Alors que le ministère de la Culture et de la Communication rend hommage jusqu’au 12 septembre à Camille Lepage, cette photojournaliste de 26 ans tuée en République centrafricaine alors qu’elle effectuait un reportage, Audrey Azoulay a annoncé le 30 août des mesures concrètes en faveur du photojournalisme.


Photojournalistes, des témoins essentiels

En rendant hommage à Marc Riboud, disparu le 31 août, Audrey Azoulay a souligné que le travail du célèbre photographe illustrait « le rôle irremplaçable des reportages photographiques pour témoigner du monde ». Ce rôle, les photojournalistes l’ont repris à leur compte, en livrant un autre regard sur l’actualité, bien loin des « standards » dus à l’uniformisation de l’information produite par les grands médias. Aujourd’hui, leur vision d’un monde en pleine tourmente est aussi défendue dans de grands festivals internationaux. C’est le cas de Visa pour l’image, principal rendez-vous mondial du photojournalisme qui se tient jusqu’au 11 septembre à Perpignan. Les expositions qu’il présente sont toujours passionnantes : crise des migrants, guerre contre le groupe État islamique, ravages du virus Zika, mais aussi situation des handicapés mentaux en Russie, guerres de l’ivoire en Afrique, derniers nomades d’Iran. Quant au prix Bayeux Calvados des correspondants de guerre, dont le 23eédition va se tenir du 3 au 19 octobre, il s’intéressera cette année au drame des réfugiés en Europe, à une ville colombienne de Nota Roja déchirée par les gangs ou à la reconstruction de Gaza.

Responsabilisation des éditeurs de presse, salaire minimum, respect des droits d'auteur... les mesures du gouvernement en faveur des photojournalistes

Plusieurs mesures en faveur des photojournalistes

C'est ce contexte qu'Audrey Azoulay a choisi pour annoncer le 30 août plusieurs mesures en faveur des photojournalistes. Mesure phare : la responsabilisation des éditeurs de presse bénéficiaires d’aides directes de plus d’1 M € par an dans leurs relations commerciales et sociales avec les photojournalistes. « Cela se traduira par la possibilité d’une suspension des aides à la presse pour les titres ne respectant pas leurs engagements sur les conditions de paiement et d’approvisionnement auprès des photojournalistes et des agences de presse ainsi que sur le respect des droits de propriété intellectuelle des photojournalistes. », a précisé la ministre de la Culture et de la Communication, soulignant que « des conventions-cadre seront signées d’ici la fin de l’année entre les éditeurs de presse et l’État ».

Pour ce qui est du respect du droit d’auteur des photojournalistes, la ministre a annoncé qu’elle allait lancer en octobre une étude sur les mentions accompagnant la publication des photographies. « Les résultats seront établis pour la première fois en fin d’année 2016 et renouvelés ensuite chaque semestre », a-t-elle ajouté.

Autre mesure : la mise en place d’un salaire minimum pour les photojournalistes pigistes. Pour parvenir à un accord collectif des professionnels du secteur « d’ici la fin de l’année », la ministre de la Culture et de la Communication a indiqué qu’un « nouveau projet de texte sera soumis à l’ensemble des partenaires en septembre à l’initiative du ministère ».

Audrey Azoulay a enfin annoncé un renforcement du soutien financier accordé par l’État au photojournalisme, en revalorisant le fonds pour la photographie documentaire du Centre national des arts plastiques (Cnap) et en apportant une contribution au nouveau Centre international du photojournalisme (CIP) qui verra le jour à Perpignan dans les prochains mois.

Disparition : Marc Riboud, un grand témoin de notre temps

Réalisé dans les années 1960, son reportage sur Cuba n’a pas prix une ride. Pour preuve, il était présenté cette année, au moment de sa disparition, le 31 août, au festival Visa pour l’image. « Avec cette exposition, Marc Riboud est toujours vivant », soulignait Jean-François Leroy, le directeur du festival de Perpignan. Auteur de nombreux clichés iconiques – selon, J.F. Leroy, « il était le photographe qui a fait le plus de photos historiques dans sa vie » – il restera, selon Audrey Azoulay, « un grand témoin de notre temps ». Du « Peintre de la Tour Eiffel », photo prise en 1953, à la « La jeune fille à la fleur », cliché pris en octobre 1967 à Washington à l'occasion d'une manifestation contre la guerre du Vietnam, le photographe de l’agence Magnum aura laissé un portrait subtil et sensible de son époque. Il a souhaité confier l’intégralité de son fonds photographique au musée national des arts asiatiques – Guimet, signe d'une passion jamais démentie pour la Chine et le Japon. Le musée Guimet a précisé qu'il lui consacrera une "importante exposition".