Monsieur François BAROIN
Ancien Ministre
Président de l’association des Maires de France
et des Présidents d’intercommunalité
Sénateur de l’Aube
Maire de Troyes
41, quai d’Orsay
75343 PARIS Cedex 07

Paris, le 30 juillet 2015

Monsieur le Ministre,

Vous avez bien voulu m’écrire pour m’exprimer tout l’attachement des communes à la culture, à son rôle essentiel à l’unité de notre pays, ainsi qu’à l’attractivité des territoires qui le composent, et je vous en remercie.

Je suis heureuse de vos propos, car je sais combien les communes sont engagées depuis de nombreuses années en faveur du développement culturel, aux côtés de l’État, avec le concours des autres collectivités territoriales.

Je n’ignore ni leur volonté, ni leurs efforts, et je veux très sincèrement les saluer.

Je n’ignore pas non plus les contraintes budgétaires des communes : ce sont aussi celles de l’État. L’effort de redressement des comptes publics, nécessaire au retour à l’équilibre et à la croissance, nous le partageons en effet. Entre 2015 et 2017, il s’élève à 50Mds€. Tous les organismes sociaux et les administrations publiques y participent. C’est à 11Mds€ que s’élève la contribution des collectivités territoriales dans leur ensemble, et non 28Mds€ pour le seul bloc communal, comme vous l’évoquez pourtant dans votre courrier.

Cette clarification apportée, je n’ignore donc rien de l’ampleur de ces efforts. Et il ne me viendrait par conséquent jamais à l’esprit, pour vous citer, de « remettre en cause le rôle essentiel des élus locaux en matière de politique culturelle » : c’est précisément parce que je connais ce rôle, que je sais combien il est précieux, que je me fais le relais de ce que je constate et de ce que j’entends.

Je constate que de nombreux exécutifs locaux réduisent leurs aides aux associations culturelles, aux acteurs culturels, aux projets culturels. Ils le font trop souvent de manière abrupte, sans concertation ni explication. Je constate que les motifs de ces décisions relèvent souvent de choix et d’orientation des politiques publiques locales, qui privilégient d’autres domaines d’intervention, et non pas en raison de contraintes budgétaires insurmontables.

J’entends la crainte exprimée par les professionnels de la culture et par nos concitoyens. Les nombreux courriers et les exemples qui me sont adressés font état d’un mouvement de la part de certaines communes et de certains nouveaux exécutifs départementaux, qui pourrait conduire à un affaiblissement du plus extraordinaire réseau de services et d’équipements publics culturels, dont aucun autre pays n’est doté en Europe. J’entends que notre modèle culturel, né d’un long et intelligent partenariat entre l’État et les collectivités territoriales, pourrait être mis en danger par des choix politiques.

Comment ne pas s’en émouvoir, ni s’en inquiéter ?

Des choix politiques, le Gouvernement en fait aussi. Mais il les a faits différemment.

Il a fait le choix de la culture en préservant le budget que l’État lui consacre, dès la loi de finances de 2015. Il l’augmentera en 2016.

Il a fait le choix de la culture en portant un projet de loi qui reconnaît en particulier la liberté de création et de programmation, vise à redéfinir les relations entre l’État et les collectivités, renouvelle et modernise nos outils de politique patrimoniale, et introduit la reconnaissance de l’architecture. Ce projet de loi, j’aurais l’honneur de le présenter au Parlement à la rentrée.

Oui, Monsieur le Ministre, la culture est un choix politique.

Permettez-moi d’ailleurs de saluer et de remercier par votre intermédiaire toutes les communes qui se sont engagées à mes côtés à préserver la culture.

Elles sont nombreuses, ces communes qui font le choix de la culture, face aux difficultés économiques et sociales que nous traversons. Elles sont nombreuses, ces communes qui font le choix de la culture, face à la crise d’identité et aux fractures de notre société, pour apporter une réponse forte et déterminée qui consolide le pacte républicain et renforce le vivre ensemble.

Permettez-moi enfin d’encourager toutes les communes volontaires à nouer avec mon ministère des pactes culturels : l’État est prêt à les soutenir et à les accompagner dans la mise en œuvre de leur politique culturelle, comme il l’a déjà montré.

Soyez assuré que tout le réseau des directions régionales des affaires culturelles est à leur disposition et à leur écoute pour construire, ensemble, une politique culturelle au service de nos concitoyens et de l’avenir de la France.

Je vous prie d'agréer, Monsieur le Ministre, l'expression de ma considération distinguée.

Fleur PELLERIN