Discours de Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture et de laCommunication, prononcé à l’occasion de la conférence de presse enGuyane.

Mesdames et Messieurs,
Je suis particulièrement heureux ce matin, d’être ici, parmi vous, en
Guyane. J’ai fait de l’Outre-mer l’une des grandes priorités de mon action.
Je voulais rencontrer ceux qui participent au dynamisme culturel de cette
région, qu’ils soient artistes, mais aussi élus, responsables culturels ou
simples citoyen passionnés par le devenir de votre territoire.
Je suis particulièrement heureux parce que je me sens porté par la
splendeur des paysages, par leurs parfums, par la chaleur humaine qui
m’entoure, par les traces de la mémoire qui se manifestent ici à chaque
pas mais aussi par l’élan créatif qui surgit de toutes parts. Je suis heureux
parce que je ressens ce déplacement comme nécessaire et déterminant
pour ces Français d’outre mer forts de leur culture et de leur identité, mais
aussi forts du lien séculaire qui les unit à l’histoire de notre pays. J’ai
souhaité que la volonté politique abolisse les distances de la géographie.
Ma présence ici, dans ces lieux éloignés non seulement de la capitale,
mais aussi de la métropole, est une illustration de cette ambition pour la
culture ultra-marine.
J’ai été nommé ministre peu avant la conclusion des Etats Généraux de
l’outre-mer, lancés par le Président de la République. Ils ont conduit à des
décisions importantes lors du Comité Interministériel de l’Outre-mer du 6
novembre 2009. J’ai souhaité personnellement que mon ministère
s’engage dans cette démarche. C’est pourquoi j’ai décidé de confier la
réalisation d’un rapport à un homme qui connaît l’Outre-mer, à un
conservateur de musée de premier plan, Michel COLARDELLE, ancien
Directeur du Musée des arts et traditions populaires nommé Directeur
Régional des Affaires Culturelles de Guyane, après m’avoir remis son
rapport le 15 avril dernier.
Pour prendre pleinement la mesure de l’enjeu, j’ai souhaité également
rencontrer des élus et des personnalités de l’Outre-mer qui m’ont fait part
de leurs analyses et de leurs ambitions pour ces territoires. J’ai eu
plusieurs discussions approfondies avec ma collègue Marie-Luce
PENCHARD, Ministre de l’Outre-mer. J’ai également échangé avec Daniel
MAXIMIN, le commissaire de l’Année des Outre-mer français qui va
s’ouvrir en 2011.
Tout cela m’a permis de préciser le cadre d’un renouvellement de notre
politique culturelle et des médias en Outre-mer. C’est cette politique que je
souhaite vous présenter aujourd’hui dans ces grandes lignes.
L’inspiration première de cette nouvelle politique est de reconnaître et de
valoriser les spécificités des cultures ultramarines. Il est important
d’affirmer qu’elles sont un élément essentiel du pluralisme culturel et de la
diversité de notre pays. Elles sont aussi une chance dans sa capacité à
comprendre les cultures d’un monde globalisé, marqué par le métissage de
formes et la dimension interculturelle.
Je n’esquiverai pas la question des moyens. Dès le budget 2010, j’ai
décidé, un effort financier de 7 millions d’euros supplémentaires pour
l’ensemble de l’Outre-mer. Le financement de ce plan, dans l’état actuel
des arbitrages budgétaires est de 180 millions d’euros. Ce chiffre sera
amené à évoluer, mais vous constaterez qu’il est significatif, en cette
période de forte tension budgétaire.
Au-delà des moyens, je souhaite que mon ministère manifeste vis-à-vis
des territoires ultramarins, et notamment de la Guyane, ce que Michel
COLARDELLE appelle joliment un « décentrement du regard ». Il ne s’agit
pas d’une vision imposée, il s’agit d’une ambition partagée.
Ce plan s’articule autour de huit objectifs opérationnels. Tous ces objectifs
sont communs à l’ensemble des territoires ultramarins, mais ils reçoivent
une orientation particulière en fonction des spécificités de chacun d’entre
eux.
► Le premier objectif vise à promouvoir la singularité des expressions
artistiques et culturelles de l’Outre-mer.
La réalisation de cet objectif engage une réflexion sur la création
d’établissements culturels à la fois emblématiques et visibles, à l’instar du
Centre Jean-Marie TJIBAOU en Nouvelle-Calédonie. Sa réussite et son
rayonnement peuvent faire figure de modèle.
Mon ministère accompagnera le Département et la Région pour la création
d’une « Maison des Cultures et des Mémoires de la Guyane » à Cayenne.
Il sera localisée dans l’ancien hôpital Jean Martial et regroupera les
archives départementales, le musée des cultures guyanaises et les
collections du musée Franconie. Il s’agit d’un projet ambitieux qui a
vocation à faire référence au plan national et international.
Les questions linguistiques sont également centrales dans la mise en
oeuvre de ce premier objectif. C’est pourquoi j’ai souhaité qu’une
enveloppe complémentaire de 325 000 soit débloquée € dès cette année
pour soutenir les différents projets de valorisation des patrimoines
linguistiques des Outre-mer.
La Guyane constituera un laboratoire essentiel à cet égard, avec la
création d’un « Pôle d’excellence dans le domaine linguistique et des
traditions orales ».
Une attention particulière sera portée aux archives du monde ultramarin,
avec le projet de numérisation des archives de RFO porté par l’INA. Je
veux aussi mentionner la création d’un site dédié à l’histoire et à la
mémoire de l’esclavage, qui sera piloté par le Comité pour l’histoire et la
mémoire de l’esclavage, présidé par Françoise VERGÈS.
Je veux aussi signaler l’attention particulière que j’accorderai à la
promotion du patrimoine culturel immatériel. Je m’attacherai à promouvoir
sa conservation, sa transmission et toutes les formes de sa valorisation. Je
soutiendrai notamment le dossier de candidature d’inscription à l’UNESCO
du rituel du maraké au cours duquel les chants du kawalu sont exécutés.
Enfin, plusieurs mesures relatives à l’audiovisuel, décidées dans le cadre
du Comité Interministériel de l’Outre-mer, sont en voie de réalisation. Je
pense notamment à l’extension de la diffusion de France O sur l’ensemble
du territoire national, qui a pris effet à la mi-juillet, et au passage à la
télévision numérique terrestre (TNT) qui se réalisera à la fin de l’année
2010. Le « vivre ensemble » passe aussi par une culturelle audiovisuelle
partagée : c’est la mission du Service public de l’audiovisuel, c’est une
exigence pour tous nos concitoyens.
Je souhaite également que la Guyane puisse conclure une convention
avec le Centre National du Cinéma et de l’Image animée (CNC) ; les
premières réflexions sont en cours. La Guyane est en effet avec la
Martinique la seule région ultramarine à ne pas encore en bénéficier. Cette
convention permettra de mieux aider la production et la création, car je sais
qu’il existe ici, en Guyane, un véritable dynamisme dans le domaine du
cinéma. J’entends également favoriser l’aide aux nombreux festivals de
cinéma et la construction de nouvelles salles, comme le multiplexe prévu
dans l’île de Cayenne.
► Le deuxième objectif concerne la promotion des cultures et des artistes
ultramarins, en outre-mer aussi bien qu’en métropole.
A cette fin, le Comité Interministériel de l’Outre-mer (CIOM) a décidé la
création d’une Agence nationale de promotion des cultures ultramarines.
Ce projet est porté par mon ministère, en lien avec celui de l’Outre-mer.
Cette agence aura pour vocation de créer et de développer des réseaux,
de mettre en relation les artistes avec des structures de production et de
diffusion, d’apporter un soutien efficace à la professionnalisation des
acteurs culturels ultramarins.
L’autre mesure essentielle, décidée également par le CIOM, est la mise en
place, en 2011, d’une année des Outre-mer français. Plusieurs
manifestations nationales telles que le Festival d’Avignon, les Francofolies
de la Rochelle, ou le Salon du Livre de Paris, proposeront une
programmation centrée sur l’Outre mer dans laquelle la Guyane aura toute
sa place.
Le renforcement et la labellisation des structures existantes sera mise en
oeuvre. Je pense au domaine des musiques actuelles à Saint-Laurent du
Maroni mais aussi à la possibilité de la création d’un Centre de
Développement Chorégraphique (CDC) à partir du festival de danse de
Cayenne, les Rencontres de Danses métisses.
►Le troisième objectif est celui de la formation. Il est absolument
indispensable pour conduire un développement culturel durable,.
Je souhaite que nous puissions, de concert avec les élus, développer
l’enseignement supérieur artistique et les enseignements spécialisés.
Notre objectif est de créer, dans chaque zone, une offre cohérente de
formation.
Dans ce cadre, deux projets majeurs doivent être soutenus en Guyane :
1) L’organisation des Assises de l’enseignement supérieur en 2011,
2) L’accompagnement de la réalisation des Schémas départementaux des
enseignements artistiques en lien avec le Département afin de pouvoir
établir un plan raisonné de développement.
La clef de voûte de la formation, c’est, en outre-mer comme en métropole,
l’éducation artistique et culturelle. J’en ai fait une priorité de mon action, je
suis convaincu de son importance dans la formation de la sensibilité mais
aussi du citoyen . Car il ne saurait y avoir de démocratisation culturelle
sans une appropriation des oeuvres par le public : il faut éduquer, former et
susciter la curiosité.
Je souhaite donc renforcer le partenariat établi avec le Rectorat. Des
formes innovantes de résidences d’artistes seront mises en place : les
« résidences-missions », accueillant des artistes en résidence de 3 mois
dans un établissement scolaire.
En matière de formation professionnelle, un plan sera élaboré par la DRAC
Guyane avec le Centre national de la Fonction publique territoriale, de
manière à proposer une formation continue pour l’ensemble des
professionnels des collectivités territoriales.
► Le quatrième objectif concerne la politique du livre et de la lecture.
J’ai demandé que des inspections, dont les conclusions m’ont été rendues
fin juillet, soient menées sur l’ensemble des territoires d’Outre-mer. Il s’agit
de proposer des les mesures adaptées, qui seront mises en oeuvre dans le
cadre du Plan de développement de la lecture que j’ai annoncé au mois de
mars.
Dans le domaine du Livre comme dans beaucoup d’autres, il est
indispensable de donner la priorité aux jeunes publics, dans un contexte
où la lutte contre l’illettrisme et l’amélioration de l’accès à la lecture sont
des objectifs prioritaires. Un plan coordonné pour les bibliothèquesmédiathèques
sera mis en place. Il s’agit de proposer une offre accessible
sur l’ensemble du territoire, notamment la ville de Cayenne, en poursuivant
l’équipement en bibliobus ou biblio-pirogues. Enfin, j’entends encourager
la coopération avec les bibliothèques métropolitaine, notamment avec la
Bibliothèque nationale de France.
►Le cinquième objectif de ce plan d’actions consiste à renforcer le lien
entre tourisme et culture
Le temps n’est plus aux vaines oppositions : le tourisme est un vecteur
pour le développement culturel ; le renforcement de l’offre culturelle est un
atout pour l’attractivité des territoires. Il importe aujourd’hui de rapprocher
les professions du tourisme et de la culture. Il importe de développer les
instances de concertation et de proposer des programmations adaptées
aux forces et aux priorités du tourisme dans vos territoires.
Le potentiel touristique de la Guyane est considérable, avec une diversité
de paysages, de couleurs et de lumières. La « Maison des cultures et des
mémoires de la Guyane » constituera un établissement phare. Je ne doute
pas qu’il sera un facteur de développement et d’attractivité pour tout le
territoire. La valorisation du Centre spatial de Kourou sera également
accompagnée par mon ministère.
►Le sixième objectif entend renforcer les actions en matière d’architecture
et d’urbanisme.
Cet enjeu est capital pour la mise en valeur des sites historiques et
patrimoniaux, mais aussi pour l’amélioration du cadre de vie des
habitants. Un travail de fond sur l’architecture vernaculaire amérindienne et
bushinengé sera conduit par la DRAC. Les objectifs sont nombreux :
favoriser la transmission des savoir faire, identifier les restaurations
urgentes et nécessaires, développer les formations en direction des
professionnels, notamment les architectes libéraux. Pour remplir cet
objectif, je souhaite que des partenariats avec des institutions nationales
soient conclus, notamment avec le musée du quai Branly.
►Le septième objectif vise à amplifier les coopérations régionales et
internationales.
Les cultures ultramarines ont besoin de mieux intégrer leur environnement
international, afin d’accroître les échanges artistiques et culturels, de mieux
diffuser leurs artistes mais aussi de développer les coproductions et les
partenariats.
Les résidences croisées d’artistes seront encouragées, tout comme
l’accompagnement à une meilleure diffusion dans les pays proches : le
Brésil, le Surinam, les pays de la Caraïbe mais aussi les territoires
francophones d’Amérique du Nord. Ils sont un débouché naturel, ils sont
aussi caractérisés par une mémoire commune et une « communauté de
destin » qui permet de nourrir la rencontre et le dialogue.
►Enfin, le huitième et dernier objectif, peut sembler technique et
administratif. Il n’en est pas moins capital : il s’agit de travailler à une
meilleure adaptation des méthodes et des normes de mon ministère à la
spécificité des territoires ultra-marins. Nous connaissons notre histoire,
nous savons ce qu’a été la formation de la Nation et la République. Elles
ont souvent conduit à une uniformisation excessive et à une centralisation
subie. Ce temps sont désormais bien révolus. La prise en compte de
l’individualisation des pratiques culturelles et de l’importance de la diversité
dans la société française est un acquis, il nous faut l’approfondir.
L’héritage républicain doit rester notre horizon commun, notre culture
partagée. Son adaptation aux évolutions de la société et à la diversité des
territoires est une exigence : il en va de notre capacité à « vivre
ensemble » et de l’ambition que je porte de la « culture pour chacun ».
Affiner la capacité d’expertise de mon administration au service d’une
politique culturelle ultramarine est donc indispensable. une exigence
aujourd’hui, elle sera une nécessité demain. J’ai demandé aux directeurs
généraux de mon administration la mise en place d’un groupe de travail
permanent en lien avec les DRAC, afin de mieux répondre aux besoins
des élus et des opérateurs culturels.
Voilà donc résumé l’essentiel de ce plan d’action pour la culture en
Guyane. Je souhaite en suivre personnellement les avancées et les
évolutions. C’est la raison pour laquelle j’ai décidé de mettre en place un
comité de pilotage au sein de mon ministère.
C’est une nouvelle page de l’action du ministère de la Culture et de la
Communication en Guyane que je souhaite écrire avec vous et pour vous.
Je suis, depuis longtemps, convaincu des ressources et des richesses de
ce territoire. La richesse de votre histoire, la fécondité des métissages, les
promesses d’une situation stratégique sont des atouts de premier ordre. Ils
sont pour la culture guyanaise la « promesse de l’aube », pour reprendre la
belle expression de Romain Gary.
Je vous remercie de votre attention et je me tiens à votre disposition pour
toutes les questions que vous souhaitez me poser.