Monsieur le président de l’Institut National de l’Audiovisuel, cher MathieuGallet,Monsieur le Directeur général du Groupement d’Intérêt Public France TéléNumérique, cher Olivier Gerolami,Madame la conseillère, chère Francine Mariani-Ducray,Mesdames et messieurs,

Le 7 mars prochain, à minuit, la région Île-de-France et ses 12 millions
d’habitants passeront à la télévision tout numérique. Le 30 novembre
prochain, tous les Français, de métropole et d’Outre-mer, auront passé ce
cap. C’est une étape majeure pour la modernisation de la télévision dans
notre pays. Au-delà de l’avancée technologique, il s’agit d’une révolution
en douceur pour tous nos concitoyens, dans leurs foyers, dans leurs
habitudes quotidiennes.

C’est la raison pour laquelle j’ai souhaité qu’avec cette exposition nous
prenions un peu de recul, pour nous inscrire dans un temps plus long, celui
de l’histoire de la télévision, qui reflète une part importante de notre histoire
collective des 50 dernières années. Je suis très reconnaissant à l’INA
d’avoir puisé dans ses archives pour nous offrir un condensé de ses
moments, de ses visages qui ont marqué nos mémoires : certains y
retrouverons des souvenirs d’enfance, d’autres, plus jeunes, découvriront
ce passé proche qui a façonné, dans l’intimité de chaque foyer, notre
rapport quotidien à la modernité.

Ces quatre salons familiaux, ce sont quatre vignettes nous contant
l’histoire sensuelle de ces univers qui se composent autour de la petite
lucarne - comme auparavant elles pouvaient l’être autour du poste de
radio. À l’heure où certaines séries télévisées nous transportent dans le
temps avec une aisance inédite, le salon 1960, avec son cendrier et ses
vinyles, nous donne à voir ce que pouvaient être les années Mad Men à la
française, faites d’Eurovision et de l’ubiquité de Pierre Sabbagh. Vingt ans
plus tard, c’est la stratocaster dans un coin, devant une affiche
psychédélique sur fond de papier peint vasarélien, et le magnifique
générique de Jean-Michel Folon pour Italiques, sur la musique d’Ennio
Morricone. Vient alors le temps du Minitel et des cassettes VHS qui
peuplent les tables basses.

Dans ces quatre « salons-madeleines », rien n’est oublié du visuel au
tactile, des moquettes aux fauteuils. C’est l’occasion de visualiser le
« PAF » de l’autre côté de l’écran, de toucher son histoire dans l’espace
même où le consommateur d’images se fait « braconnier », comme
l’écrivait l’auteur de L’invention du quotidien, Michel de Certeau.

Cette petite exposition nous permet de mesurer à quel point la télévision
occupe une place centrale dans notre manière de voir le monde, de
partager des émotions inscrites à l’intersection de nos mémoires
individuelles, familiales et collectives. Elle met également en scène un
média vivant dont la capacité à transmettre et à relier se renouvelle très
vite, au gré des évolutions technologiques et de l’inspiration de ceux qui
créent, écrivent, produisent et diffusent ses programmes.

Les technologies numériques sont à l’évidence des sources de progrès
majeurs dans tous les domaines de la Culture et de la Communication.
C’est notamment l’amélioration de l’offre audiovisuelle elle-même qui est
en train de se jouer, en termes de contenus comme de qualité de
réception, à un moment où nous connaissons une transition majeure pour
un média roi qui a encore de très beaux jours devant lui. Le passage à la
télévision tout numérique est avant tout un enrichissement inédit, qualitatif
et quantitatif, de l’offre audiovisuelle ; c’est aussi un grand moment
démocratique pour les Français, comme seuls les médias de masse
peuvent en produire, puisqu’il concerne chaque foyer. Il correspond
également à un engagement très fort de l’Etat et du Groupement d’Intérêt
Public France Télé Numérique, qui veillent à garantir l’accès de tous à
cette télévision embellie, enrichie et rajeunie.

Le passage de l’analogique au numérique constitue en effet une mue aussi
importante que le passage du noir & blanc à la couleur. Dans le salon
années 1970, on peut voir les images d’archive du passage à la couleur,
avec la création de la 3ème chaîne en décembre 1972 : « Et voici la
couleur. Vous nous voyez désormais tels que nous sommes. » Le
présentateur précise d’ailleurs aussitôt que les téléspectateurs auront
probablement très bientôt oublié ce moment, tant la couleur était destinée
à entrer dans la normalité. Et c’est souvent le cas pour les grands
tournants technologiques : on les reconnaît à leur capacité à se fondre
immédiatement dans le quotidien, comme s’ils avaient toujours été là. Il est
très probable qu’il en sera de même pour le tout numérique.

Cela mérite d’être rappelé : le passage au tout numérique est pour la
télévision française une chance unique de développer simultanément
l’offre de télévision et la qualité des moyens de communication. Avec la
TNT, c’est un paysage audiovisuel pluraliste, plus riche en programmes,
qui se dessine - puisque les téléspectateurs se voient offrir gratuitement
plus de chaînes, de meilleure qualité tant pour le son que pour l’image,
avec la possibilité d’accéder à de nouveaux services. C’est la
généralisation d’une offre audiovisuelle enrichie et gratuite, et plus
généralement la multiplication des services sur l’ensemble des
plateformes, qu’elles soient gratuites ou payantes. C’est le triplement de
l'offre des chaînes nationales gratuites en métropole, qui passe ainsi de 6
à 19 chaînes. Le numérique permet également de libérer des fréquences,
et ainsi d’améliorer constamment la qualité de l’image et du son : la haute
définition devient le format de référence de la télévision et demain la
télévision en trois dimensions, déjà en train de conquérir les salles de
cinéma, pourrait se développer sur nos téléviseurs. C’est aussi la délinéarisation
des services, l’accès à davantage de programmes à la
demande et en rattrapage, pour compléter l’offre traditionnelle. Demain,
l’interactivité se généralisera et donnera accès à de nouvelles formes de
télévision, qui restent à inventer. Mettre fin à la diffusion analogique, c’est
justement garantir l’accès de chacun, sur tout le territoire à ces nouveaux
services.

La transition est particulièrement bien engagée. Après « les étapes de
plaine » décisives comme l’Île-de-France, il restera quelques « étapes de
montagne » déterminantes à accomplir. Le rôle de l’Etat dans ces phases
de transition, qui sont aussi sociales et culturelles que technologiques,
c’est bien sûr de s’assurer que personne ne soit laissé sur le bord du
chemin. C’est, pour le Ministère de la Culture et de la Communication,
garantir l’accès de chacun aux savoirs tout autant qu’au divertissement – je
pense en particulier aux publics peu familiers des nouvelles technologies,
aux personnes âgées qui peuvent avoir besoin d’une assistance technique,
aux foyers les plus modestes aussi, qui peuvent avoir besoin d’un soutien
financier à l’équipement, notamment pour ceux qui habitent des zones non
couvertes par la diffusion hertzienne terrestre. Une attention particulière
doit également être portée aux immeubles collectifs, surtout en Île-de-
France.

Sur tous ces terrains de solidarité, l’Etat s’est très fortement engagé : le
Gouvernement a prévu un effort financier majeur, plus de 300 M€ en 3
ans, afin de garantir l’accès de tous à la télévision numérique.

C’est également la mobilisation, bien sûr, de tous les acteurs concernés
dans le GIP France Télé Numérique. C’est aussi le travail indispensable et
d’une grande précision mené par le Conseil supérieur de l’audiovisuel, que
je tiens à saluer en la personne de sa représentante, Francine Mariani-
Ducray. Mais c’est également une solidarité vécue sur le terrain, entre
voisins et entre générations : c’est aussi grâce à eux que d’ici la fin de
2011, 100% des foyers français auront accès à la télévision numérique.

Grâce à cette mobilisation de tous, le passage au tout numérique pourra
figurer à son tour, dans quelques années, dans une exposition
rétrospective. Il y apparaîtra, j’en suis sûr, comme une date clef dans
l’histoire de la télévision en France - qu’on redécouvrira sans doute avec
surprise, comme toutes les grandes transitions technologiques réussies,
que le temps recouvre si vite du silence de l’usage et des habitudes.

Je vous remercie.