Annoncée le 7 avril par le Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC), la réforme du cinéma art et essai, fruit d’une collaboration étroite avec les exploitants et organisations professionnelles concernées, entend donner un nouvel élan au cinéma art et essai.

En France, la densité du réseau de salles art et essai est une spécificité nationale. « Aujourd’hui, un cinéma hexagonal sur deux est classé art et essai, soit un total de 1200 salles », se réjouit Frédérique Bredin, présidente du CNC, qui y voit le signe d’un « attachement très fort à la transmission de cet amour du cinéma qui caractérise notre pays ». A titre de comparaison, le Royaume-Uni possède 7% de salles art et essai et l’Allemagne 16%. Lancé sous l’égide d’André Malraux dans les années 60, ce système original de labellisation et de soutien publics aux salles qui proposent une programmation exigeante, allant du cinéma d’auteur aux grandes œuvres du patrimoine, fait preuve d’une réelle vitalité, attirant un quart de la fréquentation cinématographique totale.

Ce « cinéma de cœur et d’esprit plus que d’argent », suivant l’expression d’Armand Tellier codirecteur du Studio des Ursulines, première salle « spécialisée » dans les films d’avant-garde ouverte à Paris en 1926, doit pourtant faire face aujourd’hui à de nouveaux modes de diffusion. Présents sur l’ensemble du territoire, beaucoup des petits exploitants – 666 des salles concernées ne possèdent qu’un écran – qui se risquent à programmer des films fragiles, peu diffusés luttent pour dégager une marge de manœuvre en termes de programmation et tenir la concurrence face aux multiplexes et aux cartes d’abonnement illimité.

Un nouvel élan pour le cinéma art et essai

Aujourd’hui, avec la remise au CNC du rapport de Patrick Raude, secrétaire général de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques (SACD), la nécessité de donner un nouvel élan à l’art et essai s’impose. Destinée à « simplifier, moderniser et renforcer considérablement le soutien à ces salles », cette réforme s’accompagne d’un effort financier important : aux 15 millions que le CNC dédie annuellement au cinéma art et essai se rajouteront 1,5 millions d’euros – dont 1 million qui sera versé dès 2017. Fruit d’une collaboration étroite avec les exploitants et organisations professionnelles concernées – Fédération nationale des cinémas français (FNCF), Association française d’art et d’essai (AFCAE) et Syndicat des cinémas d’Art, de Répertoire et d’Essai (SCARE) – cette réforme se décompose en plusieurs points.

> Le renforcement des critères d’accès au classement afin d’inciter les exploitants à diffuser, accompagner, éditorialiser davantage des films recommandés « art et essai », en particulier en zone rurale et dans les petites agglomérations.

> La valorisation financière les labels « Jeune Public », « Patrimoine et répertoire », « Recherche et découverte » qui distinguent les programmations spécifiques des exploitants, ainsi que la mise en place d’une aide spécifiquement destinées à soutenir ceux qui s’engagent envers le court métrage et les films de découverte.

> La simplification de la procédure de classement des salles en l’attribuant désormais pour deux ans et non plus pour une seule année, dans le but d’alléger le lourd travail administratif accompli par les exploitants.

> La recommandation des films « art et essai » en amont de leurs sorties, de manière à donner davantage de visibilité à la programmation aux exploitants. Une campagne de communication autour du mouvement art et essai sera en outre déployée afin d’en moderniser l’image et d’y attirer le public de demain, avec la diffusion d’un court-métrage, réalisé par Michel Gondry, dans les salles concernées.

> Le renforcement du soutien aux cinémas de petite taille qui assurent la présence de ces salles « art et essai » sur tout le territoire. Cette mesure s’inscrit dans la droite ligne de celles qui ont été prises lors du troisième comité interministériel des ruralités (CIR), destinées à privilégier le développement culturel en milieu rural, avec le soutien financier accordé par le ministère au réseau de 102 circuits de cinéma itinérant recensé en 2015 et l’accord signé à Cannes le 13 mai entre les professionnels du cinéma en vue de renforcer la diversité des films en salle.

En 2016, la production audiovisuelle et cinématographique est plus diverse et fortement relocalisée

> La production audiovisuelle française bénéficie d’un accompagnement public soutenu avec, en 2016, des aides qui ont atteint leur plus haut niveau historique, selon le bilan annuel du CNC présenté le 10 avril. L'an dernier, celui-ci a alloué plus de 275 millions d'euros (+14%) au secteur, avec de fortes hausses pour l'animation et la fiction, notamment les séries. Le succès est d’ailleurs au rendez-vous, la fiction française ayant réalisé 82 des 100 meilleures audiences à la télévision. La contribution des chaînes gratuites a également augmenté pour France Télévisions (+19% pour 279 millions), qui a fourni plus de la moitié des investissements totaux des chaînes dans la production de fiction en 2016, Arte (+10% pour 22 millions), TF1 (+38,5% à 139 millions), M6 (+152% à 42 millions) et TMC (+30% à 6,7 millions).

> La réforme des crédits d’impôt cinéma et audiovisuel entrée en vigueur en 2016 a eu un impact important sur la relocalisation en France de tournages de productions françaises et étrangères : la dépense globale de production réalisée en France (pour le cinéma comme pour l'audiovisuel) a augmenté de 490 M€. Dans le secteur du cinéma, l'activité supplémentaire générée par les crédits d'impôt s'élève à 270 M€ : 211 M€ au titre des films d'initiative française dont le tournage a été relocalisé en France et 59 M€ au titre des productions étrangères qui ont été partiellement ou entièrement tournées en France. On constate en outre une augmentation de + 56% du nombre de jours de tournage en France en studio, tandis que la part de films réalisant au minimum 70% de leurs dépenses en France augmente de 6 points. « C'est le signe que le pari de l'attractivité est gagné, grâce aux crédits d'impôt, et grâce aux savoir-faire de l'industrie française »se réjouit Frédérique Bredin.