Invité exceptionnel de « Toute la mémoire du monde », le Festival international du film restauré qui se tient jusqu’au 1er février à la Cinémathèque française, Francis Ford Coppola a dit le 29 janvier à Costa-Gavras son attachement – le mot est faible – pour le mythique Napoléon d’Abel Gance dont il est l’ayant-droit monde. Autant dire que le réalisateur américain suit de près le chantier de la restauration de la version dite « intégrale » du film dont la Cinémathèque a pris l’initiative.

Une épopée de légende. L’histoire de Napoléon, de sa première version de 4 heures présentée en 1927 à l’Opéra de Paris à celle, intégrale, d’une durée d’environ 6h25 actuellement en chantier, en passant par les remontages opérés par Abel Gance lui-même jusqu’en 1971, les sauvegardes effectuées par Henri Langlois et Marie Epstein à partir de 1949, ou les restaurations à l’initiative de Kevin Brownlow, est à elle seule une de ces épopées dont seul le 7e Art a le secret. Le réalisateur et chercheur Georges Mourier, qui dirige la restauration effectuée par la Cinémathèque française depuis 2007, a retracé le 29 janvier les différentes étapes de son histoire mouvementée, lors d’une session du festival « Toute la mémoire du monde ».

Coppola : une fascination nommée Napoléon. A épopée légendaire, parrain prestigieux : « Quand j’ai vu Napoléon pour la première fois, j’ai ressenti un choc comparable à celui que j’ai eu en voyant Octobre de Sergueï Eisenstein, j’ai eu le sentiment qu’ils inventaient littéralement un art, qu’ils en étaient les pionniers », confie Francis Ford Coppola. Napoléon lui a ensuite permis d’exaucer le rêve de son père, le compositeur Carmine Coppola : « Mon père qui était un musicien classique me disait que l’une des choses qu’il préférait quand il était jeune, c’était de voir des projections de films avec de grands orchestres symphoniques. Il était flûtiste et comme il jouait très bien, il n’a jamais pu réaliser son rêve qui était de diriger un orchestre. Je lui ai donc proposé d’écrire la partition de Napoléon et comme c’était un grand travailleur, il s’y est tout de suite mis. Comme j’avais l’habitude, enfant, d’aller au Radio City Music Hall à New-York, nous avons loué la salle et décidé d’y organiser une projection du film dans une des versions restaurées par Kevin Brownlow avec la partition musicale écrite par mon père qui, à cette occasion, a dirigé un orchestre pour la première fois de sa vie. Après la projection, c’était du délire, pendant les applaudissements nous avons appelé Abel Gance et tendu le téléphone pour qu’il puisse entendre ce qui se passait. » C’était en 1981 et le succès fut tel qu’ensuite, le film a été projeté dans toute l’Amérique.

« Napoléon, c’est un trésor pour la France mais aussi pour le monde entier » (Francis Ford Coppola)

Une restauration prévue courant 2016. Avec l’argent de la tournée, Francis Ford Coppola a rencontré Claude Lelouch pour acheter les droits de Napoléon. « Les droits monde à l’exclusion de la France » a alors précisé le réalisateur français, car « le film fait partie de notre patrimoine national ». Accord immédiat de Francis Ford Coppola qui s’empresse d’ajouter aujourd’hui : « C’est un trésor pour la France mais aussi pour le monde entier. Napoléon est un film qui montre ce dont l’art est capable. J’adore ce moment où Napoléon dit à Rouget de l’Isle, votre chanson vaut mille canons. Nous attendons avec impatience la fin de la restauration. Nous respecterons à la lettre les préconisations de la Cinémathèque, si une partie doit être montrée à 18 images par seconde, nous la montrerons naturellement à cette vitesse. On parle beaucoup des inventions, des prodiges techniques du film mais il ne faut pas oublier les comédiens, ils sont extraordinaires, les interprètes de Napoléon et Joséphine en tête, mais aussi Antonin Artaud dans le rôle de Marat. Mon rêve personnel est de projeter le film en Corse à Ajaccio ». La version intégrale définitive est annoncée par Costa-Gavras d’ici un an et demi.

Toute la mémoire du monde, 3e édition du festival du film restauré

Organisé par la Cinémathèque française, Toute la mémoire du monde est né en 2012 du constat qu'il fallait, à Paris, un moment fort dédié à la célébration du patrimoine cinématographique. Des projections de prestigieuses restaurations en présence de comédiens et techniciens du cinéma, de perles cachées, la contribution à l'histoire du cinéma sous la forme de découvertes ou de redécouvertes de films emblématiques, l'occasion de rencontrer un cinéaste de renom attentif aux enjeux liés au patrimoine, la possibilité d'écouter des spécialistes de questions techniques et esthétiques liées au répertoire et à sa restauration sont autant de raisons de fréquenter ce qui se propose d'être le grand rendez-vous annuel parisien consacré à la célébration du patrimoine cinématographique. Toute la mémoire du monde a ainsi pour vocation d'associer, une fois par an, spectateurs et professionnels, pouvoirs publics et détenteurs de catalogues, à une réflexion tout autant qu'à un événement festif.