Monsieur le Président de l’Association nationale pour le développementdes arts de la mode, cher Pierre Bergé,Monsieur le Directeur général du Comité de développement et dePromotion du textile et de l’habillement,Monsieur le Président de la Fédération française de la couture, du prêt-àporteret des créateurs de mode, cher Didier Grumbach,Mesdames et Messieurs les membres du jury, chère Carine RoitfeldChers ami(e)s,

Je suis très heureux de vous recevoir, cette année encore, dans les salons
du Ministère pour la 21e remise du prix de l’Association nationale pour le
développement des arts de la mode. Ce calendrier n’est pas dû au hasard :
je tenais en quelque sorte à ouvrir la semaine des défilés de la collection
Printemps-Eté 2011. Le soutien à la création, le développement des
nouveaux talents, c’est le coeur des missions de mon Ministère dans tous
les domaines artistiques. Vous êtes ici chez vous.
Depuis 1989, l'ANDAM n’a cessé de défricher, repérer et soutenir les
talents émergents contribuant à l'avènement de grands noms de la mode
contemporaine, à l'image de Martin Margiela, Christophe Lemaire, dont je
salue l’arrivée chez Hermès, Viktor & Rolf, Véronique Leroy, Gaspard
Yurkievich, Jeremy Scott, ou encore Felipe Oliveira Baptista qui vient de
faire une entrée remarquée chez Lacoste.
Grâce à l’accès au calendrier de la semaine de la mode parisienne - j’en
remercie Didier Grumbach - l’ANDAM offre à ses lauréats un rayonnement
médiatique unique, la reconnaissance du milieu professionnel et les
moyens nécessaires à la pérennité de leur propre marque.
La mode se confronte toujours à ses propres limites, elle invente sans
cesse de nouvelles formes, imagine de nouveaux territoires pour le
vêtement. Je crois toutefois que l’impertinence et l’insolence sont une
question d’état d’esprit plus que d’apparence. Rien ne remplacera la liberté
sauvage du créateur : c’est la vérité de vos métiers, c’est la vérité des
métiers que j’ai exercés avant de devenir ministre.
Vos métiers me fascinent, m’attirent, m’intéressent profondément : dans
leur richesse et dans leur diversité, du styliste au gainier, de la brodeuse au
directeur de collection, ils dessinent un « monde », ils façonnent un
paysage, à la manière des acteurs de la chaîne du film qui me sont plus
familiers.
Là sommeillent des talents, des savoir-faire, des ressources
insoupçonnées, souvent révélées dans la lumière d’un projecteur, toujours
épanouies dans le secret d’un atelier.
Vous appartenez, comme on le dit encore dans le milieu du cinéma, à une
« grande famille ». Comme dans toutes les familles, je n’ignore pas qu’il y
a parfois des tensions, des incompréhensions : je ne veux pas les nier ou
les passer sous silence. Nous devons les surmonter, nous devons les
dépasser dans l’intérêt de tout le secteur et dans l’intérêt de notre création.
A cet égard je tiens à vous dire mon attachement à la filière française de la
mode. Je sais le prix qu’y attache le Comité de Développement et de
Promotion du Textile et de l’habillement, qui prête son concours à la
manifestation. La dimension économique et industrielle du secteur de la
mode est centrale. Et je veux dire à son directeur général que je suis
soucieux du dynamisme et de la cohérence de cette filière, qui n’a rien à
envier à d’autres qu’on nous donne parfois en exemple.
Je vous parlais l’année dernière de l’importance de l’éducation. Je veux
féliciter l’ENSAD et son équipe de direction qui vient de faire habiliter un
Master européen de mode. L’école entre ainsi dans le cercle des grands
établissements de formation à la mode qui délivrent un Master, tels que le
Royal College of Art et la Central Saint Martins de Londres, l’Académie
Royale d’Anvers, ou encore la Parsons School de New York. Je me félicite
aussi des liens que l’ENSAD tisse avec les autres grandes écoles de mode
française dans un esprit de coopération dont tous bénéficient.
Les lieux de création et de résidence où séjournent les jeunes stylistes
sont également un facteur essentiel de réussite. Je pense à la villa
Noailles, à Hyères, auquel mon Ministère a décidé d’apporter un soutien
supplémentaire substantiel, dès cette année, effort qui sera poursuivi en
2011. Et je n’oublie pas sa voisine, à Marseille, la Maison de la Création,
fondée par Maryline Vigouroux.
Cette filière permet l’émergence de nouveaux talents : ils s’épanouiront
plus tard dans les grandes maisons qui font la fierté de la France, ou dans
celles qu’ils auront eu la chance et l’énergie de créer. Cette filière doit
aussi être plus lisible, plus visible, elle doit être mieux coordonnée pour
être encore plus efficace. Et je souhaite que l’ANDAM, qui joue un rôle
éminent en apportant un concours financier important aux créateurs, y
participe pleinement, dans un esprit constructif et dans un dialogue rénové
avec mon Ministère et ses partenaires.
Ces partenaires, notamment les partenaires privés, qui sont avec nous ce
soir, je tiens à les remercier chaleureusement. Ces grandes entreprises et
ces groupes prestigieux accordent à l’ANDAM une caution professionnelle
et un prestige international.
Enfin, je souhaite saluer chaleureusement les lauréats du prix de l’ANDAM,
dont certains sont là aujourd’hui, et particulièrement le lauréat de cette
année.
Monsieur le président, Pierre Bergé, grâce à vous notamment, ils
enrichissent depuis plus de 20 ans l’histoire de la mode contemporaine. Je
tiens à les remercier et à leur manifester ma profonde admiration quant à
leur parcours exemplaire. Et je tiens aussi à rendre hommage à tous les
créateurs qui ont concouru, et dont le talent n’est pas moindre : certains
sont aussi là ce soir. Votre engagement et votre passion permet à Paris de
rester le passage obligé de tous les succès, de toutes les audaces aussi.
Pour citer l’écrivain Jean-Luc Benoziglio (Cabinet portrait) : « Pourvu que
la mode de la chaussette unique revienne bientôt ». Elle me permettra de
vous accueillir, l’année prochaine, dans un geste de connivence qui sera
toujours d’un plus bel effet qu’un discours de convenance !
Je vous remercie.