Roselyne Bachelot-Narquin, ministre de la Culture, fait part de sa vive émotion à l’annonce du décès d’André Tubeuf, philosophe et musicographe, éveilleur et passeur incomparable.

Ancien élève de la rue d’Ulm où il suivit les cours de quelques-uns des plus grands philosophes du XXe siècle, tels que Maurice Merleau-Ponty ou Louis Althusser, il fut professeur de philosophie en classe préparatoire au lycée Fustel-de-Coulanges de Strasbourg, entre 1957 et 1992.

Très vite au cours de ses années étudiantes, André Tubeuf se fait envoûter par la musique, le théâtre et l’art lyrique et écume sans relâche les salles parisiennes. Il goûte alors au plaisir de suivre les artistes, découvrir des œuvres nouvelles et se faire surprendre par des interprétations.

En se revendiquant autodidacte de la musique, André Tubeuf n’aimait rien tant qu’explorer par lui-même l’immense richesse des œuvres classiques, allant dès qu’il le pouvait au contact des artistes pour ensuite en révéler, au travers de ses nombreuses publications, les multiples facettes.

Devenu critique musical, André Tubeuf se distingue par son immense savoir historique, sa grande sensibilité et sa verve parfois enflammée mais toujours juste et précise. Son style est reconnaissable entre tous, que cela soit dans les innombrables articles publiés dans des revues telles qu’Opéra international, L’avant-scène Opéra, Harmonie, puis Classica ou Le Point, ou encore dans les notices des disques de la mythique collection Références, ou dans ses ouvrages à la tonalité souvent plus personnelle. En 2018, il reçoit le Prix de la critique de l’Académie française pour l’ensemble de son œuvre. André Tubeuf était également Commandeur dans l’ordre national du Mérite et Commandeur des Arts et des Lettres.

En 1972 puis en 1975, André Tubeuf met son expertise et sa passion pour les questions musicales au service de deux ministres de la Culture, Jacques Duhamel puis Michel Guy. Au fil du temps, estimé et reconnu par tous, il était devenu plus qu’une référence : une conscience du milieu de la musique classique.

L’héritage d’André Tubeuf est immense. La transmission était pour lui une impérieuse nécessité et une seconde nature. Son enthousiasme communicatif et son sens de la pédagogie ont fait naître de nombreuses vocations d’artistes lyriques et de musiciens et éclairé des milliers de passionnés amateurs. Pour des générations de mélomanes, André Tubeuf est et restera celui qui apprit à écouter, à voir et à comprendre la musique.

Sans facilité mais sans aridité, avec une érudition impressionnante mais jamais intimidante, André Tubeuf savait trouver les mots pour prendre ses lecteurs et ses auditeurs par la main et les aider à percer les secrets de l’art d’Elisabeth Schwarzkopf, de Hans Hotter, de Dinu Lipatti, de Claudio Arrau, et de tant d’autres, ou pour saisir les lumières et les ombres de Mozart, Schubert, Bach ou Brahms, nous les rendant ainsi plus familiers, et donc plus accessibles dans leur génie.

Presque autant que la tristesse, c’est donc la gratitude qui domine à l’annonce de sa disparition.

Roselyne Bachelot-Narquin adresse ses plus sincères condoléances à sa famille, ses proches et à tous ceux, si nombreux, qui ont eu la chance d’être éveillés grâce à lui aux merveilles de la musique.