Découvrez la vie et l'oeuvre de Lady Clementina Hawarden

Lady Clementina Hawarden (1822-1865)

Femme de la haute société britannique née à Cumbernauld (près de Glasgow) en 1822, elle est la fille d’un amiral célèbre, l’Honorable Charles Elphinstone Fleeming, et de Catalina Paulina Alessandro de Cadix. Elle reçoit une éducation classique et notamment une sensibilisation aux arts : la musique, la littérature ou encore la peinture. Dans cette discipline, les maitres italiens qu’elle découvre en Italie et les maitres espagnols qu’elle étudie retiennent particulièrement son attention. Après la mort de son père et quelques déboires financiers, Clementina fait un brillant mariage avec le troisième Vicomte Hawarden, l’Honorable Cornwalis Maude Hawarden. De ce mariage d’amour naissent dix enfants. La famille quitte Londres à la faveur d’un héritage et s’installe en 1857 dans la vaste demeure de Dundrum en Irlande, qui sera l’un des cadres privilégiés de ses prises de vues.

Clementina Lady Hawarden, Clementina Maude portant un chapeau à plume, assise et accoudée à un bureau, la tête sur la main gauche, vers 1862, Paris, musée d'Orsay

Lady Hawarden commence alors la photographie en autodidacte et s’initie à la technique probablement grâce à des manuels. L’utilisation des négatifs sur plaque de verre au collodion humide et la réalisation d’épreuves sur papier albuminé restent d’un usage complexe, malgré une relative standardisation.
Commençant par des vues stéréoscopiques, procédé très prisé par la reine Victoria, Lady Hawarden les délaisse bientôt pour se consacrer à des épreuves de plus grands formats. Après deux ans à Dundrum, la famille s’installe à nouveau à Londres, dans le quartier de South Kensington qui réunit diverses personnalités aux ambitions scientifiques et artistiques. Le couple devient l’ami d’Henry Cole, fondateur du futur Victoria and Albert Museum. Elle expose pour la première fois, en janvier 1863, ce qu’elle nomme ses « études photographiques » et « études d’après nature » à la neuvième exposition de la Royal Photographic Society de Londres (ancienne Photographic Society) où elle est récompensée d’une médaille d’argent au titre de la « meilleure contribution d’un amateur ». En février, elle en est élue membre. Elle expose ensuite au mois de juin et est à nouveau honorée d’une médaille d’argent pour « le ou les meilleurs groupements, la ou les meilleures compositions, formes à partir d’un négatif ». En 1864, Lewis Carrol, praticien amateur, achète, lors d’une vente de charité organisée dans les jardins botaniques de South Kensignton, cinq tirages de Lady Hawarden dont il apprécie les épreuves depuis leur exposition par la Photographic society. À la différence de Julia Margaret Cameron, c’est sa seule tentative de vente.

Clementina Lady Haward, Etude d'après nature (Isabella Grace et Florence Maude), vers 1864, Paris, musée d'Orsay

Si Lady Hawarden réalise quelques paysages aux alentours de Dunbrum, ses proches et surtout ses filles demeurent son sujet de prédilection. Malgré des photographies réalisées dans le cadre familial, il ne s’agit pas d’une simple illustration de la très haute société victorienne, mais véritablement d’une expression artistique. En intérieur, elle organise des mises en scène soignées avec une belle maitrise de la lumière, révélant une grande maitrise technique où le miroir est souvent un accessoire habillement utilisé.

Clementina Lady Hawarden, Isabella Grace Maude debout, un balai dans les mains, près d'une psyché reflétant son image. Sur le côté, un cabinet à tiroirs posé sur une cheminée, vers 1862, Paris, musée d'Orsay

Une pneumonie, dont la virulence s’explique peut-être par l’affaiblissement d’un corps lié aux manipulations répétées de produits chimiques, emporte Lady Hawarden à l’âge de quarante-deux ans. La presse spécialisée est unanime pour écrire ses louanges, en particulier Oscar Rejlander, figure du monde photographique anglais qui rédige sa nécrologie dans The british Journal of Photogaphy paru le 27 janvier 1865 : « Lady Hawarden est retournée à la source de toute lumière. Elle croyait sérieusement à l’essor de la photographie et savait que l’on pouvait la pratiquer comme un art ou la galvauder. Son travail mêlant style et clarté, était de qualité. Elle recherchait l’élégance dans le vrai, et si possible l’idéal». Admirée par ses contemporains, ses épreuves restées dans l’intimité du cercle familial sont découvertes tardivement par le public, quand la petite fille de Lady Hawarden, offre, à l’occasion du centenaire de l’invention officielle de la photographie en 1939, 775 clichés au Victoria and Albert Museum. En 1951, un de ses clichés est improprement attribué à Oscar Rejlander par Helmut Gernsheim dans l’ouvrage Masterpieces of Victorian photograhy (Londres, 1951). En 1972, le Victoria and Albert Museum, organise la première exposition du XXe siècle sur son œuvre, mettant ainsi en lumière une praticienne longtemps éclipsée par Julia Margaret Cameron et dont le musée d’Orsay conserve plusieurs épreuves.

Angelina Meslem

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Bibliographie
Lady Hawarden photographe victorien, Les dossiers du musée d’Orsay n°37, Paris, Réunion des musées nationaux, 1990.
Patrizia Di Bello, « Femmes et photographies en Grande-Bretagne (1839-1870) : de la marge à l’avant-garde », Qui a peur des femmes photographes, Paris, Musée d’Orsay, Hazan, 2015