix Laure-Bataillon classique et le Prix de la Jeune Littérature latino-américaine.