Monsieur le ministre, Cher Eric Besson,Monsieur le commissaire général, Cher René Ricol,Mesdames et messieurs les parlementaires,Mesdames et messieurs les présidents,Chers amis,

Le tournant numérique est la « révolution copernicienne » des dernières
années : il change les modes de production et de réception des oeuvres,
qu’il s’agisse du livre, des arts visuels, de la musique ou du cinéma. Le
Ministère de la Culture et de la Communication s’est mobilisé pour affronter
cette nouvelle donne technologique dont l’impact culturel est considérable.

Depuis deux ans, j’ai fait de la numérisation de l’offre et des contenus
culturels l’une des priorités de mon action. Je suis convaincu qu’il s’agit
d’une chance exceptionnelle pour notre patrimoine et nos créateurs. Dans
la mondialisation, la culture française, dans toute sa richesse et sa
diversité, sera numérique ou ne sera pas.

Cependant, nous ne devons pas confondre l’ambition numérique et
l’illusion technologique, les moyens et les fins, les tuyaux et le flux de la
création.

Dans le domaine du cinéma, nous avons décidé d’accélérer et d’accroître
la mise à disposition massive d’une offre culturelle légale et de qualité. Il y
a urgence car nous sommes confrontés à une redoutable concurrence
d’offres étrangères et notamment nord-américaines sur tous les supports
de diffusion numériques.

Il nous faut donc agir vite car les géants mondiaux de l’internet ou des
médias ne nous attendent pas.

Face à cet enjeu, notre ambition consiste à viser la plus large et la plus
rapide exposition de nos oeuvres sur tous les nouveaux supports. Avec la
numérisation des salles de cinéma – pour laquelle, je vous le rappelle,
nous investissons 125 M – avec le passage € à la Télévision numérique
terrestre (TNT), avec le développement des offres culturelles sur les
réseaux à haut débit, l’accès du plus grand nombre aux oeuvres culturelles
est maintenant à portée de main.

Après avoir été l’un des premiers pays à s’engager aussi fortement dans la
numérisation de son parc de salles, nous sommes aujourd’hui l’un des
premiers pays à mettre en place un dispositif complet de financement de la
numérisation et de la restauration des oeuvres du patrimoine.

Toutes nos oeuvres ont vocation à être numérisées. Les films qui offrent de
réelles perspectives économiques en termes d’exploitation
commerciales bien sûr, mais aussi les films procédant d’une histoire et
d’une économie plus fragile, pour lesquels un soutien public est
nécessaire.

Financé grâce à l’emprunt national voulu par le président de la
République et dont le pilotage a été confié au Commissariat général à
l’investissement (CGI), le programme d’investissement d’avenir, est une
chance historique pour le secteur culturel. Dans le cadre du Fonds
national pour la société numérique - dont 750 M d’euros € seront destinés
au financement de la numérisation des contenus culturels, scientifiques et
éducatifs - c’est un outil formidable qui permet de faire basculer
massivement et dans un temps réduit l’offre culturelle dans l’ère
numérique. Plusieurs projets particulièrement prometteurs, regroupant des
acteurs privés et publics majeurs des secteurs du livre, de la presse ou de
l'audiovisuel, sont en cours de préparation avancée et devraient être
prochainement présentés pour examen en vue d'un co-financement par
l'État en tant qu'« investisseur avisé ».

Depuis plusieurs mois mes services, au premier rang desquels le Centre
national du Cinéma et de l’image animée (CNC), véritable cheville ouvrière
de ce plan, travaillent en étroite collaboration avec les services du
Commissariat général à l’investissement (CGI) et de la Caisse des dépôts
et consignations sur la numérisation des films.

Ce travail a porté ses fruits. Aujourd’hui, nous sommes en mesure de
proposer un accord cadre général aux principales entreprises du secteur.
Celles qui disposent d’un catalogue de films conséquent, celles qui ont les
premières manifesté la volonté de s’engager dans un processus de
numérisation de leur patrimoine.

Je veux ici les remercier vivement, elles ont ouvert la voie et ont su donner
l’exemple. Je veux également saluer le travail de la Société des auteurs et
compositeurs dramatiques (SACD) : depuis le début, elle a nourri la
réflexion et coordonné les échanges. Enfin, je me réjouis que la
Cinémathèque française ait également accompagné cette démarche
depuis l’origine.

Cet accord est une première étape qui en appelle d’autres : car d’autres
détenteurs de catalogues doivent pouvoir s’associer à cette démarche. Ce
cadre de négociation leur est ouvert : nous sommes au début d’un
processus, nous sommes aux origines d’un chantier considérable.

Il faut que de plus petites entreprises profitent également de cette
formidable opportunité. Elles sont souvent détentrices d’oeuvres
précieuses de notre patrimoine cinématographique. L’accord que nous
signons aujourd’hui devrait pouvoir couvrir la numérisation de près de 2500
oeuvres. Seront ainsi numérisés les longs métrages postérieurs à 1929, les
films de Jean Cocteau, ceux de Julien Duvivier, de René Clair ou Alain
Resnais.

Mais il faut aller plus loin. C’est la raison pour laquelle j’ai demandé au
CNC de mettre en place simultanément ses propres outils d’aides à la
numérisation et à la restauration des catalogues. Conformément à sa
mission, le CNC va donc intervenir plus particulièrement en faveur de la
partie patrimoniale du secteur, c'est-à-dire la plus fragile économiquement
en raison de la faible dimension des catalogues et du très grand risque
inhérent aux perspectives d’exploitation. C’est aussi souvent la plus
complexe en termes de restauration et de numérisation, car cela concerne
les oeuvres dont les éléments chimiques d’origine sont souvent très
endommagés. La projection du Voyage dans la Lune de Georges Méliès
(1902), en ouverture du Festival, dans sa version colorisée et restaurée,
nous a toutefois montré que le numérique peut rendre l’ hommage qui lui
est dû aux origines de l’art cinématographique.

Le dispositif du CNC qui est en cours de discussion avec les
professionnels vous est également présenté. Il traduit l’ambition qui est la
mienne : couvrir le plus largement possible l’étendu de notre magnifique
patrimoine. Ce dispositif, sous réserve de l’accord des autorités
européennes, concernera dans un premier temps les films muets et les
courts-métrages. Grâce au numérique, grâce à ses différents modes de
diffusion, ces formats devraient trouver une nouvelle vie et rencontrer de
nouveaux publics.

Enfin, les outils numériques devant encore faire leur preuve en matière de
conservation long terme, le CNC interviendra pour soutenir financièrement
le retour sur pellicule des oeuvres numérisées, là encore dans un objectif
de transmission et de valorisation du patrimoine.

C’est donc un signal fort qui est donné, notamment à l’attention de nos
partenaires européens. Et l’enjeu est bien évidemment économique et
industriel. Par cet appel aux investisseurs, le gouvernement entend aider la
mise en place en France d’une filière technologique d’excellence dans le
domaine de la numérisation et la restauration. Grâce au travail mené par la
Commission technique supérieure de l'image et du son (CST), en relation
avec la Fédération des Industries, de l’audiovisuel et du multimédia
(Ficam), l’adoption dans cet accord de la norme numérique de qualité
« 2K » est un atout dans notre jeu.

Défendre et préserver le patrimoine cinématographique aujourd’hui, vous
le voyez, c’est aussi inventer ce qu’il sera demain. Investir dans les
nouvelles technologies, c’est bien sûr préserver des filières et des
expertises, c’est aussi créer de nouveaux savoir-faire et faire éclore de
nouveaux terrains pour l’emploi culturel.

Vous le voyez, l’engagement au service des contenus est au coeur de cette
ambition pour notre patrimoine cinématographique, celui qui a formé des
générations de cinéphiles, celui qui peut demain « instruire » le regard du
plus grand nombre. Dans ce domaine, le passage au numérique a
longtemps été « subi » ; l’ambition des investissements d’avenir consiste
précisément à anticiper et prendre les devants.

C’est l’esprit dans lequel a été signé cet accord, c’est le sens de mon
engagement et de toute mon action dans le domaine de la numérisation
des contenus culturels.

Je vous remercie.