Ajaccio, le 24 mai 2011

Monsieur le Président du Conseil exécutif de Corse, cher Paul Giacobbi,Monsieur le Président de l’Assemblée de Corse, cher Dominique Bucchini,Mesdames et Messieurs les élus,

Au mois de juillet dernier, lors de mon passage à Corte, j’avais proposé aux élus de l’île un dialogue renouvelé et renforcé entre mon ministère et la Collectivité territoriale de Corse à travers des missions d’expertise ou des études susceptibles d’éclairer la réflexion des élus. Avec la Direction Régionale des Affaires Culturelles (DRAC), vous avez un interlocuteur de qualité et de proximité, mais j’avais aussi évoqué les corps d’inspection des administrations centrales ou encore le Département Etudes Prospective et Statistiques (DEPS). Je vous avais également proposé que la Corse puisse faire l’objet d’une étude des pratiques culturelles de ses habitants, car pour des raisons techniques, la région n’est pas prise en compte dans l’étude décennale sur les pratiques culturelles des français.

Plusieurs missions des Directeurs généraux, accompagnés de leurs collaborateurs, sont venues confirmer cet engagement pris devant vous. Je me félicite aussi que mon ministère, dans le cadre du programme exceptionnel d’investissement (PEI) pour la Corse, ait pu fortement contribuer aux opérations récentes de rénovation du Palais Fesch et du Palais des Gouverneurs, à hauteur respectivement de 1,7 Millions d’€ et de 3,7 Millions d’€, tout comme à celles de « l’Espace Diamant » à Ajaccio et à la restauration du Fonds Régional d’Art contemporain (FRAC), ainsi qu’à la construction de bibliothèques publiques grâce à la Dotation Globale de Décentralisation.

Dans le cadre institutionnel qui est celui de la Corse, c’est aux élus territoriaux que revient la responsabilité, et donc le mérite, en matière culturelle. Mais je suis très attaché à ce que mon ministère puisse accompagner au mieux la politique culturelle conduite par la Collectivité Territoriale de Corse, dans le strict respect des textes qui régissent le statut particulier de la Corse.

Je souhaite qu’un dialogue constant se poursuive entre mon ministère et les élus corses afin de renforcer l’offre et le développement culturel dans l’île. C’est pourquoi je serai particulièrement réceptif aux éventuelles sollicitations du Président du Conseil Exécutif de la Collectivité Territoriale de Corse, des Présidents des deux départements ou des maires des communes corses, concernant des expertises particulières ou la labellisation des établissements culturels qui pourraient intervenir dans les mois et les années qui viennent.

Je pense particulièrement au secteur du spectacle vivant, puisque la Corse est la seule région du territoire métropolitain à ne pas encore disposer de structure labellisée, notamment une scène nationale. La labellisation des structures permet une intégration au réseau national, l’élaboration de projets communs, le développement des coproductions et une meilleure diffusion des artistes. Pour accompagner les initiatives en cours, la Direction générale de la Création artistique (DGCA) poursuivra les analyses et l’accompagnement nécessaires des projets que vous nous soumettrez pour une labellisation nationale.

Je tiens par ailleurs à vous confirmer la disponibilité des établissements publics qui relèvent de mon ministère, qu’il s’agisse par exemple de la Bibliothèque nationale de France, de la Comédie-Française, du musée du Louvre, de l’Opéra de Paris, ou du Centre national d’art et de culture Georges-Pompidou à la mise en place des collaborations avec les structures culturelles et les collectivités territoriales de la Corse. Ces collaborations pourraient prendre différentes formes, aussi bien dans le domaine des projets artistiques et culturels que dans celui de la formation professionnelle. Il est évident que le MuCEM, le Musée des Civilisations de l’Europe et de la Méditerranée en cours de construction à Marseille sera pour vous un interlocuteur privilégié.

Dans le domaine du patrimoine – j’y reviendrai tout à l’heure à l’occasion de ma visite au Palais des Gouverneurs de Bastia – d’importants avancées vu le jour. Les musées de la Corse connaissent une « belle saison », un véritable renouveau historique. Le maillage muséal de l’île est d’ores et déjà resserré comme il le mérite, pour faire vivre et pour faire voir l’histoire et la culture corse dans toute sa richesse et sa diversité, que ce soient les musées archéologiques départementaux d’Aléria et de Lévie, le musée de la préhistoire corse et d’archéologie de Sartène, le musée départemental Pascal-PAOLI à Morosaglia, le musée Fesch d’Ajaccio, et, dans cette même ville, le musée national de la Maison Bonaparte, qui a vu l’arrivée d’un nouveau conservateur. L’Etat a accompagné cette transformation profonde, en incluant le site archéologique de Mariana à Lucciana dans le cadre du « Plan musées » que j’ai présenté à l’automne dernier. Avec la reconnaissance du Cantu in Paghjella comme patrimoine immatériel de l’UNESCO, que j’ai eu le plaisir de célébrer, à l’occasion de la Fête de la Musique en 2010, nous vivons un moment essentiel dans le rayonnement culturel de la Corse.

Et puisque nous évoquons cette reconnaissance internationale du chant en paghjella, sachez également que je me réjouis du fait que le bilinguisme entre le corse et le français soit de mieux en mieux assumé sur l’île. L’adoption de la Charte de la langue corse l’année dernière par la Collectivité Territoriale de Corse, l’accroissement de l’offre d’enseignement en langue corse, l’engagement renforcé de plusieurs maisons d’édition, la présence solidement établie de la langue corse tant sur les radios qu’à la télévision vont bien au-delà de la seule sauvegarde patrimoniale : la Collectivité s’est doté d’une véritable politique linguistique qui va dans le sens d’un développement des usages de la langue corse, que l’Etat est heureux de soutenir, car il participe de manière essentielle à la mise en valeur de notre diversité culturelle.

Cette histoire et cette culture forment un patrimoine d’autant plus unique qu’il est un patrimoine vivant. Il constitue un apport considérable au prestige culturel de la nation.

Mais je voudrais surtout revenir devant vous sur les deux conventions que nous venons de signer dans le domaine de l’audiovisuel et du cinéma. Elles représentent deux outils, deux piliers à même de renforcer le rôle de la Corse dans le renouvellement du paysage audiovisuel et cinématographique méditerranéen, que le « printemps arabe » devrait également accélérer.

L’enjeu des documents que nous avons signé avec M. Paul Giacobbi, Président du Conseil exécutif de la Collectivité territoriale de Corse, M. Patrick Strzoda, Préfet de la Région Corse, M. Rémy Pflimlin, Président de France Télévisions et Mme Audrey Azoulay, Directrice générale déléguée du CNC, est bien la poursuite et le développement d’une coopération exemplaire entre l’Etat et la Collectivité territoriale de Corse. L’année 2010 a été une année record pour le cinéma français avec près de 206,5 millions d’entrées ; elle l’a également été pour le nombre de jours de tournage sur l’île. Je sais combien ce que ce résultat doit à la qualité des conseils mais aussi à l’hospitalité de Corsica Pôle Tournages, bureau chargé de favoriser la venue des équipes techniques et artistiques sur l’île.

Je tiens aujourd’hui à saluer le niveau d’engagement et le professionnalisme avec lequel cette Collectivité agit dans le domaine du cinéma et de l’audiovisuel. Avec un montant d’environ 2,5 millions d’euros en 2011 - dont 700 000 euros en provenance du CNC), le Fonds d’aide à la création et à la production de la Collectivité se situe à la 6ème place des régions françaises. Rapporté au nombre d’habitants, il est de loin le plus important avec un ratio de l’ordre de 8 euros par habitant, soit 10 fois la moyenne nationale !

Ce dynamisme régional est particulièrement éloquent dans le secteur du documentaire de création, qui constitue le point fort de la région. A ce titre, la chaîne Via Stella joue un rôle essentiel dans le dynamisme de la filière audiovisuelle corse. En coproduisant ou achetant un très grand nombre de documentaires, elle contribue à la vitalité d’un tissu de producteurs locaux particulièrement actifs.

Aujourd’hui, nous avons renouvelé l’engagement de l’Etat, de France Télévisions et de la Collectivité Territoriale de Corse dans Via Stella. La signature de la convention d’objectifs et de moyens (COM) de la chaîne Via Stella pour la période 2011-2013 est une étape importante permettant de renforcer son rayonnement méditerranéen et sa stratégie culturelle.

Nous avons décidé d’inscrire Via Stella comme mission de service public, dans le cahier des charges de Frances Télévisions. En conséquence, je peux vous annoncer que dans un horizon proche Via Stella bénéficiera d’une fréquence sur la Télévision numérique terrestre (TNT) et pourra donc être reçue par l’ensemble des foyers corses.

La ligne éditoriale de Via Stella s’inscrit en effet dans une dimension méditerranéenne qui permet de ne pas se limiter aux seuls sujets insulaires et d’ouvrir les horizons à ce patrimoine en partage dont le grand historien Fernand Braudel a décrit la complexité et la diversité : « Non pas un paysage, mais d'innombrables paysages. Non pas une mer, mais une succession de mers. Non pas une civilisation, mais plusieurs civilisations superposées ». Je suis convaincu, que c’est ici, au sein de nos territoires, que nous gagnerons le combat pour la diversité culturelle, ce message que je porte constamment en Europe et dans le monde.

Je sais aussi combien le travail capillaire dans le domaine de l’éducation et de la diffusion est important pour créer ce « désir de culture » sans lequel il ne saurait y avoir de politiques publiques durables. En Corse, il existe de très nombreux festivals de cinéma : du Festival européen de Lama au Festival Arte Mare de Bastia, en passant par Corsica Doc à Ajaccio, sans oublier les Nuits du Court-métrage à Corte, ils sont des foyers vivants et ardents de la cinéphilie et du 7e art insulaire. Et comment pourrais-je oublier la Cinémathèque corse créée en 2000, dont Jean-Pierre Mattéi a fait la « mémoire du cinéma » en même temps qu’un formidable outil de diffusion et d’éducation à l’image.

Pour conclure, je tiens particulièrement à remercier la Collectivité territoriale de Corse et son président Paul Giaccobi pour la qualité de la collaboration engagée avec le Centre national du Cinéma et de l’image animée (CNC), avec le groupe France Télévisions, avec la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC). Et je tiens à saluer l’action de son directeur Laurent Ghilini et l’attention constante qu’il a manifesté pour le développement du cinéma et de l’audiovisuel dans l’île. Le niveau d’engagement de la Collectivité territoriale de Corse (CTC) nous oblige : il nous oblige à l’action, il nous oblige aussi au dialogue constant avec les collectivités territoriales, avec les acteurs culturels, avec les professionnels de l’image, cet impératif du siècle à l’heure des simulacres, des avatars et du « bombardement visuel » sans ordre ni hiérarchie.

Le fait que la première signature d’une convention du CNC ait lieu ici, en Corse, est un signal fort. Le fait qu’une Convention donnant à une chaîne régionale les moyens d’une ambition européenne soit signée aujourd’hui. Tout cela traduit attention qui est la mienne à l’égard des richesses et les ressources des territoires. J’en prends la mesure à chacun de mes déplacements, dans ce « tour de France » que j’ai engagé depuis mon arrivée rue de Valois. Les territoires sont riches d’expériences, de savoir-faire, mais aussi d’expertises nouvelles : c’est dans cette ambition en faveur d’un dialogue approfondi et renouvelé entre l’Etat et les territoires – dans l’esprit du rapport qui m’a été transmis par Jérôme Bouët - que je souhaite inscrire mon action.

Je suis certain que ces deux Conventions sauront traduire cette ambition pour que la Corse soit encore davantage une terre d’images et de cinéma, une terre où la culture de l’image soit à l’image de la culture : une culture forte de sa singularité, une culture vivante, une culture généreuse. Je vous remercie.