Faire d’un lieu autrefois destiné à l’enfermement un lieu de diffusion de l’art et de la culture, un lieu de dialogues et d’ouverture, tel est l’ambitieux projet de réhabilitation porté par la Ville de Guingamp qui se concrétise dans le week-end inaugural du Centre d’art GwinZegal les 26, 27 et 28 avril.

© Samuel Gratacap

Une prison d’avant-garde classée monument historique en 1997

L’ancienne prison de Guingamp, l’une des premières prisons cellulaires en France, a été construite de 1836 à 1841 par l’architecte Louis Lorin sur le modèle des prisons américaines. Charles Lucas (1808-1889), originaire de Saint-Brieuc, Inspecteur des prisons, en est l’instigateur. Sa vocation est de faire de ces murs tout autant un outil de châtiment et de mise à l’écart qu’un lieu de réflexion et de réinsertion, ce qui se lit encore dans son organisation spatiale. Charles Lucas veut améliorer les conditions de détention des petits délinquants selon la théorie sur l’enfermement d’Alexis de Tocqueville. Première prison de conception humaniste, elle est aujourd’hui la seule en Europe à proposer cette architecture spécifique et esthétique de l’art colonial nord-américain. Transférée en 1984 à Saint-Brieuc, elle est désaffectée en 1951. Elle devient propriété de la ville en 1992 et classée monument historique depuis 1997. Après la réfection des toitures en 2008 et le début de minutieux de travaux de rénovation en 2016, l’ouverture au public est programmée fin avril 2019.

© Pino Musi. Collection du FRAC Bretagne

Le nouveau lieu imaginé par le cabinet Artène et l’architecte Christophe Natard

La prison de Guingamp abrite désormais le centre d’art GwinZegal, qui vient d’être labellisé par le ministère de la Culture. Ce nouveau lieu aux normes muséales accueille des expositions photographiques de qualité, issues de collections ou musées de renom. Cet espace est conçu au service des publics et des artistes, ouvert à tous et gratuit. Ce lieu d’échanges autour de photographie et des sciences humaines se place au coeur des grandes questions qui animent la société. Par ailleurs, Les Échappées, propositions artistiques du Théâtre du Champ au Roy prendront place régulièrement dans la cour centrale. Des parcours immersifs, des mots et des murs ont été spécifiquement créés afin de faire entendre l’histoire sensible de ce lieu d’enfermement.

© Malick Sidibé. Collection du FRAC Bretagne

Le week-end inaugural

Le Centre d’art GwinZegal existe depuis près de 15 ans. ancré dans un territoire à dominante rurale, il rayonne au niveau national et international. Son pôle pédagogique mène un travail en profondeur qui a touché plusieurs milliers de jeunes, par des ateliers menés dans des écoles, collèges et lycées de la région. Plus de 30 artistes ont été accueillis en résidence. Leurs travaux attestent à la fois de la diversité des pratiques photographiques contemporaines et de la complexité d’un territoire qui reste sans cesse à redéfinir, à décrire, à questionner. Le Centre d’art a également développé une identité singulière en créant sa propre maison d’édition, avec en moyenne une production de trois à quatre livres par an. Ce travail a été reconnu par plusieurs distinctions comme le Prix du livre d’auteur de l’année des Rencontres d’Arles pour Ville de Calais de Henk Wildschut ou encore le Prix du livre Paris Photo pour Imaginary Club d’Oliver Sieber.

Après deux ans de travaux pendant lesquels il a poursuivi ses activités d’expositions, d’ateliers, de résidences et d’éditions, il inaugure son nouvel espace avec l’exposition L’échappée.

Le vendredi 26 avril, a lieu à 18h30 l’ouverture des expositions en présence des photographes, accompagnée de plusieurs concerts au cours de la soirée. Le samedi 27 et le dimanche 28 avril sont programmés divers événements (rencontres avec les artistes, spectacles, signature de livre…) ainsi que des ateliers de pratique photographique et des visites commentées de la prison par l’association des amis du patrimoine.

© Mathieu Pernot. Collection du FRAC Bretagne

L’exposition L’échappée, à découvrir du 26 avril au 9 juin 2019

La première exposition dans le nouvel espace réunit un ensemble de projets à la fois récents et inédits, et des œuvres plus anciennes qui ont marqué l’histoire courte mais riche du Centre d’art GwinZegal. Venus d’horizons différents et invités en résidence, les artistes ont actualisé de diverses manières l’image d’une Bretagne tiraillée en culture séculaire, des paysages immuables et une modernité en pleine accélération, parfois à mille lieux des visions romantiques de l’écrivain Gustave Flaubert voyageant avec son ami le photographe Maxime Du Camp. L’échappée, exposition d’ouverture, se déploie à la fois dans les murs de la prison, sur ceux de l’espace François-Mitterrand et dans la ville au plus près des habitants et de leurs préoccupations quotidiennes. Les cimaises de La Prison accueillent des projets en relation étroite avec des communautés humaines. Les artistes Alexandra Catiere, Malick Sidibé, Mark Neville, Samuel Gratacap et Charles Fréger ont choisi de mettre en lumière ce qui nous rassemble par-delà nos différences. Dans l’espace François-Mitterrand, Mathieu Pernot, Aurore Bagarry, Roman Signer, Pino Musi, Juraj Lipscher et Raphaël Dallaporta développent des projets reflétant le territoire physique, les lieux et leur imaginaire, les paysages naturels et bâtis. Un partenariat exceptionnel a également été noué avec le club de foot En Avant Guiguamp qui expose dans le stade une quarantaine d’images du photographe Mark Neville.

© Mark Neville

Le Centre d’art GwinZegal bénéficie du soutien de la direction régionale des Affaires culturelles de Bretagne, de la Région Bretagne, du conseil départemental des Côtes-d’Armor, de Guingamp-Paimpol Agglomération et de la Ville de Guingamp. Avec le soutien de Pro Helvetia, Fondation suisse pour la culture. GwinZegal est membre des réseaux Art Contemporain en Bretagne et Diagonal.

Centre d’Art GwinZegal (ancienne prison de Guingamp), 4 rue Auguste Pavie - 22200 Guingamp. Tél. : 02 96 44 27 78. Ouvert du mercredi au dimanche de 14 h à 18 h 30.