Monsieur le Président,Cher Jean Nouvel,Monsieur le Président de la Cité de l’Architecture et du Patrimoine, cherFrançois de Mazières,Monsieur le Directeur général des Patrimoines, cher Philippe Bélaval,Monsieur le directeur chargé de l’Architecture, cher Jean Gautier,Monsieur le Délégué général pour la lutte contre la déforestation et ladésertification, cher Bastien Sachet,Mesdames et Messieurs les Directeurs des écoles nationales supérieuresd’architecture,Mesdames et messieurs,Chers amis,

En me sollicitant pour ce partenariat avec les écoles nationales supérieures
d'architecture, vous m'offrez, Monsieur le Président, une très belle occasion de
mieux inscrire les enjeux d'équilibres économiques et sociaux au coeur des
préoccupations du Ministère de la Culture. C’est en effet sur ces enjeux que se
joue, pour une grande part, la responsabilité de nos architectes d'aujourd'hui et
de demain.
La Fondation Chirac engage des actions qui constituent désormais une
référence pour la conduite des politiques publiques en faveur d'un
développement maîtrisé de nos ressources communes. Elle apporte, aux côtés
des nombreuses règlementations nécessaires, issues des Grenelle de
l'environnement, un souci de l'homme dans son milieu culturel que je ne peux
que partager.
Il est à coup sûr indispensable de fixer de nouvelles règles d'usage de nos
énergies, de nos modes de transport, de notre consommation, de nos
manières souvent dispendieuses d'utiliser nos ressources. Mon Ministère,
comme les autres, s’y attelle – en commençant par une sensibilisation
quotidienne en son sein pour favoriser les économies d'énergie, le tri sélectif et
l'utilisation des consommables, le papier en premier lieu.
Le développement durable constitue en effet un fil rouge majeur des missions
de mon Ministère. Le patrimoine, l’architecture, la diversité culturelle, l’accès
aux savoirs et à l’information, ont été identifiés comme des domaines
déterminants de la stratégie nationale de développement durable 2010-2013.
Ils nécessitent une évolution de notre modèle de société vers une économie
verte et équitable, à la fois sobre en ressources naturelles et décarbonée, mais
capable aussi d’intégrer les dimensions humaines et sociales.
À ce titre, j'ai souhaité que mon Ministère se dote d'une véritable stratégie de
développement durable. Depuis plusieurs mois, mon administration, les DRAC
et les établissements publics sont mobilisés pour en dessiner les grandes
orientations. Je souhaite les mettre en débat avec toutes nos parties
prenantes : collectivités territoriales, associations, institutions et industries
culturelles, organisations professionnelles, acteurs privés actifs en faveur du
développement durable. À cette fin, je les accueillerai le 30 septembre
prochain, aux côtés de Chantal Jouanno, à l'Ecole d'architecture de Paris-
Belleville, pour un grand forum "Culture et développement durable", auquel
vous êtes chaleureusement conviés.
Plus encore, je souhaite surtout inscrire mon action dans une démarche
citoyenne qui ne dénie à l'homme ni son confort, ni ses espoirs d'amélioration
de son habitat et de ses modes de vie.
Ce qui à mes yeux se joue au coeur des débats complexes sur la maîtrise de
notre développement, c'est avant tout la qualité de vie de chacun, tant dans
son espace privé que dans ses échanges culturels et sociaux et ses conditions
de travail.
Au fond, et je le dis sans angélisme, tout ce que recouvre le développement
durable - dont on dit parfois qu'il est une incantation facile - tient dans une
exigence de responsabilité : celle de l'attention à l'autre. L’autre, c’est celui qui
travaille, celui qui construit, celui qui habite, celui qui contribue à ces échanges.
En affirmant la nécessité de cette préoccupation pour l'autre, le partenariat
engagé entre la Fondation Chirac et le Ministère de la Culture et de la
Communication touche à l'un des fondements de l'enseignement de
l'architecture et de l'activité des architectes. Ce partenariat judicieux répond à
une conjoncture d'autant plus pertinente que l'on constate aisément le
développement récent de l'utilisation du bois dans la production des
architectes.
L'emploi de ce matériau, que l'on recherche volontiers exotique, implique une
prise de conscience citoyenne de ses conditions d'exploitation.
Il ne s'agit certes pas d'instaurer une prescription dirigiste du bois comme
unique ressource pour les architectes de notre XXIème siècle. Notre modernité
dépend au contraire de l'anticipation des possibles dans la combinaison des
matériaux, de l’audace dans leur utilisation plurielle.
Il est en revanche question de permettre aux architectes prescripteurs de cette
matière noble d'en mesurer les conditions de production, et d’encourager le
recours au bois certifié, exploité selon des règles respectueuses des enjeux de
renouvellement durable des forêts et du respect des femmes et des hommes
qui y travaillent.
Engager les 20 écoles nationales supérieures d'architecture placées sous la
tutelle de mon ministère, est, dans ce contexte, une évidence.
Vos écoles se situent en effet au coeur des évolutions de nos modes de vivre
ensemble.
Les écoles nationales supérieures d’architecture sont le lieu de l'acquisition de
savoirs techniques. Elles vous donnent également les moyens d’acquérir ce
savoir essentiel qui adapte les programmes aux usages des individus.
Leur qualité et leur capacité d'évolution s'appuient sur de vastes compétences
pluridisciplinaires qui exigent une finalité humaine.
Vos enseignants, dont les architectes forment une part majoritaire, se sont
ainsi mobilisés pour intégrer sous l’impulsion de la direction générale des
patrimoines, de nouvelles exigences propres à notre siècle et aux conditions
d'existence de nos concitoyens. L’objectif est de vous transmettre les savoirs
de l'usage, du handicap, de la mise en oeuvre des matériaux suivant leur
spécificité, des différentes échelles de construction qui font la ville.
Vos écoles sauront, j'en suis certain, être attentives aux exigences que la
Fondation Chirac leur propose, et en appeler à une meilleure prise de
conscience des étudiants architectes sur cet enjeu du bois certifié.
Mobilisés par mes soins avant l'été, les 20 écoles nationales supérieures
d'architecture ne se contenteront pas d'accueillir les supports de sensibilisation
que vous nous proposez. Elles s'attacheront à les inscrire dans leur pédagogie
et leur recherche, en s'appuyant sur les enseignements spécialisés qui y sont
donnés et dont certains se consacrent justement au bois.
Il ne s’agit pas ici d'un nouveau savoir, qui viendrait s’ajouter à tous ceux qui
font la culture propre de l'architecte. C’est plutôt d’une finalité dont il est
question : replacer le développement durable, non pas dans la seule logique
du respect des normes et réglementations, mais dans une approche plus vaste
qui fonde les choix de notre vie et de nos villes - à l'échelle solidaire non
seulement de notre continent, mais de notre planète.
Je vous remercie.