Le 22 octobre, débute à Paris la Foire internationale d’art contemporain (FIAC), l’un des rendez-vous artistiques les plus prisés au monde. L’occasion de revenir sur un thème très présent dans tous les débats : la liberté de création.

Création. « La création artistique est libre » : Fleur Pellerin a réuni dans l’article premier de son projet de loi sur la liberté de création, deux mots qu’on croyait faits pour s’entendre, voire pour aller de soi. À l’évidence, il n’en est rien, comme l’indiquent les détériorations récurrentes d’œuvres d’art, dont les médias se sont largement fait l’écho : du Dirty Corner d’Anish Kapoor, installé dans le domaine de Versailles à Tree, le plug anal érigé par Paul Mc Carthy place Vendôme, à Paris, pour ne citer que les plus emblématiques, il n’est pas une semaine sans que la liberté de création ne soit mise à mal.

« Nous avons voulu que ce principe général celui de la liberté de création  ait force de loi, comme la liberté d’expression, la liberté de conscience ou la liberté de la presse » (Fleur Pellerin)

Liberté. L’importance de ce texte, adopté le 6 octobre par l'Assemblée nationale en première lecture, ne réside pas seulement dans sa dimension « réactive ». L’article premier du projet de loi témoigne surtout de la volonté du gouvernement de graver dans le marbre une nouvelle liberté fondamentale. « Avec ce projet de loi, il s’agissait d’inscrire dans la loi une nouvelle liberté : la liberté de création. Nous avons voulu que ce principe général ait force de loi, comme la liberté d’expression, la liberté de conscience ou la liberté de la presse. Ils sont rares, ces moments où la représentation nationale a l’occasion d’inscrire dans la loi de nouvelles libertés», s'est félicitée Fleur Pellerin devant les députés.

Émergence. Fleur Pellerin en est bien consciente : « il ne suffit pas de décréter une nouvelle loi, il faut aussi la rendre possible ». Et comment rendre possible la vitalité de la création si ce n’est en mettant en place des structures favorables à l’émergence d’une nouvelle génération d’artistes ? Dans ce but, la ministre a réuni, entre avril et juin 2015, des Assises de la jeune création destinées à dresser un large état des lieux de la situation des jeunes artistes. Il en est ressorti un ensemble de préconisations qui portent sur la formation, les conditions de travail ou l’innovation. Le 17 octobre, l’une d’entre elles a trouvé une première concrétisation : adossée aux établissements de l’enseignement supérieur culture, elle porte sur la professionnalisation des jeunes créateurs.

« La FIAC s'adresse à beaucoup de publics différents. C'est très important qu'elle ne soit pas quelque chose pour des privilégiés, des personnes qui ont accès à l'art par leur culture, leur éducation, leurs moyens financiers » (Jennifer Flay)

Initiatives. Aujourd’hui, les jeunes artistes sont – quoique, sans doute, pas assez – présents sur la scène de la création. Avec le soutien de l’État, le Centre national des arts plastiques poursuit une passionnante politique de commande publique, dont les jeunes créateurs sont souvent les bénéficiaires. Un exemple : jeune designer graphique, Sandrine Nugue a réalisé en avril 2015 un nouveau caractère typographique, L’Infini. Grâce à l’accueil dont a bénéficié cette commande, elle poursuit aujourd’hui son travail dans plusieurs directions, notamment en Croatie. Autre initiative : celle de la FIAC, qui consacre cette année un espace autonome situé à la Cité de la mode et du design, à Paris, aux galeries défendant la jeune création. « Officielle c’est son nom – sera essentiellement dédiée aux galeries qui montrent de jeunes artistes. À l’avenir, mon souhait est de créer un site dont les jeunes galeries seraient le centre », explique, au Quotidien de l’art, Jennifer Flay,la directrice de la FIAC.

Propositions. Alors que FIAC ouvre ses portes le 22 octobre, la France accueille avec toujours le même intérêt passionné les créateurs de la scène internationale. Cet automne, la Bibliothèque nationale de France présente une exposition sur les livres du grand artiste allemand Anselm Kiefer, le Palais de Tokyo célèbre le poète pop John Giorno, tandis que le Centre Pompidou s’intéresse à la Française Dominique Gonzales-Foerster. Au rang des poids lourds du XXe siècle, le musée d’Art moderne de la Ville de Paris célèbre Warhol, tandis que le Grand Palais et le Musée Picasso rendent un hommage éclatant à Picasso. « Cette année, souligne Jennifer Flay, nous avons fédéré [pour le public de la FIAC], avec le programme Musées en Seine, les propositions artistiques d’une vingtaine d’institutions situées le long du fleuve. C’est une autre façon d’envisager le Paris culturel ».


Médiation. Si la FIAC est l’un des grands rendez-vous du marché de l’art, elle est loin d’être un lieu « fermé » aux amateurs et aux curieux. Au contraire. « Elle s'adresse à beaucoup de publics différents, déclare Jennifer Flay à l’AFP. C'est très important qu'elle ne soit pas quelque chose qui relève de l'entre-soi, pour des privilégiés, des personnes qui ont accès à l'art par leur culture, leur éducation, leurs moyens financiers ». Dans le même esprit de démocratisation culturelle, l’École du Louvre va renouveler – et amplifier – son initiative en faveur de la médiation de l’art contemporain qui avait été saluée, l'an dernier, par Fleur Pellerin. « Du Jardin des Plantes à la Maison de la Radio, une centaine d’étudiants seront mobilisés devant les sculptures de la FIAC hors-les-murs pour partager leur expérience, détaille Ludovic Raffalli, chargé des actions de médiation à l’École du Louvre. Conçue comme un exercice pédagogique grandeur nature, cette opération est encadrée dès le départ par des enseignants spécialistes d'art contemporain, nos équipes pédagogiques et celles de la FIAC ».

Fleur Pellerin : « Le musée Picasso a toujours su se réinventer »

« Faire en sorte que personne ne se sente illégitime dans un lieu de culture, c’est l’une de mes priorités, et je sais qu’elle est ici partagée ». En effet, le musée Picasso met tout en œuvre pour que les propos de Fleur Pellerin deviennent réalité : projets d’éducation artistique (« depuis un an, les collections du musée sont réservées chaque matin aux enfants ») et projets destinés à renforcer l’accès aux collections (« pour que l’art soit accessible à tous, il faut donner plus d’intensité encore au hors-les-murs, pour qu’il n’existe aucun territoire qui en soit éloigné »). Le 19 octobre, lors du trentième anniversaire du musée Picasso, la ministre de la Culture et de la Communication a également insisté sur une actualité riche en événements. Outre l’exposition emblématique de l’hôtel Salé retraçant la carrière du maître catalan, le musée a multiplié les collaborations en France (pour Picasso.mania au Grand Palais, mais aussi au Louvre, au Musée Delacroix et aux Abattoirs de Toulouse) et à l’étranger (pour l’exposition que consacre le MoMA, à New York, à Picasso sculpteur). « Le musée Picasso a parfois connu des moments difficiles, a conclu Fleur Pellerin. Mais il a toujours su se réinventer, se déployer, explorer de nouvelles frontières, pour mieux faire connaître au monde l’œuvre exceptionnelle qu’il abrite, et pour la rendre accessible à tous ».