"Pulvérisés" d'Alexandra Badea a reçu le 18 novembre le Grand Prix de littérature dramatique, créé en 2005 par le ministère de la Culture et de la Communication. Il a été décerné par un jury réuni par le Centre national du Théâtre. Témoignages.

Pulvérisés. « Harcèlement », « humiliation quotidienne », « pression », « cruauté »... Pour raconter l'histoire de quatre ouvriers, hommes et femmes, présents aux quatre coins du monde (Shanghai, Dakar, Lyon, Bucarest), Alexandra Badea pose dans Pulvérisés (L'Arche), qui vient de recevoir le 18 novembre le Grand Prix de littérature dramatique, ses mots comme des images. Et l'humain dans tout ça ? semble-t-elle crier... « J'ai écrit cette pièce à la suite de ma rencontre avec un ouvrier qui travaillait sur un moteur passé entre les mains de sept autres ouvriers, de sept pays différents, qui ignoraient la finalité du produit ». Pulvérisés ou la mondialisation vue côté coulisses...

Langue. « Je suis à la recherche du monde idéal..., confie l'auteur de nationalité roumaine. Avec le français, j'ai trouvé une langue pour m'exprimer : exprimer ma colère, mes utopies, mes combats, ma poésie. » « Pour Alexandra Badea, assure Sylvia Bergé, présidente du jury cette année et sociétaire de la Comédie-Française, le français est la langue de la liberté avec laquelle elle épanche ce qu'elle ne pourrait pas dire en roumain. En français, elle dit le monde, et traduit sa vision forte de la mondialisation. Tous les membres du jury ont été très sensibles à la langue de Pulvérisés... Alexandra rend compte d'une façon extrêmement puissante de la violence du monde d'aujourd'hui à travers le sujet traité, la forme choisie du monologue, cet effet zapping, épisodique, qui renvoie à la grande solitude des personnages. »

Prix. Pulvérisés est aussi un bel exemple de la vitalité de l'écriture dramatique contemporaine. Mickaël Le Bouedec, délégué au théâtre au ministère de la Culture et de la Communication, s'est félicité de la « chaîne de solidarité » aujourd'hui existante « entre les éditeurs et le monde du spectacle qui réussissent ensemble à dresser un pont entre deux océans ». « Les récentes nominations, poursuit-il, de Caroline Marcilhac à la direction du Théâtre Ouvert et celle de Catherine Dan au Centre international de recherche, de création et d'animation à Villeneuve-lez-Avignon (qui sont toutes deux très sensibles aux écritures contemporaines) montrent que les rencontres entre la littérature dramatique et le spectacle vivant ont de beaux jours devant eux. » « L'initiative est formidable, a déclaré Pascal Rogard, directeur général de la SACD qui apporte son soutien à cette récompense : ce prix apporte un réel éclairage sur les auteurs de littérature dramatique. » « C'est aussi, à ma connaissance, ajoute Stéphane Fiévet, directeur du CNT, le seul prix littéraire de cette importance qui récompense une œuvre dramatique éditée ». Le prix agit en ce sens : il apporte à ce genre littéraire une visibilité qui lui manque parfois...

Pulvérisés d'Alexandra Badea est à découvrir aux éditions L'Arche (2012). Il a reçu le soutien du Centre national du livre. Le texte sera aussi créé cette saison au Théâtre National de Strasbourg et au Centre dramatique national d'Aubervilliers par Jacques Nichet et Aurélia Guillet. Il a été mis en voix sur France Culture par Alexandre Plank.