Pour le public, l'architecture est souvent synonyme d'édifices de prestige. Les Journées nationales de l'architecture entendent montrer qu'elle concerne aussi – surtout ? – le quotidien des Français.

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Un logement agréable à vivre, quoi de plus naturel à désirer et, au fond, quoi de plus merveilleux à trouver ? L’expérience du confinement et l’usage maintenant renouvelé du télétravail nous ont rappelé l’importance des espaces intimes et des lieux pour vivre ensemble.

Du 14 au 16 octobre, les Journées nationales de l’architecture seront l’occasion, dans toute la France, de visiter, de réfléchir, de ressentir des « Architectures à habiter », depuis des logements jusqu’à des villes entières en passant par des maisons, des habitats groupés, des quartiers. On y appréciera les différentes façons de ménager des ouvertures vers l’extérieur, des agencements de lumière, des distributions de surfaces, des implantations de commerce, des dynamiques d’animation d’îlots…

Nous proposons ici de revenir sur cinq rendez-vous emblématiques. Dans les Hauts-de-Seine, la réouverture très attendue de la Halle des Grésillons, dans un quartier de Gennevilliers ; puis, en Côte d’Or, l’étonnante maison bulle de Bernard Leclercq et Jacqueline Rogeon, pionniers de la maison bioclimatique ; en Gironde, un prix d’architecture dont la singularité relève de l’évidence, mais il fallait quand même y penser, puisqu’il s’agit d’un prix délivré par les premiers intéressés, les habitants potentiels ; cinq étonnantes expositions photographiques dans les petites villes des pays tourangeaux ; enfin, à Agen, la projection du film documentaire consacré aux projets exemplaires de l’agence Lacaton & Vassal.

La Halle des Grésillons : quand riverains et usagers ont l’oreille de l’architecte

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« Une permanence (installée à Gennevilliers, sur le site) permet de tisser de nouvelles correspondances entre les lieux, les gens, les idées, et révèle les potentiels futurs acteurs de la halle : une association d’aide à l’entreprenariat féminin, une recyclerie pour objets frappés d’obsolescence, une association qui veut installer une champignonnière, un brasseur qui souhaite ouvrir au public son lieu de production, un habitant qui organise des concerts pour les jeunes du quartier, une AMAP, une librairie associative… » Comme on le voit, selon La preuve par 7, il n’y a pas à chercher bien loin les initiatives pour vitaliser la Halle des Grésillons de Gennevilliers.

Le 15 octobre prochain, les « récits croisés » des personnes impliquées permettront de revenir sur une histoire déjà copieuse, mais surtout d’annoncer la réouverture de la « maison des projets », permanence territoriale d’où devra surgir, courant 2023, une programmation relevant de l’économie sociale et solidaire.

La Halle des Grésillons est désaffectée depuis 2004. Elle appartient cependant à un îlot remarquable, construit dans les années 80, qui ne demande qu’à s’animer. Elle est mitoyenne du Centre Dramatique National de Gennevilliers (le fameux T2G), d’un marché couvert, d’une place piétonne entourée d’immeubles de bureaux et, depuis 2019, d’une résidence étudiante. Sa verrière voisine les toits terrasses que le T2G, depuis 2018, a réinvesti en y installant des jardins d’agrément et un potager en permaculture.

« Rouvrir ce patrimoine vacant sans en figer la destination, afin que son appropriation par le tissu local en définisse progressivement la programmation. » Tel est l’objectif ambitieux que s’est fixé, avec la commune, l’architecte Patrick Bouchain (« La preuve par 7 »), dont la démarche innovante, expérimentée sur sept sites, est soutenue par le ministère de la Culture.

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Habiter les rondeurs : la maison bulle de Fleurey-sur-Ouche (Côte d’Or)

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Savez-vous ce que c’est qu’une « maison bulle » ? C’est le produit d’une « architecture-sculpture » qui, au XXème siècle, s’est élevée en réaction au triomphe de « l’orthogonalité ». L’architecture « courbe » promeut les structures cellulaires, les coques, les bulles juxtaposables ou entassables à loisir, qui s’inspirent des formes organiques.

Ajoutez à cela un engouement des années 60 pour l’autoconstruction, les préoccupations environnementales des pionniers de l’écologie, et la mise au point de la technique du « voile de béton », grâce à laquelle la maison forme un tout autoporteur, antisismique, avec des surfaces à double courbure, à l’aide de béton projeté qui permet de réaliser n’importe quelle forme in situ. Vous aurez alors en main, à peu de choses près, le contexte dans lequel la maison bulle de Bernard Leclercq et Jacqueline Rogeon a vu le jour, au début des années 80.

« A l’époque, expliquait, en 2017, Bernard Leclercq au journal Le Bien Public, on a fait le tour de France de toutes les réalisations en voile de béton. On a utilisé le même système que le Palais Bulles de Pierre Cardin. J’ai eu la chance de rencontrer alors Antti Lovag, son architecte. » Quant aux architectes Pat Ambacher et Patrick Delesvaux, qui ont dessiné la maison, ils précisent, dans le Guide d’architecture en Bourgogne (édition Picard, 2008), que « ses préoccupations environnementales sont révélées par l’implantation de la maison, par les rapports que le foyer entretient avec l’extérieur, et par une réflexion sur la gestion de l’eau et l’utilisation optimale de l’énergie solaire. » 

Une maison déjà ancienne, témoin historique des constructions bioclimatiques de l’époque, et à certains égards un prototype qui est encore d’avenir. Si vous vous trouvez à proximité, ne manquez pas, le 15 octobre, de participer à la visite découverte que le CAUE de la Côte d’Or organise avec les propriétaires.

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En Gironde, le grand public décerne un prix d’architecture

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« On emmène 16 jurés faire cinq visites, explique Léa Vendé, médiatrice culturelle au Conseil d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement (CAUE) de la Gironde, sur l’antenne de France Bleu. Ils ont été choisis parmi des particuliers qui nous ont expliqué l’origine de leur curiosité et leur intérêt pour l’architecture. Ils montent avec nous dans le bus, on ne leur dit rien, pour ménager la surprise et la fraîcheur de leur regard.

« On fait une pause déjeuner très conviviale, et, à la fin des visites, les participants se réunissent en jury autour de leur président, le seul architecte du groupe. Cette année il s’agit de Lionel Voinson, dont l’agence se trouve à Dax. Son rôle est de permettre aux jurés d’exprimer les raisons qui les poussent à sélectionner pour le prix telle maison plutôt que telle autre. »

Une discussion qui a été préparée, pendant les visites, par les outils d’accompagnement imaginés par la médiatrice, afin que les visiteurs ne s’en tiennent pas seulement à leur sentiment immédiat et qu’ils puissent apprécier et comparer les qualités architecturales des bâtiments. Par ailleurs, Sophie Viallettes, architecte-urbaniste et illustratrice, auteur du logo du Label 2022, fait partie de l’expédition, dont elle tire un mini-reportage graphique.

« Le Label curiosité, c’est un jury d’architecture grand public, précise Martine Combeau, architecte-conseiller, responsable du pôle sensibilisation du CAUE. On fait tout pour que ce soit lui, le grand public, représenté par ces personnes curieuses d’architecture, qui décerne le prix.

« Cette année, notre thème est « Maisons en bois ». Les maisons en bois sont écologiques, rapides à construire et elles consomment des matériaux locaux. » En Gironde, le bois est, en effet, un matériau ancestral et typique.

Signalons qu’avec son Observatoire Curiosité, le CAUE fait un gros travail de sensibilisation du public aux réalisations architecturales, urbaines et paysagères de qualité. Gageons que cette culture de la curiosité saura donner ses fruits, en inspirant de nombreux projets d’architecture !

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Label CURIOSITE, prix d'architecture grand public 2022

Cinq expos photos dans les petites villes des pays tourangeaux

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On oublie souvent que le territoire de la France ne se compose pas seulement d’un quadrillage administratif fait de départements et de régions, mais, plus anciennement, plus géographiquement, et peut-être aussi plus humainement, de « pays », ou de ce qu’on nomme aujourd’hui « régions naturelles ». Nivernais, Saintonge romane, Mauges, Pays de Caux, Vexin, Béarn, Hainaut, SundGau, Vercors… et même pays de France, au nord de Paris.

En 2017, les artistes Eric Tabuchi et Nelly Monnier ont choisi cette entité, plus proche du terroir que du territoire, comme l’unité idéale de leurs investigations. Il s’agit d’un projet fou, l’Atlas des Régions Naturelles : photographier le bâti et le paysage français, avec autant d’intérêt pour les constructions ou aménagements anonymes et sans gloire que pour les bâtis et les paysages patrimoniaux. Depuis lors, ils ont sillonné et sillonnent encore les 450 régions naturelles françaises. Des dizaines de milliers de bâtiments de toute typologie ou échelle, architectures insolites, banales, modestes ou spectaculaires, ont été photographiés, de façon neutre et égale, mais non sans humour ni parfois nostalgie, voire curiosité évidente et admiration pour la capacité humaine à inventer, au quotidien, des formes et des situations étonnantes !

C'est en 2018 que le dynamique Conseil d'architecture, d'urbanisme et de l'environnement de Tours (CAUE 37), sensibilisé dès l'exposition de la BNF sur les paysages français, en 2017, rencontre Eric Tabuchi, lors du colloque international « France, face et profil » que le CAUE reçoit à Tours.  Décidé à soutenir son projet commun avec Nelly Monnier, il aide alors les deux artistes à construire leur site internet, véritable bibliothèque qui devrait réunir à terme plus de 25 000 clichés, et leur commande les 250 photographies de l’Atlas des régions naturelles dévolues aux 5 pays du département d’Indre-et-Loire. Ces dernières font l’objet, en 2020, d’une exposition donnée au Centre de création contemporaine Olivier Debré (CCCOD) de Tours.

Le 15 octobre, ces photos seront à nouveau exposées, mais cette fois dans chacune des cinq villes « ambassadrices », sinon capitales, de ces cinq régions naturelles : Château-la-Vallière (Gâtine tourangelle), Loches (Gâtine de Loches), Amboise (Val de Loire tourangeau), Champigny-sur-Veude (Richelais) et enfin Sainte-Maure-de-Touraine (Plateau de Sainte-Maure). Signalons que ces villes font l’objet du festival organisé par le CAUE, pour prolonger les JNA  : Petites villes d’aujourd’hui, un clin d'oeil au programme de l'ANCT : Petites villes de demain.

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A Agen, l’oxygène et la liberté selon Lacaton & Vassal

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Si vous avez la chance d’être ou de passer par Agen le 15 octobre, ne manquez à aucun prix la projection, au cinéma d’art et d’essai Les Montreurs d’images, du film de l’architecte-documentariste Karine Dana, CONSTRUIRE L’ECHAPPEMENT, une histoire d’air, de vide et de lumière, qui porte sur neuf projets conçus et réalisés par l’agence Lacaton & Vassal.

Echapper à la grisaille et à un certain enfermement, c’est bien le tour de force qu’ont réalisé, au moins neuf fois, les deux architectes. Qu’il s’agisse de métamorphoser une maison individuelle quelconque en aire lumineuse (Maison Lapatie, Floirac), ou de réhabiliter 530 logements alignés dans une barre et bien rabougris derrière leurs petites fenêtres carrées, en enrobant le bâtiment tout entier d’une seconde enveloppe habitable, ouverte vers la lumière et l’extérieur, qui transforme du tout au tout, comme le film le montre à l’évidence, la vie quotidienne des habitants (quartier du Grand Parc, Bordeaux).

Qu’il s’agisse enfin de construire des écoles et universités où les salles et les amphis s’ouvrent sur des circulations, des espaces de rencontres, des terrasses (PUSG de Bordeaux, Ecole d'architecture, Nantes), ou encore, réhabiliter un hangar de Dunkerque pour en faire l’étonnant FRAC des Hauts de France (Fonds régional d’art contemporain), magnifique sentinelle posée près de la plage et de la ville, et terrain de jeux époustouflant pour les artistes.

Lacaton et Vassal ont reçu le prix prestigieux Pritzker en 2021. Le 15 octobre, la documentariste Karine Dana assistera à la projection de son film, que suivra une discussion. Nul doute que le public n’aura plus qu’une seule envie : habiter l’un de ces appartements de Mulhouse, Saint-Nazaire ou Bordeaux, et de découvrir les autres réalisations des deux architectes dans le monde entier. « Le vide, l’air, la lumière, ont écrit Anne Lacaton et Jean-Philippe Vassal, ont un pouvoir énorme sur la vie des personnes. Il s’agit de toujours maintenir cet état de matière. Prolonger cette légèreté. C’est cela l’échappement. »

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