Malgré le contexte sanitaire, deux événements ont pu se tenir au début du mois d’octobre 2020 qui ont permis à leurs secteurs respectifs de réfléchir collectivement à diverses problématiques, et notamment à la question de l’égalité entre les femmes et les hommes.

Dans les festivals

Les Etats généraux des festivals (www) se sont tenus les 2 et 3 octobre à Avignon. L’objectif principal de cet évènement était d’apporter des réponses aux problèmes liés à la crise sanitaire à travers la réinvention du modèle des festivals et la recherche de pistes d’évolution durable pour ces secteurs. 1200 personnes ont suivi l’évènement dont 400 personnes présentes à Avignon.

La ministre de la Culture a demandé la tenue, au sein de cet événement, d’un atelier dédié à l’égalité femmes/hommes et à la parité dans les festivals. Joëlle Farchy, professeure à Paris I, y a présenté son enquête sur la programmation des festivals et a mis en lumière la nécessité d’intégrer la variable de l’égalité aux réflexions actuelles : « Puisqu’il faut réinventer les festivals, autant les réinventer avec un peu plus de diversité ».

L’atelier a permis d’établir des constats sur la place des femmes dans les festivals, le principal étant que les projets les plus créatifs sont souvent portés par des femmes. Il a également permis de proposer des outils, comme les quotas, pour agir en matière d’égalité.

Enfin, durant cet atelier, les participants et les participantes ont pu partager une série de bonnes pratiques :

  • constituer des équipes de programmation à l'image de la programmation que l'on souhaite proposer, car on ne regarde pas les œuvres de la même manière selon qui l'on est et d'où l'on parle ;
  • demander en amont que la parité et l’égalité soient respectées dans tous les projets portés devant les professionnel·le·s ;
  • s’inspirer de la pratique des pays voisins pour promouvoir les diversités sociologiques et ethniques, comme celle des directeurs de casting anglais…

Dans la littérature jeunesse

Les États généraux de l’égalité de la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse (www) se sont déroulés le 5 octobre 2020 à la Bibliothèque publique d’information du Centre Pompidou. 

Au cours de cette journée où toute la chaîne du livre était représentée, des réflexions ont été menées à la fois sur les raisons des inégalités constatées (-26 % de revenus pour les autrices affiliées à l'AGESSA, et -22 % pour les autrices de la MDA par rapport à leurs homologues masculins) et sur les moyens dont disposent des autrices et illustratrices jeunesse pour combattre les inégalités de traitement, de rémunération et de visibilité.

La matinée a été consacrée aux constats en permettant de « parler métier ». Les autrices ont témoigné sur les mécanismes inégalitaires qu'elles observent dans l'exercice de leur métier, et à la façon dont elles les contournent ou tentent de les contrer. L'égalité y est apparue comme une nécessité à la fois économique et écologique, très liée aux conditions de production du livre.

Les artistes-auteur·rice·s présent·e·s ont témoigné de leur besoin de temps pour créer des œuvres personnelles de qualité. Ils et elles ont rappelé leur besoin de conditions de travail respectueuses de leurs contraintes personnelles.

L'après-midi a été réservée à l'exploration de solutions et d'outils concrets. Ont ainsi été présentés deux outils très différents, mais appropriables par l'ensemble des acteurs et actrices de la chaîne du livre :

- La budgétisation sensible au genre permet d'analyser la dévolution de crédits par genre au sein des organismes (achats d'ouvrages en bibliothèque, dépense de communication en maison d'édition, fonds des libraires, etc.), en misant sur le fait qu'à chaque fois que l'égalité demeure impensée dans l’exécution ou la programmation d'une dépense, celle ci a tous les risques de reproduire les inégalités. La présentation était proposée par Isabelle Gueguen, co-dirigeante de la SCOP Perfegal.

- Les ateliers d’autodéfense verbale et émotionnelle, présentés par Anne Morel Van-Hyfte (www) sont des formations qui permettent à chacun·e de déconstruire les stéréotypes intégrés, qui agissent contre l'intérêt de celui ou celle qui les porte. Ces stéréotypes agissent notamment dans des phases de négociation financière des contrats, de défense de son œuvre, ou de présentation de son travail en public. Selon Anne Morel Van-Hyfte, la valeur de l’œuvre n'entre que pour 20 % dans la négociation commerciale qui y est attachée. La Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse recherchera des financements pour proposer cet outil à ses adhérent·e·s.

Des portraits vidéos d’autrices jeunesses (www) ont été réalisés et largement diffusés en amont de cette journée. Cette série de 5 vidéos aux thématiques différents, montre la diversité et la richesse des points de vue des autrices et illustratrices jeunesse.