Acteur incontournable de la vie du livre depuis 70 ans, le Centre national du livre soutient les auteurs, bien sûr, mais aussi les éditeurs, les librairies, les bibliothèques et les festivals... Au moment où le salon Livre Paris ouvre ses portes au public, Vincent Monadé, son président, revient sur les nouvelles tendances du paysage du livre en France.


Le Centre national du livre fête ses 70 ans, quelles sont les raisons qui ont présidé à sa création en 1946 ?

Comme chacun sait, le contexte de l’époque a été marqué par un grand mouvement de transformation sociale, les femmes ont obtenu le droit de vote, la sécurité sociale a été créée… Dans le domaine de la culture, le Centre national de la cinématographie et la Caisse nationale des lettres ont fait leur apparition la même année. Au départ, le soutien accordé par la Caisse nationale des lettres n’englobait pas toute la chaîne du livre, c’était un soutien spécifique aux auteurs : après 1945, en raison de la censure ou du choix de certains auteurs de suspendre toute activité pendant l’Occupation, beaucoup d’entre eux se sont retrouvés dans des situations sociales d’urgence. La Caisse nationale des lettres a donc d’abord été créée pour leur venir en aide. Puis elle a évolué, son champ d’action s’est élargi, il a progressivement intégré l’aide à l’édition, à la traduction, aux librairies…De même, de nouveaux secteurs ont été soutenus, comme la bande dessinée et la littérature jeunesse. Aujourd’hui, le Centre national du livre soutient tous les acteurs de la chaîne du livre.

Cette approche globale n’est-elle pas plus que jamais pertinente aujourd’hui, Frédéric Martel, dans le rapport qu’il vous a remis, L’écrivain « social » la condition de l’écrivain à l’âge numérique, estime que l’édition va davantage évoluer dans les dix ans à venir qu’elle n’a changé en un siècle ?

Je ne suis pas toujours en accord avec la position de F. Martel, mais il est indéniable que le soutien du CNL est souvent vital pour certains secteurs, je pense en particulier à l’édition dans le domaine de la poésie et du théâtre, ou même à la traduction. Il est également évident que sans l’intervention du CNL, beaucoup moins de livres seraient produits, notamment dans des secteurs plus fragiles économiquement.

Aujourd’hui, le Centre national du livre soutient tous les acteurs de la chaîne du livre

S’il est un acteur fragile, c’est la librairie… Où en est-on dans l’application du plan d’aide au secteur qui a été décidé en 2013 par le ministère de la Culture et de la Communication ?

Ce plan d’aide porté par le ministère de la Culture et de la Communication et mis en œuvre par le CNL porte ses fruits. Certes, la librairie subit la concurrence d’internet – celle d’Amazon, en particulier – mais l’État est intervenu, y compris sur le plan législatif avec la loi sur le non-cumul de la remise de 5% et de la gratuité des frais de port. Depuis la mise en place du plan de sauvegarde et la prise de conscience qui l’a accompagnée, les librairies vont à mon sens beaucoup mieux. Enfin, ce plan nous a permis, même si ce n’était pas sa vocation au départ, de compenser le dépôt de bilan de la chaîne Chapitre et, par voie de conséquence, la disparition potentielle de 57 librairies sur le territoire.

C’est la question cruciale du maillage territorial…

Elle recouvre à mon sens deux dimensions. La première couple les enjeux économiques et de politique publique : une librairie est un commerce, elle doit donc demeurer rentable. Sur ce point, elle est très dépendante de son territoire : si celui-ci est dynamique, crée de l’emploi et se développe, la librairie a de très bonnes chances de s’en sortir. Même chose si elle est placée en centre-ville. C’est beaucoup plus difficile dans les territoires en déshérence. Tout l’enjeu consiste donc à maintenir des points de vente partout où c’est possible. Pour ce faire, nous signons des conventions territoriales avec les régions avec des modes d’intervention spécifiques pour chaque territoire. La seconde concerne spécifiquement la politique de lecture publique et notamment l’animation du réseau des bibliothèques qui diffusent le livre sur l’ensemble du territoire français.

Les bibliothèques ne sont-elles pas à cet égard en meilleure posture ?

Je ne suis pas inquiet pour l’avenir de la librairie, elle se transforme, évolue et ne cesse de mettre la barre toujours plus haut en termes de qualité de service. C’est une nécessité pour que les clients continuent à aller dans des magasins physiques, c’est sur ce point qu’ils font la différence avec Amazon. Pour les médiathèques, la situation est différente. Elles font face elles aussi à certaines difficultés en raison des tensions que connaissent les budgets des collectivités territoriales. Mais la médiathèque est la seule à pouvoir jouer un vrai rôle social, aussi essentiel que vital avec le renforcement – mais aussi la diversification – des politiques d’accès au livre. À ce titre, il est intéressant de noter que, selon une étude dévoilée par le ministère de la Culture et de la Communication, l’offre de prêt de livres numériques en bibliothèque a accéléré son développement en 2015.

Pour Livre Paris, nous avons voulu inscrire cette programmation dans l’histoire en marche avec un module intitulé « Le livre demain »

Que pensez-vous du robot imprimeur installé dans la nouvelle librairie des Presses universitaires de France ?

Je vais le découvrir après le salon Livre Paris. Le Print on demand est un des avenirs du livre. Tel que je l’imagine, je le vois plutôt placé dans la chaîne d’imprimerie classique, il permettra de fournir les libraires de façon très précise et pointue, il n’y aura plus de livres épuisés. J’ai plus de mal à imaginer des clients se déplaçant en librairie uniquement pour y faire imprimer un livre.

Impossible de ne pas parler de Lire en Short, cette opération en faveur du livre pour la jeunesse qui a connu un beau succès lors de sa première édition l’an dernier et qui aura de nouveau lieu cette année.

Avec Lire en short, nous apportons le livre sur le lieu de vacances des enfants et de leurs familles mais aussi aux enfants qui n’ont pas la chance de partir en vacances. On profite d’un moment de disponibilité où parents et enfants ont du temps de loisir ensemble. C’est une démarche originale, dont la deuxième édition va avoir lieu l’été prochain.

Comment avez-vous conçu la programmation qui sera proposée lors du salon Livre Paris ? On note notamment la présence d’auteurs, tels que Pierre Nora, Orhan Pamuk, Christine Angot, ou Joann Sfar...

Des opérations liées aux 70 ans du CNL auront lieu un peu partout tout au long de l’année. Pour Livre Paris, nous avons conçu une programmation de prestige, les auteurs nous ont suivi, nous en sommes particulièrement heureux, c’est le signe d’un réel attachement des professions du livre et des auteurs au CNL. Par ailleurs, nous avons voulu inscrire cette programmation dans l’histoire en marche avec un module intitulé « Le livre demain ».

Le Centre national du Livre présent à Livre Paris

À Livre Paris, du 17 au 20 mars, le Centre national du livre et France Culture proposent le cycle « L’Acte d’écrire », un tête-à-tête exceptionnel d’une heure avec une figure majeure de l’écritureen clôture de chacune des quatre journées du Salon, sur le stand du CNL (L69 – Amphithéâtre Sophie Barluet). Ces rencontres seront ensuite mises en ligne sur le site www.franceculture.fr, quelques jours après le Salon.

Jeudi 17 mars à 20h

Entretien avec Dany Laferrière, animé par Manou Farine (France Culture).

Vendredi 18 mars à 18h : Entretien avecPierre Nora, de l’Académie française, animé par Alexis Lacroix (Marianne).

Samedi 19 mars à 18h : Entretien avec Christine Angot, animé par Sandrine Treiner (France Culture).

Dimanche 20 mars à 16h30 : Entretien avec Joann Sfar, animé par Mathilde Serrel (France Culture).

Dimanche 20 mars à 17h30 : Entretien avec Orhan Pamuk, Prix Nobel de littérature, animé par Sylvain Bourmeau (France Culture).

Tout le programme du CNL à Livre Paris