Construites en 1927, les halles du Boulingrin de Reims constituent un exploit technique dans le domaine des coques minces en béton armé . Salué dès l'origine comme un chef d’œuvre moderniste, le projet de l'architecte Émile Maigrot fait la part belle à l’utilisation du béton et traduit la mise en volume la plus simple et la plus claire d'un programme de marché couvert sur le principe d’un vaste vaisseau longitudinal avec des bas-côtés formant deux niveaux de galeries.

Initiée au lendemain de la guerre de 1914-1918, la construction de nouvelles halles centrales sur l’emplacement du Boulingrin à Reims est prévue dans le plan de reconstruction du major B .Ford. Emile Maigrot, architecte, est désigné comme lauréat du concours d’architecture le 4 mai 1923.

La paternité de la prouesse technique revient, quant à elle, à l’ingénieur Eugène Freyssinet, employé de l’entreprise Limousin, pour laquelle il développe des brevets notamment sur les coques minces en béton armé.

Les nombreux plans de coffrage, de ferraillage et de détails de mise en oeuvre, ainsi que les notes de calcul conservées aux archives de l’Institut Français d’Architecture (IFA), montrent le très haut degré de technicité développé dans la mise au point de ce projet et l’usage des coffrages filants qui ont permis une telle prouesse. Le chantier démarré au début de l’année 1927 s’achèvera pour une ouverture au public en octobre 1929.

Dès le début de la construction, la halle sera détournée de sa focntion d'origine de marché couvert pour servir également de lieu de rassemblement et de réunion. Dès lors « les halles centrales » deviennent le cœur économique et social du quartier du Boulingrin.

Les bombardements de la seconde guerre mondiale n’affecteront pas la structure, mais les vitres d’origine en verre armé seront détruites et remplacées par de nouveaux vitrages. En 1957, alertée par la chute de morceaux de béton et par l’état visuel de la sous-face de la voûte, la ville demandera une expertise à Eugène Freyssinet qui conclura au vieillissement prématuré des bétons du fait de la condensation due à un défaut de ventilation de l’intrados. Un filet de protection est posé en 1959. Soucieuse de l’évolution des désordres apparents, la ville de Reims commandera plusieurs études sur la structure qui mettront en évidence le paradoxe d'un état de résistance satisfaisant pour une dégradation des bétons importante due au processus de carbonatation.

Le bâtiment sera définitivement fermé au public le 29 août 1988. Menacé de destruction, le classement au titre des monuments historiques permet de sauver l'édifice, le classement est rendu effectif par décret le 9 janvier 1990. Sous l’impulsion de la ville de Reims, de 2006 à 2012, la rénovation des halles est relancée et s’inscrit dans un projet global de redynamisation du quartier. Les études de conception et de restauration des halles sont confiées à François Chatillon, architecte en chef des Monuments Historiques.

Les études de restauration ont été réalisées sous la maîtrise d'ouvrage de la direction régionale des affaires culturelle de Champagne Ardennes (DRAC), la maîtrise d'ouvrage du chantier a été effectuée par la ville de REIMS.