Pour tous ceux qui aimaient ses livres, la perte de Christian Bobin est comme celle d’un ami dont on pouvait relire inlassablement les textes ciselés, à la manière d’un bréviaire pour nous aider à traverser la vie.

Natif du Creusot auquel il est resté fidèle – depuis la culture ouvrière jusqu’au goût des forêts qui l’entourent – Christian Bobin a trouvé dès l’enfance refuge auprès des livres. Il y aura Claudel, Kafka, Ramuz, Beckett, Ponge, Apollinaire et Gustave Roud auxquels il consacrera plus tard les rêveries d’un Livre inutile en 1992 ; mais aussi les philosophes, qu’il étudie avec passion, avant de se lancer pleinement dans l’écriture.

A 26 ans il publie son premier ouvrage, la Lettre pourpre, et choisit dès les années 1980 la prose et les formes courtes pour déployer une écriture empreinte de poésie et de spiritualité.

« Petites boîtes à musique remplies d’encre », les livres de Christian Bobin décrivaient et décryptaient pour nous d’une manière presque ascétique, intériorisée, les troubles dans nos existences. Il savait élucider la joie simple cristallisée par Une petite robe de fête, trouver le jaillissement d’une rivière derrière la sonate pour violon et piano décrite dans Mozart et la pluie, mais aussi nous accompagner face au désarroi du deuil avec La plus que vive.

Profondément marqué par la foi, il reçoit en 1993 le Prix des Deux Magots et le Grand prix catholique de littérature pour Le Très-Bas, immense succès auprès des lecteurs et de la critique, qui évoque à travers l’image de Saint François-d’Assise sa vision du divin, au plus près des gens et proche des choses. Ses écrits et réflexions y resteront toujours fidèles.

Être de poésie, solitaire généreux, Christian Bobin nous a offert pendant près de cinquante ans dans ses livres une exploration de thèmes que nous avons tous en partage : le deuil, la sensibilité à la nature, le passage du temps, l’intimité et, toujours, le besoin de recueillement. Lauréat du Prix d’Académie de l’Académie française en 2016, Christian Bobin a su nous apaiser par un éloge de la lenteur, révélateur de la beauté du monde.

Dans Un bruit de balançoire, il écrivait en 2017 à propos des livres qu’il aimait tant :

« J’ai frappé aux portes du silence, de la musique, et même de la mort, mais personne n’a ouvert. Alors j’ai cessé de demander. J’ai aimé les livres pour ce qu’ils étaient, des blocs de paix, des respirations si lentes qu’on les entend à peine. »

Si sa disparition laisse un vide immense, ses livres continueront à nous offrir les plus belles et les plus profondes respirations, celles qui donnent la force de vivre.

J’adresse à sa famille et à ses proches mes plus sincères condoléances.