Pour la promotion 2022 du programme Maîtres d'art - Élèves, huit binômes ont été choisis pour suivre un accompagnement sur-mesure pendant trois ans. Une manière de reconnaître, protéger et valoriser des savoir-faire rares.

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C’est un dispositif de transmission unique en Europe, destiné à faire perdurer des savoir-faire qui ne sont plus pratiqués que dans quelques ateliers. Le programme Maîtres d’art – Élèves lance sa promotion 2022 avec huit nouveaux binômes. Pendant trois ans, ce couple va bénéficier d’un accompagnement sur-mesure pour d’un côté assurer la transmission des techniques et connaissances et de l’autre aider l’Élève à mettre en œuvre son projet professionnel.

Ce titre officiel de Maître d’art, créé en 1994 par le ministère de la Culture, a été décerné depuis à 149 professionnels possédant un savoir-faire remarquable et rare. Une fois nommé, chaque Maître d’art a pour mission de transmettre ce savoir-faire à l’Élève avec lequel il a été sélectionné.

Ces huit binômes ont été choisis par un jury à la suite d’une procédure organisée par l’Institut national des métiers d’art (INMA), qui pilote le programme. Explications avec Chloé Battistolo, chef de projet du programme Maîtres d’art-Élèves à l'INMA.

Depuis presque trente ans, 149 Maîtres d’art ont été nommés dans plus de cent spécialités différentes. Quel est l’objectif de ce titre, décerné à vie par le ministère de la Culture ?

Ce titre de Maître d’art a pour objectif principal la pérennisation des métiers par la transmission du savoir. Il a été créé en 1994 par le ministère de la Culture et est piloté par l’Institut national des métiers d’art depuis 2012. Il permet de distinguer la détention d’un savoir-faire ou d’une technique rare qui disposent d'une offre de formation mais le faible flux de personnes à former chaque année met en péril le maintien de cette offre. Pour d’autres métiers, il n’existe pas de filière de formation initiale, soit parce qu’elle n’a jamais existé, soit parce qu’elle a disparu compte tenu des petits flux annuels d’Élèves formés.

La rareté d’un savoir-faire peut également être lié à l’appauvrissement des ressources ou la réglementation de ces matières. Elle peut même être spécifique sur un territoire donné où le développement économique du secteur lié à ce savoir-faire est en difficulté soit à cause d’un nombre trop peu important d’entreprises, soit en raison du manque de structuration de ces entreprises qui ne peuvent vivre durablement de leur activité.

Mais plus qu’une reconnaissance individuelle, il est également la valorisation d’un exercice de transmission sereine entre deux individus. Les Maîtres d’art possèdent en effet un savoir-faire technique et des connaissances dont la parfaite maîtrise leur permet d’accéder à des chantiers hors normes. Ce sont surtout des individus qui désirent transmettre à leur Élève ce qu’ils ont bien souvent mis une vie entière à acquérir.

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Comment ont été choisis les huit binômes Maîtres d’art-Élèves ?

Les dossiers mettent près d’un an à être instruits. Nous demandons au Maître d’art d’être encore en activité et de pouvoir témoigner de plusieurs années d’expérience professionnelle. Il devra, dans sa candidature, décrire sa technique et son atelier. Le projet de transmission est co-construit entre le candidat Maître d’art et le candidat Élève à qui on va lui demander de l’expérience et des diplômes qui ne sont pas nécessairement dans la spécialité du Maître d’art puisque généralement il vient chercher une spécificité auprès de ce professionnel.

Nous avons également un regard particulier sur l’activité économique de l’atelier du Maître et de l’Élève ou de la structure tierce qui accueille la transmission puisqu’on peut avoir des binômes indépendants ou salariés d’une manufacture par exemple. On demande la preuve que la candidature est bâtie sur une activité professionnelle qui fonctionne.

Enfin notre sélection respecte la parité parfaite entre Maîtres d’art et une représentativité des territoires. Cette année, cinq régions sont représentées dans six domaines de métiers d’art. Cette représentativité est nécessaire pour nourrir le réseau et créer une émulsion.

D’où l’importance des anciens Élèves et Maîtres d’art dans ce dispositif…

Une fois passés la nomination et le parcours de transmission, nous mobilisons effectivement assez fréquemment le réseau Maître d’art pour l’accompagnement des promotions en cours et nous restons en lien avec les promotions précédentes. Ce programme est globalement un tremplin pour les Élèves puisqu’on leur donne accès à une reconnaissance et à un accompagnement privilégié. Le programme n’a pas toujours fonctionné comme ça, le changement de méthode a été rendu possible grâce à la confiance du ministère de la Culture et au soutien de la Fondation Bettencourt Schueller

Pour certains métiers, il faut des décennies pour faire une main !

Ce programme dure trois ans. La durée nécessaire pour que la transmission soit effective ?

Trois ans, c’est une période beaucoup trop courte pour être le terrain d’une transmission pleine et entière : pour certains métiers, il faut des décennies pour faire une main ! Mais cette durée permet de prévoir une accélération du projet professionnel de l’Élève et de demander au binôme de passer plus de temps hors contexte de production pour s’atteler à deux à une organisation spécifique. Ces trois ans représentent le minimum nécessaire à la création d’un espace-temps privilégié hors et dans l’atelier. Il faut que le Maître d’art et l’Élève mènent une réflexion sur la meilleure approche à adopter pour que ces trois années au sein du programme soient les mieux utilisées possible.

La transmission ne commence ni ne s’arrête à l’entrée et à la sortie du parcours puisque les binômes ont déposé une candidature commune et se connaissent d’avant le dispositif par des collaborations ou par fréquentation. Nous veillons à cette antériorité et à ce qu’il n’y ait pas de découverte.

Pendant ce programme, comment se matérialise l’accompagnement de l’INMA ?

L’INMA aplanit les obstacles qui pourraient se dresser sur le parcours de l’Élève. Lors du dépôt de candidature, nous leur demandons de mettre au point un projet et une organisation de transmission. Le binôme va mettre à plat pendant l’année les techniques et les connaissances qu’ils ont prévu de se transmettre avec des projets associés. C’est donc une expression théorique qui se traduit toujours par de la pratique grâce à des supports que sont les commandes. Hors atelier, il y a également des rencontres professionnelles, un voyage d’études et un projet de recherche particulier qui vient servir le projet professionnel de l’Élève.

La transmission est dispensée par le Maître d’art dans son atelier. L’INMA reçoit les programmes pédagogiques co-construits et mène des échanges très fréquents –hebdomadaires ou mensuels – avec les binômes pour savoir où ils en sont. Il s’occupe également de la mise en lien avec le réseau de Maîtres d’art et des professionnels des métiers d’art et du patrimoine vivant. Il va également venir donner des conseils sur la gestion administrative et budgétaire pour que l’accompagnement concerne à la fois la pratique du métier et le développement économique afin de les aider du mieux possible. Il met à la disposition des Elèves toutes les ressources nécessaires à la réussite de leurs projets professionnels.

Enfin, une allocation est versée par l’INMA à l’atelier du Maître d’art pour défrayer la matière et le temps passé à la formation. À noter que l’INMA n’est pas un organisme de formation et que ce parcours Maître d’art - Élève n’est pas certifiant. Nous accompagnons des professionnels qui ont un projet qui inclut une transmission de savoir-faire sans critère d’âge mais on ne peut pas remplacer une formation initiale qui existe par ailleurs.

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Sur quoi mettez-vous l’accent lors de ce programme ?

Les ambitions de l’INMA sont de valoriser des savoir-faire rares, d’assurer le passage serein de savoirs confidentiels et de techniques pointues d’un individu à un autre et d’aider de nouvelles identités professionnelles et créatives à se développer. On va chercher à voir dans un projet professionnel la réflexion autour des enjeux futurs de la pratique. Pendant trois ans, notre attention est vraiment tournée vers l’Élève avec une vision globale du parcours pour l’aider à fixer les priorités. Nous avons toujours la pérennité du savoir-faire en ligne de mire mais nous n’accompagnons pas uniquement des reprises d’entreprise : nous participons aussi à une réorientation de l’activité ou au développement de l’activité avec de nouveaux moyens en termes de compétences ou de matériel.

Ensuite nous insistons sur la transmission pleine, effective et sereine d’un Maître, prêt à donner sa connaissance et sa technique traditionnelle pour accompagner un projet professionnel qui n’est pas le sien, vers l’Élève. Cette relation n’est pas hiérarchique car le binôme se nourrit l’un de l’autre : l’Élève vient chercher le détail, la culture métier auprès de son Maître tandis que le Maître vient accompagner son Élève et accepte de remettre en jeu certaines connaissances dont il dispose pour réfléchir sur le développement de sa pratique. Les objectifs du programme sont totalement atteints lorsque les Élèves s’emparent des savoir-faire acquis pour définir leur propre trajectoire professionnelle.

Quel est le rôle du ministère de la Culture dans ce dispositif ?

Le titre de Maître d’art est ministériel donc il y a toujours un regard du ministère de la Culture : celui-ci mène avec l’INMA l’organisation de la sélection, la construction du jury et fait paraître au Journal Officiel la liste des nommés. La convention est signée entre l’INMA et le professionnel mais le projet pédagogique de chaque binôme est toujours communiqué au ministère qui valide à la fin de chaque année sa reconduction à l’année suivante.

Huit binômes pour la promotion 2022

Mardi 24 janvier, les huit nouveaux duos Maîtres d’art - Élèves ont été dévoilés lors de la cérémonie officielle de remise des titres qui marque l’intégration au programme pour trois années, depuis le 1er janvier 2023. Ces couples ont été choisis par le Jury « Maîtres d’art » 2022 en respectant une logique de parité entre Maîtres d’art, de répartition géographique et de représentativité des métiers.

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La promotion 2022 est composée de :

  • Philippe Atienza, bottier main et son Élève Laura Puntillo
  • Anne Barkhausen, peintre en décor, et son Élève Charlotte Jean-Louis
  • Rémy Desmonts, charpentier-menuisier, et son Élève Lou Karoui
  • Bertrand Dupré, imprimeur-graveur en taille-douce, et son Élève Lucile Vanstaevel
  • Séverina Lartigue, parurière florale, et son Élève Martin Préault
  • Marie-Hélène Soyer, émailleuse sur métaux, et son Élève Émilie Thibault
  • Sébastien Tessier, formier - chapelier, et son Élève Yann Marchand
  • Sika Viagbo, mosaïste - décoration d’intérieur, et son Élève Alix Tramba-Rivat