Le jeudi 8 septembre dernier, la Ministre de la Culture Rima Abdul-Malak a ouvert la 4ème session du Cycle des Hautes Études de la Culture (CHEC) consacrée aux temps de la culture au Salon des Maréchaux du ministère de la Culture, en présence des 47 auditrices et auditeurs, des membres du comité d’orientation du CHEC ainsi que des directeurs et délégués du ministère. Elle y a souligné tout son intérêt pour les travaux à venir, qui seront riches de la diversité des parcours des participants, et pour eux une occasion unique et privilégiée de s’extraire du temps des urgences constantes dans lequel ils sont plongés pour reprendre pied dans le temps long.

Une première journée entre Paris et la Bourgogne
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Cette année de réflexion dédiée au thème des « temps de la culture » a débuté par une matinée introductive approchant cette thématique sous plusieurs angles. François Hartog, professeur et directeur d’études émérite à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS), a d’abord caractérisé le rapport que nous entretenons au temps, celui d’un régime d’historicité présentiste, où l’injonction à vivre au présent règne et efface un passé trouble et un futur aux perspectives sombres. Comment la culture permet-elle de desserrer cet étau, pour agir avec plus de lucidité ?

Luc Allaire, Secrétaire général du ministère de la Culture, a ensuite abordé la question du temps des crises et mis en exergue les capacités du collectif des agents du Ministère à réagir face à l’imprévu de la crise COVID pour continuer d’assurer les missions de service public et apporter son soutien à un secteur grandement fragilisé : une intervention montrant comment nous avons traversé la crise et les leçons que nous en avons tirées.
 

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Enfin, Bruno Ricard, directeur des Archives Nationales, ainsi que les chercheurs, universitaires et fondateurs de la société Biomemory Stéphane Lemaire et Pierre Crozet, ont présenté conjointement le processus d’encodage sur ADN et son application concrète avec deux documents d’archives, en l’occurrence la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 ainsi que la Déclaration des Droits de la Femme et de la Citoyenne d’Olympe de Gouge de 1791. Une première mondiale, qui permettrait, si elle se généralisait, de répondre aux défis de l’impact carbone et de la faible pérennité des stockages numériques actuels.

 

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En seconde partie de journée, le groupe du CHEC a pris la direction d’Autun dont il a découvert la richesse patrimoniale à travers deux visites guidées. L’une de la Cathédrale Saint-Lazare d’Autun par Anne Pasquet, chargée de projets Patrimoine, et Vincent Furno, Architecte des Bâtiments de France. L'église de pèlerinage possède de nombreuses splendeurs, notamment son tympan représentant le Jugement dernier, et son trésor, qui sera à nouveau accessible au public prochainement après une campagne importante de restauration.

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L’autre du musée Rolin, qui prendra dès 2026 le nom de Panoptique, en même temps qu’il sera au cœur d’un processus de transformation, ainsi que l’a expliqué Agathe Legros, directrice des musées et du patrimoine de la ville. De nouveaux bâtiments (dont l’ancienne prison circulaire de la ville, unique en France), feront partie d’un parcours de visite réaménagé, davantage ouvert sur la ville, qui permettra une appréhension renouvelée de son incroyable collection, riche d’œuvres datant de l’Antiquité au XXème siècle.

Deuxième jour en immersion à Bibracte
 
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Le vendredi a débuté avec une intervention de Vincent Chauvet, maire d’Autun, et de Benoît Rivière, Évêque diocésain, centrée sur le potentiel du patrimoine pour l’avenir. Le séjour à Autun s’est clôt dans les magnifiques jardins de l’Évêché.
Le groupe a ensuite pris la direction de Bibracte, à la fois site et centre de recherche archéologique majeur. Son directeur général Vincent Guichard a accueilli les auditrices et auditeurs pour une visite du musée, puis du site où des fouilles sont menées, et enfin du centre de recherche. Situé dans un écrin de nature, le musée Bibracte, conçu par l’architecte Pierre-Louis Faloci et pour lequel il a reçu l’Équerre d’argent en 1996, s’inscrit dans une conception nouvelle des musées, comme lieux mêlant artefacts issus des fouilles du mont Beuvray (site de Bibracte), de l’Europe entière, et dispositifs multimédias savamment agencés pour captiver les visiteurs. Le site abritait une ancienne ville du peuple Eduens et représente un centre névralgique pour la recherche et la formation archéologique.

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L’après-midi, le directeur et ses équipes ont exposé les multiples actions menées, chaque fois en dialogue avec un partenaire de l’établissement. Le site représente en effet un ancrage patrimonial fort au niveau local, mais attire aussi à l’échelle nationale et internationale touristes et chercheurs en archéologie. Un centre d’expérimentations au cœur de nombreux enjeux, en premier lieu de recherche, auxquels s’ajoutent des problématiques territoriales (telles que la préservation du paysage), agricoles, touristiques et patrimoniales. De l’accent mis sur le tourisme durable aux installations artistiques avec le développement du Prix littéraire Jacques Lacarrière, Bibracte est sur tous les fronts.

 

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L’équipe a développé de nombreux axes innovants afin de préserver le site et ses spécificités tout en offrant aux habitants et au public des manifestations variées et sensibles. C’est donc un endroit en prise avec le temps long. Celui des vestiges, bien sûr, celui de l’élaboration de projets cohérents, en lien avec le territoire, mais aussi celui du tissage de liens privilégiés avec les habitants des communes alentour, pour réussir à agir avec justesse dans son environnement. Les capsules de la Ligue d’improvisation LISA 21 ont habilement ponctué ces présentations denses, et l’anthropologue Caroline Darroux, directrice de la Maison du Patrimoine oral de Bourgogne, a conclu la séance sur les pratiques humaines qui font et fondent une communauté.

La soirée s’est poursuivie par un temps d’échange collectif visant à esquisser des pistes d’avenir pour Bibracte à l’horizon 2030, au vu des enjeux présentés plus tôt. Les auditrices et auditeurs et auditrices ont salué la détermination et l’enthousiasme du directeur général Vincent Guichard et de ses équipes, l’ancrage territorial remarquable du lieu et le fourmillement d’idées qui en émane. Diverses propositions ont émergé : développer l’accessibilité en termes de transport, sécuriser le projet grâce au soutien d’un ou une élu local, envisager l’implantation d’une école d’archéologie sur le site, penser la visualisation de ce qu’était la ville grâce à une modélisation 3D en réalité virtuelle, voire à l’aide d’un parcours sensoriel... En guise de clôture, Roger Goudiard, membre du conseil d’orientation de Bibracte, a rappelé le ferment d’avenir que constitue la culture dans tout projet collectif, à la lumière des conférences de la veille et des échanges du jour.

Samedi a eu lieu la première matinée de travail en groupes au Centre de recherche avant de reprendre le train pour Paris dans l’après-midi.

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Les auditrices et auditeurs se retrouveront les 13 et 14 octobre prochain pour le second module consacré au temps des pratiques culturelles.