Table ronde organisée par le Comité d'histoire le 5 novembre 2014 à la Documentation française (DILA) (75007)

Le 5 novembre 2014, le Comité d’histoire organisait un débat à l’occasion de la publication de Quelle politique pour la culture ? Florilège des débats (1955-2014) éditée par la Documentation française dans la collection "Doc en poche". Sous la présidence de Maryvonne de Saint Pulgent, Philippe Poirrier, professeur à l’Université de Bourgogne et coordinateur de l’ouvrage a débattu avec Laurent Martin, professeur à l’Université de Paris 3 et David Kessler, conseiller d’État, ancien conseiller culturel de François Hollande.

A l’occasion de la parution de la 4e édition revue et augmentée de La politique culturelle en débat. Anthologie, 1955-2012  (La Documentation française, 2013), théoriciens et praticiens, politiques et militants ont parcouru plus de 50 ans d’histoire culturelle. Une analyse rétrospective qui questionne le quotidien et l’avenir des politiques publiques de la culture.

En effet, en 1955, Jeanne Laurent publiait La République et les Beaux-Arts, pamphlet dans lequel elle réclamait « une autonomie administrative comme la seule solution pour construire une politique publique de la culture ». Depuis, « le ministère de la Culture et un ensemble de politiques publiques se sont installés dans le paysage administratif français » et désormais, c’est la question même de ce modèle qui est posé. Il a vécu des « changements majeurs » et « l’ensemble de [ses] acteurs évoquent en continu depuis le milieu des années 90 la question d’une crise. Mais une crise [qui dure] depuis plus de quinze ans, est-ce toujours une crise ? »

En rappelant la genèse de l’ouvrage, Philippe Poirrier explique quelle a été l’ambition du projet : sélectionner une soixantaine de textes qui permettent au lecteur de bien comprendre les débats autour des politiques culturelles, significatifs des « changements de paradigme » vécus par le ministère.

Laurent Martin, pour lequel cet « ouvrage est un véritable manuel à qui s’intéresse au sujet, qu’il soit étudiant, journaliste, militant, fonctionnaire ou simplement curieux », indique que sa lecture linéaire et exhaustive montre bien comment la politique culturelle s’est affirmée et légitimée au cours des 50 dernières années. Tout en rappelant que pour lui, cette anthologie laisse une trop grande place à la « centralité de l’État », au détriment peut-être notamment de la diversité culturelle.
Il note également le fait que nous sommes passés « d’une entreprise de politisation de pratiques sociales et culturelles à une technicisation, une professionnalisation, une institutionnalisation croissantes, qui risquent de vider de son contenu et des enjeux proprement culturels une politique culturelle qui finalement pourrait devenir simplement la gestion d’un secteur économique, social, parmi d’autres ».
A l’instar des autres intervenants, il « mesure le chemin parcouru », pointant ainsi la place aujourd’hui prépondérante des industries culturelles.

David Kessler, fort de son expérience en tant que praticien, au cœur du politique, fait part de son sentiment sur la façon dont les acteurs de la culture ont évolué depuis ces 20 dernières années. Ils ont su assimiler les évolutions qui leur étaient imposées, tout en étant parfois bousculés par des enjeux qui les dépassent. Il relève aussi quelques constantes : « la tension entre patrimoine et création », « la question de l’éducation artistique […] et celle de la démocratisation culturelle ». Il s’interroge enfin sur les « impensés » des politiques culturelles : « la déconcentration et la décentralisation », la place des établissements publics dans le paysage culturel français, observant que « le ministère n’a pas revu véritablement sa mission ».

Réagissant notamment à la fois au rôle central de l’État et à la problématique de la déconcentration/décentralisation, Maryvonne de Saint Pulgent rappelle que « l’idée que tout part de l’État est une idée des Lumières. La politique de l’art est trop sérieuse et c’est l’État qui la mène, parce qu’elle concerne le bonheur de tous les citoyens ». « L’histoire officielle » veut que tout soit à l’initiative de l’État, mais en fait il n’en est rien. De plus, elle pointe le paradoxe que nombre d’initiatives locales – notamment la création d’écoles de musique communales – ne se sont « considérées comme légitimes qu’après avoir été labellisés par l’État central, parce nous sommes dans cette idée que la légitimité de la politique culturelle vient de l’État ».

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