Réunir le monde du sport et celui de la culture, c’est l’ambition du projet Archi-Folies, qui va mobiliser les écoles nationales d’architecture et les fédérations sportives autour d’un horizon commun : Paris 2024. Explications.

« Les Archi-Folies, c’est une opportunité en or de rapprocher les mondes du sport et de la culture », s’est félicitée Rima Abdul-Malak, ministre de la Culture, le 21 novembre, lors du lancement officiel du projet à la Grande Halle de la Villette, à Paris. En or, comme le métal de la plus prestigieuse des médailles… Comment mieux définir ce projet, qui réunit, à l’occasion de l’Olympiade culturelle pour les Jeux Olympiques et paralympiques de Paris 2024, les vingt écoles nationales d’architecture et vingt fédérations sportives nationales autour d’un même geste : concevoir des pavillons qui seront installés sur le site du parc de La Villette pendant la compétition et ont ensuite vocation à être réinstallés sur le territoire d’implantation des différentes écoles ?

VIL_0093967.jpg

Archi-Folies, un projet inédit qui suscite l’adhésion

Ce projet, totalement « inédit » – le mot revient souvent – fait l’unanimité, côté sport comme côté culture. Jean Zoungrana, président de la fédération française de Canoë-Kayak, témoin pour les fédérations, exprime son enthousiasme à l’idée de travailler avec les écoles. « Les pavillons, précise-t-il, devront traduire l’identité de chacune des fédérations, être accueillants, et prendre en compte nos axes de travail : la performance, la construction d’un héritage, et la question de la célébration des Jeux olympiques. 2024 marquera en effet le centenaire de notre lien avec l’olympisme ». Nathalie Péchalat, présidente déléguée du Club France, membre du conseil d’administration du Comité national olympique et sportif français (CNOSF), détaille un peu plus encore ce cahier des charges. « Les Archi-Folies devront être adaptées à l’usage de tous les publics et être éco-responsables ». Se référant à Pierre de Coubertin, le fondateur des Jeux olympiques de l’ère moderne, qui prônait « l’alliance du muscle et de l’esprit », elle rappelle que le comité a « à cœur d’entremêler le sport et la culture ».

Côtés écoles d’architecture, c’est le même enthousiasme. Lise Le Bouille en master 2 à l’École nationale d'architecture de Bretagne, voit dans le projet Archi-Folies une occasion unique pour « les architectes de demain » de voir « leurs convictions et leurs désirs réalisés à travers la conception des pavillons ». « Mettre le corps au centre de l’architecture de demain est capital », ajoute Laurent Mouly, enseignant à l’École nationale supérieure d'architecture de Normandie, témoin pour les écoles d’architecture. Il précise également que « les écoles sont réunies pour penser l’architecture d’un univers plus écologique ». Pour Pierre Martinez, adjoint à la directrice culture de Paris 2024, les Archi-Folies sont « emblématiques » de l’Olympiade culturelle, qui en elle-même fait événement : « Pour la première fois, on a programme culturel couplé aux Jeux olympiques porteur des valeurs communes au sport et à la culture – l’excellence, l’inclusion, la diversité – dans le cadre d’un label émanant du Comité international olympique (CIO). Plus de 500 projets ont déjà été labellisés ».

VIL_0093979.jpg

Archi-Folies, un projet qui fait le pari de l’intelligence collective

Un peu plus tôt dans la journée, un workshop avait donné leur feuille de route aux écoles d’architecture. L’esprit des Archi-Folies, c’est d’abord une « pédagogie par le faire » et la mise en œuvre d’une « intelligence collective ». Illustration avec la projection du film La maison pour tous, récit du projet de maison communale dans le village de Four, en Isère, développé par Marie et Keith Zawistowski  dans le cadre de leur pédagogie du « design/build » à l’École nationale supérieure d'architecture de Grenoble. Autrement dit, selon Marie Zawistowski, l’idée « que des architectes vont construire de leurs propres mains ce qu’ils ont dessiné ». Les étudiants sont la main d’œuvre d’un projet qui utilise les ressources locales et entraîne les habitants dans l’aventure. « Le bâtiment est, en définitive, le fruit de l’intelligence collective », ajoute Keith Zawistowski.   

Pour mettre en œuvre ces principes, le projet Archi-Folies a au préalable définit une méthode et un calendrier. Le premier semestre de l’année 2023 sera rythmé par deux temps forts : le traitement de la question des attendus entre chaque école et sa fédération sportive partenaire puis la présentation d’un premier projet d’esquisse. Lors de cette seconde étape, la question des matériaux, centrale, bénéficiera, selon Dimitri Toubanos, son animateur, de l’expertise du réseau scientifique et pédagogique pour l’enseignement de la transition écologique dans les écoles d’architecture et du paysage (ENSA-ECO).  

VIL_0093929.jpg

Restait à définir le « plan-guide », autrement dit le schéma général, qui doit faire résonner les projets avec le parc de La Villette.  Trois scénarios ont été présentés. La proposition défendue par le collectif germe&JAM est de « continuer le projet de Bernard Tschumi en poursuivant sur les lignes du canal de l’Ourq et du Zénith, les pelouses nous semblant être des patrimoines à ne pas envahir par les constructions ».  Celle de l’agence AUC, résumée par la formule « 20 fédérations sportives, 20 écoles d’architecture, 1 = 20 » ambitionne de faire en sorte que « le fruit de la coopération entre les vingt écoles » aboutisse à un seul et même « objet », soit une plateforme, conçue par exemple dans l’esprit du pavillon flottant éphémère construit il y a quelques années par le studio Tom Emerson en collaboration avec des écoles d’architecture. Enfin, partant du constat que « le parc a une grande capacité à ouvrir sur l’imaginaire », la proposition de l’agence uapS invite les étudiants à construire un « entre-deux », notion chère à Bernard Tschumi, « une épaisseur qui soit une interface, un espace resto-verso ». Prochain rendez-vous le 26 janvier avec un second workshop sur la pédagogie des écoles. Une chose est sûre : les écoles d’architecture sont dans les starting-blocks !

Bernard Tschumi : « Créer quelque chose qui, au-delà de la construction, aille vers la poésie »

VIL_0093936.jpg

Les étudiants semblaient à peine y croire. Bernard Tschumi, le « père » du Parc et de la Grande Halle de La Villette, lauréat du Grand Prix national d’architecture en 1996, était présent, lundi 21 novembre, au lancement des Archi-Folies. Il a accepté de nous livrer ses commentaires à chaud. « Le projet est passionnant en ce qu’il est entièrement fidèle à l’esprit du parc au moment de sa conception, estime-t-il. L’architecture est, selon moi, autant une question d’espace que de mouvement et d’événement. Or les Jeux Olympiques conjuguent à la fois mouvement et événement. Et dans l’esprit du parc, il y avait bien cette idée que le lieu soit générateur de spectacle. Autrement dit, les étudiants vont construire quelque chose de complémentaire à l’esprit du parc ». Dans le cahier des charges du projet, les écoles doivent concevoir des « pavillons » qui traduisent l’identité de chacune des fédérations sportives. Pourquoi, selon vous, ce mot de « pavillon » ? « Je suis allé voir sa définition dans le dictionnaire, poursuit-il. Dans le cadre d’une joute, le pavillon est cette tente dans laquelle les chevaliers se retirent une fois le combat terminé. Chacune a une identité. Les étudiants en école d’architecture ont donc comme feuille de route de créer une série d’étendards symbolisant le mouvement pour chaque pavillon ». Quel message souhaitez-vous adresser aux étudiants ? « Je les encourage à créer quelque chose qui, au-delà de la construction, aille vers la poésie ».