Une équipe d’archéologues de l’Inrap vient d’intervenir, sur prescription de la Drac Midi-Pyrénées, dans la monumentale grotte-tunnel du Mas d’Azil en Ariège, à l’occasion d’un projet de réaménagement touristique.

Nécessité d’un diagnostic archéologique. La grotte préhistorique du Mas d’Azil est traversée par la rivière Arize mais aussi par la route départementale 119, reliant le village du Mas d’Azil à celui de Maury. Cette immense grotte est l’un des sites majeurs de la préhistoire française et classée monument historique. C’est aussi un haut lieu touristique. L’aménagement d’un bâtiment d’accueil et du parcours de visite par la commune du Mas d’Azil nécessite diverses opérations de diagnostic archéologique. Deux phases se sont déjà déroulées. La première concerne une tranchée destinée aux réseaux enterrés traversant la route, la seconde porte sur le bâtiment d’accueil, localisé au sein de la grotte.

La grotte du Mas d’Azil et la préhistoire française. Ce gisement paléontologique et préhistorique a fait l’objet de recherches dès 1860. Félix Garrigou en décrit la stratigraphie générale en 1867. Vingt ans plus tard, Édouard Piette y entreprend d’importantes fouilles et extrait des milliers d’outils de silex et des centaines d’œuvres d’art mobilier. En 1901-1902, Henri Breuil découvre les premiers vestiges d’art pariétal de la caverne. Entre 1936 et 1958, Joseph Mandement révèle de nombreuses cavités inédites. Mais c’est Marthe et Saint-Just Péquart qui, de 1935 à 1942, fouillent le réseau profond et exhument l’un des rares « habitats en grotte obscure » d’où sont extraits quelques chefs-d’œuvre de l’art magdalénien. Depuis cette date, seules des recherches ponctuelles ont été réalisées dans la grotte.

L’Azilien. La grotte du Mas d’Azil est le site éponyme d’une culture succédant au Paléolithique supérieur : l’Azilien, défini par Edouard Piette en 1887-1889. Entre 10000 à 7500 ans avant notre ère, cette culture de l’Épipaléolithique, c’est-à-dire entre le Paléolithique supérieur et le Néolithique, se caractérise par des harpons en bois de cerf perforés, à la base, d’une entaille allongée ; des grattoirs très courts et des armatures plus ou moins géométriques (les pointes aziliennes). L’art est représenté par des galets peints ou gravés.

De nouveaux aménagements au cœur de la grotte. Unique au monde, la grotte du Mas d’Azil est aussi ouverte au tourisme. Sa visite permet de découvrir les cavités de la rive droite de l’Arize. Débouchant au milieu de la grotte, ce réseau souterrain est une succession complexe de salles, de galeries, profondes et obscures. Aujourd’hui, l’ensemble du parcours ouvert au public est réaménagé, de nouvelles structures mises en place. Si l’impact des travaux d’aménagement a été volontairement limité, chaque zone fait l’objet d’un diagnostic archéologique.

Une exceptionnelle stratigraphie du Paléolithique supérieur. Le diagnostic réalisé à l’emplacement du futur bâtiment d’accueil vient de mettre au jour une exceptionnelle stratigraphie intacte. Celle-ci, de plusieurs mètres de haut et de quelques mètres de large révèle de puissants niveaux mais aussi de simples petits placages accolés à la paroi ancienne. Certaines couches de sables et de galets ont été mises en place par l’Arize, tandis que d’autres, très riches en vestiges lithiques et osseux, sont l’œuvre des hommes du Paléolithique supérieur. Le mobilier exhumé est actuellement en cours d’étude et les niveaux archéologiques feront prochainement l’objet de datation carbone 14.

L’Inrap. Avec plus de 2 000 collaborateurs et chercheurs, l’Inrap est la plus importante structure de recherche archéologique française et l’une des toutes premières en Europe. Institut national de recherche, il réalise la majorité des diagnostics archéologiques et des fouilles en partenariat avec les aménageurs privés et publics : soit près de 2 000 chantiers par an, en France métropolitaine et dans les Dom. Ses missions s’étendent à l’exploitation scientifique des résultats et à la diffusion de la connaissance archéologique au public.