Construire l’Europe de la culture, c’est l’ambitieux horizon que poursuivent plusieurs initiatives emblématiques conçues par l’Union européenne. A l’occasion du second volet de notre série sur la place de la culture dans l’Europe d’aujourd’hui, retour sur trois d’entre elles (2/3).

Jacques Delors observait, il y a quelques années, que l’« on ne tombe pas amoureux d’un marché unique. » On peut en revanche s’attacher à de grands projets culturels, propres à renforcer chez tous les Européens le sentiment d’appartenir, par-delà leurs différences, à une même culture, d’être les acteurs d’une même histoire, de partager un même destin. C’est précisément ce vers quoi tendent trois initiatives originales dans le secteur culturel.

Les grands projets culturels sont propres à renforcer chez tous les Européens le sentiment d’appartenir, par-delà leurs différences, à une même culture

Dynamisme des Capitales européennes de la culture

En 1985, l’actrice Melina Mercouri, alors ministre grecque de la Culture, lançait l’idée de désigner chaque année « une ville européenne de la culture ». Ce sera chose faite deux ans plus tard avec la désignation d’Athènes, qui inaugure la longue série de ce que l’on appellera, à partir de 1999, les « capitales européennes de la culture ». Selon la Commission européenne, il s’agit de « mettre en valeur la diversité de la richesse culturelle en Europe et les liens qui nous unissent en tant qu'Européens ». Il revient à la ville désignée de promouvoir son patrimoine  et son dynamisme culturel – en un mot, sa créativité – à travers l’organisation de dizaines d’expositions, festivals et autres événements, qui bénéficient d’une forte couverture médiatique grâce à la labellisation européenne.

La capitale européenne de la culture bénéficie de financements européens prélevés sur un programme doté d'environ 1,46 milliard d'euros pour la période 2014-2020, dont environ 30% alloués uniquement au volet Culture. Les cités organisatrices comptent principalement sur les retombées de l’événement positives en termes économiques et d’image de marque. Depuis 2009, deux villes en Europe au moins se partagent le label. Quatre villes françaises ont déjà reçu le titre de capitale européenne de la culture : Paris en 1989, Avignon en 2000, Lille en 2004, et Marseille en 2013. En 2028, une ville française sera à nouveau à l'honneur. En 2017, les deux Capitales européennes de la culture sont les villes d'Aarhus (Danemark) et de Paphos (Chypre).

Simon Frisius: l'entrée du Christ à Jérusalem.

Richesse du portail numérique du patrimoine européen

Cofinancée par l’Union européenne, cette base de données, qui a été lancée en 2005 par le président de la République française et cinq autres chefs d'État et de gouvernement européens, répond à un unique objectif : « construire une véritable culture européenne partagée », selon Bruno Racine, ancien directeur de la Bibliothèque nationale de France, partenaire historique du projet. « L’Europe n’est pas la juxtaposition de grandes cultures nationales, mais doit être construite en intégrant les apports de chacun », ajoutait-il en 2014 au quotidien La Croix.

D’une étonnante richesse, Europeana,  à laquelle  contribuent plus de 3300  institutions culturelles  (bibliothèques, archives, musées et fonds audiovisuels) du vieux continent, permet à ce jour de découvrir très exactement 54 165 855 documents numérisés (œuvres d'art, objets, livres, vidéos et sons)  emblématiques du patrimoine historique et culturel de l'Europe. A noter : plusieurs programmes ponctuels ont été développés ces dernières années à partir d’Europeana. Ainsi, entre 2010 et 2012, 1000 manuscrits précieux du Moyen Age et de la Renaissance ont pu être numérisés grâce à la collaboration de cinq bibliothèques importantes. Ces trésors, qui témoignent de l’intense activité culturelle en Europe entre les VIIIe et XVIe siècles, sont aujourd’hui accessibles sur Europeana Regia. 

Toni Erdmann PRIX-LUX2016

Vitalité du cinéma européen avec le prix LUX

Remis depuis 2007 par le Parlement européen, ce prix, qui récompense chaque année un film qui illustre l'universalité des valeurs européennes et la diversité culturelle de notre continent, contribue aussi – on le sait moins – à deux moments clés de la vie d’un film : la distribution et le sous-titrage. Le comité de sélection, composé de 21 professionnels du cinéma établit tout d’abord une liste de 10 films, qui sera ensuite réduite à trois lors du festival de Venise, en septembre. Le sous-titrage dans les 24 langues officielles de l'Union est alors offert aux trois films finalistes. Une opération dont le coût est de 3000 euros par version. Jusqu'à la fin novembre, les trois films sont projetés dans l'ensemble des 28 Etats membres (dans plus de cinquante villes et vingt festivals). Par ailleurs, le film vainqueur sera adapté aux malvoyants et malentendants et recevra également un soutien pour la promotion internationale. En 2016, c’est la co-production allemande, autrichienne et roumaine Toni Erdmann réalisée par Maren Ade qui a remporté le Prix LUX.   

« En 10 ans, a affirmé la présidente de la commission de la culture et de l’éducation au Parlement européen, Silvia Costa, à l’issue de la remise de la dernière édition du prix, le Prix LUX a fait la promotion de 100 films dans les cinémas de toute l’Europe. Il a donné une voix et des yeux à l’histoire européenne. De nombreux réalisateurs indépendants et leurs jeunes auteurs ont ainsi atteint un nouveau public dans d’autres pays grâce au sous-titrage dans les 24 langues officielles de l’UE. Le Prix a encouragé la diversité et la richesse du cinéma européen, ses thèmes, ses sensibilités et ses langues. Miser et investir dans le cinéma européen est une étape clé pour construire la culture européenne dans laquelle nous croyons ».