Dans le cadre du 50e anniversaire des relations diplomatiques entre la Chine et la France, dix chefs d’œuvre de l'histoire de l'art français sont prêtés au Musée national de Chine à Pékin pour une exposition exceptionnelle à partir du vendredi 11 avril. « Un signal fort pour montrer l'importance des liens entre nos deux pays », selon Laurent Salomé, Conservateur en chef, directeur scientifique à la Réunion des musés nationaux- Grand Palais. Interview

Comment s'est opéré le choix des « Dix chefs-d’œuvre des musées nationaux français » ?

L'idée de cette sélection est à la fois simple et complexe. Nous nous sommes posées des questions d'ordre esthétique, mais aussi d'ordre matériel. Il a fallu avancer pas à pas pour dresser une liste. Comment résumer l'art français à quelques tableaux? Finalement, nous avons opté pour un choix large qui traverse l'histoire de l'art français puisqu'il va de la Renaissance, s'arrête au siècle des Lumières avec Fragonard, se poursuit avec Le Matador de Picasso jusqu'à l'art abstrait et une peinture de Pierre Soulages...Autant d’œuvres qui incarnent le génie français.

C'est-à-dire?

Le génie français, c'est un balancement entre la grandeur et la simplicité. D'un côté, le pouvoir incarné par les portraits de roi, François 1er par Jean Clouet (1530) et le Portrait en pied de Louis XIV en grand costume royal (1701) de Hyacinthe Rigaud. De l'autre, une fibre humaniste, toujours éminemment poétique avec les tableaux de Fernand Léger, Composition aux trois figures (1932), ou Le bal du Moulin de la Galette (1876) de Pierre-Auguste Renoir. N'oublions pas la part intime, le sacré, l'incandescent qui figure dans le Saint Joseph charpentier (1642) de Georges de La Tour. Mais au-delà de ces symboles qui racontent une histoire de l'art français et disent quelque chose de notre culture, il faut faire confiance à la force visuelle des chefs d'œuvres. C'est cette universalité de l'art qui nous touche.

L'art est aussi un enjeu dans la diplomatie...

Absolument! L'art, la culture sont de puissants ferments pour resserrer les liens entre deux grands pays. Il y eut le prêt historique de La Joconde par André Malraux aux États-Unis en 1963. Mais le geste d'André Malraux d'accompagner le voyage du célèbre tableau à Washington s'inscrit en fait dans une longue tradition de l'art au service de la diplomatie. Au XVIIème siècle, le peintre Rubens n'a-t-il pas joué un rôle diplomatique de premier plan entre les Cours d'Espagne et d'Angleterre ? La culture est une ressource formidable pour signifier l'amitié entre les peuples, mais concernant la France et la Chine, on s'appuie sur deux siècles de fascination culturelle réciproque. Sans l'apport sensible de l'art, sans la beauté de nos chefs d’œuvres, les échanges entre les Nations seraient secs. Alors oui, l'art est un moyen idéal pour consolider les relations diplomatiques. Il est aussi un moteur, espérons-le, pour le tourisme.

Vous avez cité le tableau de Renoir. Pourquoi est-il si admiré par les Chinois?

Les tableaux de Renoir font rêver en Chine. Cela tient, je crois, à la magie des Impressionnistes. C'est un langage compris par tous. Dans Le Bal du Moulin de la Galette, ou avec La Balançoire, il y a cette légèreté, ce ton, cet esprit de fête, de joie teintée de tendresse qui suscitent l'engouement.