Élément incontournable de notre vie culturelle, le réseau de l'enseignement supérieur culture, qui forme chaque année plus de 37 000 étudiants dans une centaine d'établissements, constitue une richesse qui irrigue l'ensemble du territoire. Pour cette rentrée universitaire, nous mettons l'accent sur trois écoles emblématiques en région. Deuxième volet de notre série : le Conservatoire national supérieur musique et danse de Lyon (2/3).

L’ouverture, en 1979, du Conservatoire national supérieur musique et danse de Lyon, repose sur un projet fondateur : former, par un enseignement ouvert, des musiciens à part entière, dépassant le statut de techniciens virtuoses. Un engagement que l’établissement continue de tenir aujourd’hui en mettant ses ressources au service de parcours artistiques singuliers. Fort de son attractivité et de sa renommée internationale, il propose une offre de formation en évolution, à même de donner à ses jeunes artistes les outils nécessaires pour composer leur futur de manière ouverte et informée. Rencontre avec Géry Moutier, directeur du CNSMD.

Sous quels auspices se présente cette rentrée ?

La rentrée 2017 bouillonne de créativité et d’engagement. Une nouvelle promotion de jeunes artistes et de nouveaux professeurs, grandes figures du chant, du piano, de la danse ou de la composition se sont retrouvés lors de notre « semaine d’intégration ». La réussite des étudiants du CNSMD de Lyon - qui se manifeste par le biais projets artistiques, de concours internationaux ou encore d’insertions d’orchestres et de compagnies - renforce notre attractivité. S’agissant des innovations, cette année marque la fin de l’étanchéité entre notre formation artistique et notre formation à l’enseignement, une absurdité qui a longtemps découragé les vocations. De nouveaux calendriers de cursus, une petite révolution !

Vous dites qu’au CNSMD « le développement des savoir-faire artistique passe par l’expérience fondatrice de la scène ». Pouvez-vous m’en dire davantage sur la place de la pratique dans les formations – musique ou danse - proposées par votre école ?

Dans les conservatoires, académies et facultés de musique, la formation d’un artiste repose essentiellement sur la relation à l’œuvre, en oubliant trop régulièrement le troisième acteur du trio : le public. C’est pourquoi l’émancipation artistique en scène s’amorce, au CNSMD de Lyon, durant les études. Nous proposons chaque année une saison artistique, « Apprentissage en scène », qui inclut 400 manifestations au cours desquelles nos étudiants ont l’occasion de se révéler en public. Ces temps constructifs, allant de la simple audition encadrée à des productions plus ambitieuses, sont pensés en collaboration avec des chefs, des chorégraphes, des metteurs en scènes invités ainsi que des orchestres, des compagnies, des producteurs et diffuseurs accueillants, qui jouent souvent un rôle de tuteur. Il est aussi essentiel de renforcer les compétences de médiateurs des jeunes artistes.

S’ils sont excellents dans leur art, ils sont inégalement doués pour tisser des liens sensibles et pertinents avec une audience. C’est pourquoi le CNSMD de Lyon structure progressivement ses cursus autour cette problématique fondamentale qu’est la relation au public. 

De quels horizons viennent vos élèves ? 

Près de 23% d’entre eux viennent de l’étranger - environ 40 nationalités représentées pour 600 étudiants ! - ce qui est un apport culturel formidable. Toutes les régions sont aussi représentées et nous faisons en outre des progrès notables en termes de diversification des classes sociales.

Nos élèves ont aussi parfois des talents cachés, en jazz ou en musiques amplifiées, en arts graphiques, en théâtre, ou sur un deuxième instrument. Cette diversité est bienvenue : nous ne souhaitons pas qu’ils mettent leur univers personnel au fond d’une poche et jettent un mouchoir dessus en arrivant chez nous, au contraire ! Il faut que celui-ci irrigue le cordon ombilical qui les relie à leur spécialité.

Comment développez-vous leur capacité à s’insérer professionnellement ?

Après l’obtention du diplôme, 93 à 95 % de nos élèves se font une place sur le marché du travail dans les trois ans. Mais un taux d’insertion, si excellent soit-il, ne saurait refléter la diversité des situations.

Le talent ne confère pas un droit automatique à une carrière, à un emploi, mais appelle une réflexion: que vais-je en faire? Auprès de qui? Ces questions sont d’autant plus primordiales que le vivier de l'emploi permanent en danse et en musique savantes semble s’assécher quelque peu en Europe. Ce constat incite les CNSMD à prendre des responsabilités nouvelles, qui vont au-delà de la délivrance d’un diplôme en développant chez les élèves leur responsabilité d’artiste et par là leur engagement et en favorisant le plus possible la constitution de réseaux professionnels qui leur seront essentiels par la suite.

Pouvez-vous nous donner des exemples ?

Cela passe aussi par le fait de susciter, au cours de la formation, la rencontre avec d’autres univers. Parmi les outils que le CNSMD a mis en place on peut souligner le CHELS (Collège des Hautes Etudes Lyon-sciences) crée par 5 grandes écoles: l’ENS, Sciences-Po, VET-Agro Sup, Centrale, et le CNSMD. Le CHELS propose des modules partagés où plus de 400 étudiants s’investissent aujourd’hui, suscitant une conscience élargie et des ouvertures sur le monde contemporain tout à fait neuves pour les étudiants des CNSMD

Au titre de l’insertion professionnelle je tiens aussi à citer aussi notre master international de composition pour l’image « InMics », fruit d’un partenariat stratégiqueconstruit avec Montréal (UdM & Permission Inc.), Gand (FilmFest & School of Arts), Bologne (Conservatorio & Cineteca) qui propose un cursus de composition musicale arrimé aux réalités de la production et de l’industrie du cinéma.

Nous avons 150 partenaires professionnels et internationaux. Je crois que l’avenir est là, entre réalisme, exigence et engagement.

Qu’est-ce que le 3e cycle Artist Diploma ?

J’ai proposé au Conseil Pédagogique la création de l’Artist Diploma trois semaines après avoir obtenu avec nos partenaires le Doctorat de Musique recherche et pratique. Il m’a semblé indispensable de faire en 3e cycle une place à l’invention artistique libre, sans formalisation d’une thèse de format universitaire.

Ce cycle permet à ceux qui l’intègrent de développer un projet personnalisé dans le domaine de l’interprétation, de la création, de la diffusion artistique. Ils bénéficient par contrat des ressources humaines et matérielles du CNSMD, et se produisent grâce au soutien d’une scène partenaire, le Théâtre de la Renaissance.

Ce cycle est essentiellement un pari sur la création, qui met le projet artistique de l’étudiant au cœur d’un dispositif d’accompagnement et d’encadrement qui se ré-invente constamment.

Contrairement aux fonctionnements académiques où les vocations et les désirs des jeunes artistes se conforment à des cursus définis à l’avance, le Cycle AD convoque l’Ecole et ses équipes pédagogiques et techniques sur un aspect fondamental de sa mission : ménager les moyens de la liberté de la création artistique.

Quelle place le CNSMD accorde-t-il à la recherche ?

Après le master, le doctorat couronne un chemin remarquable dans le domaine de l’interprétation ou de la création, complétant la formation artistique et technique à un niveau équivalent de conceptualisation d’ordre scientifique, esthétique ou musicologique. Le CNSMD ne souhaite pas faire de chaque jeune artiste un docteur (ils sont généralement happés bien avant par la scène), mais les intuitions, les fulgurances artistiques, sont souvent bien inspirées par la soif de connaissance et de pertinence.