Monsieur le ministre, cher François Sauvadet,Monsieur le président de la Communauté de communes,cher Hubert Brigand,Mesdames et Messieurs les élus,Monsieur le Conservateur, cher Jean-Louis Coudrot,Mesdames et Messieurs,

C’est un très grand plaisir pour moi d’être avec vous aujourd’hui à
Châtillon-sur-Seine, dans cette terre de mémoire qu’est le Châtillonnais,
dont les sites de Magny-Lambert, de Vertault et de Vix éclairent la longue
histoire, pour découvrir ce nouveau musée aujourd'hui logé dans le très
beau cadre de l’Abbaye Notre-Dame.

Je tiens à saluer cette transformation radicale de l'ancien musée, devenu
trop étroit pour mettre en valeur ses extraordinaires collections, en un
magnifique outil culturel.

Le musée du Châtillonnais est né au XIXe siècle. À partir de 1882, la
gestion des collections du musée municipal est confiée à la Société
archéologique et historique de ce Nord de Bourgogne. Le musée prend
alors une vocation encyclopédique en se constituant un fond géologique,
ornithologique, historique et archéologique portant sur l’arrondissement.
Cet ensemble est complété par des collections beaux-arts et arts et
traditions populaires. Ouvert officiellement en 1887, il sera géré par la
société archéologique et historique du Châtillonnais jusqu'en 1988. Ses
collections archéologiques sont particulièrement riches, de dimensions et
de notoriété internationales, grâce aux découvertes réalisées sur le site
princier du mont Lassois à partir des années 1930.

En janvier 1953, c’est Maurice Moisson, le chef de chantier de René
Joffroy, alors professeur de philosophie au lycée de la ville et archéologue
autodidacte, qui découvre une tombe princière intacte. Elle donnera au
musée sa renommée mondiale. Le mobilier découvert est en effet un
ensemble exceptionnel du premier âge du fer. Le fameux cratère de Vix,
pour sa part, date des années 530-520 av. J-C. Originaire d'une colonie
grecque de l'Italie du Sud, le cratère reste une pièce unique aujourd'hui
encore dans toute l'Europe.

C’est un hôtel Renaissance dit « la maison Philandrier », du nom de
l’architecte du XVIème siècle, originaire de Châtillon-sur-Seine et
traducteur du « De Architectura » de Vitruve, qui abritait jusque-là le
musée, mais celui-ci s’y trouva vite à l’étroit ; ces locaux, en effet, ne
permettaient pas une présentation globale ni pédagogique de ces
collections exceptionnelles.

Le choix de cette nouvelle implantation dans l’ancienne abbaye Notre-
Dame, des XIIe et XVIIIe siècles, me paraît particulièrement judicieux.
L'abbatiale, propriété de la ville, est classée au titre des monuments
historiques. Le musée occupe les bâtiments conventuels, l’Hôtel-Dieu et
l’hôpital de Châtillon-sur-Seine jusqu'en 1980.

Je tiens à saluer la qualité architecturale de cette réhabilitation confiée à
Antoine Stinco, architecte et muséographe notamment des galeries
nationales du Jeu de paume, du musée des Beaux-Arts d’Angers et des
Abattoirs de Toulouse. Sur deux milles mètres carrés d'exposition, les
visiteurs peuvent suivre et comprendre l'histoire du Châtillonnais, de la
protohistoire au siècle dernier. La vie domestique et urbaine gallo-romaine,
notamment, y est admirablement évoquée grâce aux importantes
collections de l'antique Vertillum (Vertault) ; de même que le Moyen-Âge et
ses fondations monastiques, à travers une statuaire exceptionnelle, ou
encore la Révolution et l’Empire grâce à la figure particulière du maréchal
Marmont, le Duc de Raguse, qui se sera tant investi, à son retour des
aventures napoléoniennes, dans l’économie de sa région.

Je profite de l'occasion qui m'est offerte pour adresser toutes mes
félicitations à Monsieur Jean-Louis Coudrot, conservateur en chef qui, avec
toute son équipe, a su mener à bien cette remarquable réalisation. Je me
réjouis de constater que l'intérêt du public - le musée ayant accueilli plus
de 70 000 visiteurs depuis juillet 2009 - est à la hauteur du niveau
d'excellence scientifique mis en oeuvre.

Ce projet a été porté, je le rappelle, Monsieur le Maire, par la nouvelle
Communauté de communes du pays Châtillonnais, créée en 2004, qui l'a
inscrit dans son contrat de pays. Je voudrais rendre hommage au travail
exemplaire accompli, sous l'impulsion d’Henri Julien, votre prédécesseur à
la tête de la Communauté de communes du pays Châtillonnais, sans
lequel ce musée n'existerait pas.

Le ministère de la Culture et de la Communication est très attentif au
maintien des exigences scientifiques qu'avait portées si haut Henri Julien ;
il compte sur vous, cher Hubert Brigand, pour les maintenir à ce niveau
d'exigence.

Cette réussite, nous la devons en effet à la volonté partagée des
collectivités, la Communauté de communes, mais aussi la Région de
Bourgogne et bien sûr le Département de la Côte-d'Or. Cher François
Sauvadet, je connais votre attachement à ce territoire et votre sens de
l'engagement dans ce département pour lequel vous avez défini un
véritable programme d’action, et je sais combien vous êtes attentif au
développement et au rayonnement des institutions culturelles locales.

Je suis très heureux que l'État ait été à vos côtés, dès le début, dans ce
projet d'extension, en apportant son soutien financier d’une part, mais
aussi la compétence de ses services : ceux de la direction générale des
patrimoines et tout particulièrement du service des musées de France,
ainsi que ceux, cher Bruno Chauffert-Yvart, de la direction régionale des
affaires culturelles, qui ont été très présents sur ce projet.

Une fois de plus, l'accompagnement de l'État, aux côtés du département et
de la Région, a montré qu'une collaboration autour d'un projet scientifique
et culturel de qualité pouvait contribuer à l'enrichissement d'un territoire par
son développement culturel.

Le musée du pays Châtillonnais a tous les moyens de s'imposer
aujourd'hui comme un lieu de vulgarisation et d'actualité de l'ensemble des
activités archéologiques et découvertes scientifiques réalisées sur le
territoire grâce à une politique active de fouilles programmées par le
service régional de l'archéologie. Le musée du pays Châtillonnais, en effet,
ne peut envisager son avenir de manière isolée. La Bourgogne est, au
même titre que les autres régions françaises, une grande terre
d'archéologie. Pour la seule période de l'âge du fer, outre le site de Vix,
elle compte deux sites majeurs, Alésia et les sources de la Seine, ces deux
derniers sites étant gérés par le Conseil général de Côte d'Or. Une mise en
réseau scientifique et touristique de ces sites remarquables serait à coup
sûr profitable pour chacun d’entre eux, et pour leurs publics.

J'ai parlé du parc archéologique d’Alésia, dont le Centre d'interprétation
ouvrira ses portes l'année prochaine, avant que les travaux portant sur le
musée rentrent dans une phase active. Je pense également au musée-site
de Bibracte, qui vient de signer une convention de jumelage avec le
Laténium et le Kelten-Römer Museum de Manching - signe que nos grands
musées peuvent s’inscrire pleinement dans une dynamique européenne,
que l’on retrouve d’ailleurs dans la collaboration scientifique du CNRS avec
l’Allemagne sur le chantier de fouilles de Vix, dont je salue la grande
qualité des travaux et des publications.

Ce musée du Pays Châtillonnais – Trésor de Vix est une réalisation
d'envergure qui dote les très riches collections de l'ancien musée municipal
d'un établissement à la hauteur de leur intérêt. Mais, beaucoup plus
largement, il dote le monde de l'archéologie et de ses musées d'un maillon
supplémentaire dans la présentation et la compréhension de notre histoire
commune, celle de l'évolution de l'homme et de ses diverses sociétés,
celle des réponses que les êtres humains ont su apporter avec ingéniosité
aux défis lancés par leur environnement et le cours des événements.

Un musée d'archéologie n’est pas là seulement pour enseigner une
tranche d'histoire, aussi ancienne soit-elle ; elle doit pouvoir la rendre
intelligible pour tous, en un mot la rendre familière. À ce titre, les musées
d'archéologie ont toute leur place dans la future maison de l'Histoire de
France ; car cette Histoire, ils savent précisément la rendre plus
accessible. L'enseignement de l'histoire prend dès lors un sens nouveau
face aux objets archéologiques, ces témoins de vies passées qui donnent
à voir au visiteur toute la matérialité de notre Histoire.

Comme au musée du Pays Châtillonnais – Trésor de Vix, la pédagogie
développée en faveur des publics s'appuie pour ce faire sur des
techniques à la pointe de l’innovation, offrant des salles d'exposition avec
des accès interactifs sur des supports multimédia qui permettent de
composer des visites approfondies autour des pièces majeures, avec des
vidéos, des images 3D, des photos, des interviews… Autant d'outils dont
les jeunes générations sont en demande. L'image du musée archéologique
où les objets s’alignent dans la poussière des vitrines est révolue. Il suffit,
pour s'en convaincre, de voir la qualité – et le succès – de réalisations
récentes comme le musée de l'Arles antique dans les Bouches-du-Rhône
ou la rénovation du musée d'Argentomagus dans l'Indre, rénovation
soutenue dans le cadre du plan musées, ainsi que la valeur des
réalisations à venir comme le Muséoparc d'Alésia que j'ai évoqué
précédemment, le futur musée de Mariana en Corse ou bien encore le
musée Dobrée à Nantes.

Je tiens à vous remercier très chaleureusement pour cette visite, qui m’a
permis également de prendre la mesure de la richesse exceptionnelle de
l’histoire du territoire de Châtillon-sur-Seine. L’extraordinaire cratère de Vix,
le plus grand vase en bronze du monde antique, véritable chef d'oeuvre
sans équivalent connu à ce jour, fait partie des objets archéologiques
majeurs des collections françaises et mérite pleinement son statut de
trésor national. Il est le témoin d’une rencontre entre la culture continentale
celte et la culture méditerranéenne grecque, il y a deux mille cinq cents
ans. Le musée du pays Châtillonnais a désormais tous les moyens de
favoriser cette rencontre avec l’Histoire.